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JOURNAL ASIATIQUE
CINQUIÈME SÉRIE
TOME XIII
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JOURNAL ASIATIQUE
00
R£CU£IL DË MÉMOIKËS
D'EXTRAITS ET DE NOTICES
RELATIFS A L'HISTOIRE, A LA PHILOSOPHIE, AUX LANGUES ET A LA lITTÉBATURE DES PEUPLES ORIENTAUX
«
nàoiGR
mHH.BABllI, BIABGHI, BOTTA, GAnSaiB DB PBBCÏTAL, GHBBB0HBBAB,D*BCB8TBIB
C. DBFRÉUEBT, L. DUCEUX , DDGAT, DULAURIER 6ARCIN DE T.VSST, GRANCERET DE LAGRANGE , STAN. JDI.IBM MIRZA A. KASEM-BEG, J. UOUL, S. MDNR, REINAOD L. AH. SÂDILLOT, DB 8LANB , BT ADTRB8 SAVANTS FRANÇAIS
BT éTBABGBNS
ET PUBLIÉ PAR LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE.
CINQUIÈME SÉRIË
TOME XIIf:/:**\..:/ . ...
tMPBmi FAB AOTOBISATIOB DU GOUfBBBBMBBT
A L'IMPRIMËRIE IMPÉRIALE
M DGGC LIX
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JOURNAL ASIATIQUE.
JANVIER 185».
SUR L'ORIGINE CHRÉTIENNE
DES INSCRIPTIONS SINAÎTIQUES,
PAR M. FRANÇOIS LENOaMANT»
Depuis bien longtemps f attention a ëtë éveillée sur
les inscriptions eo caractères inconnus qui couvrent dans certains endroits les rochers de la presquiie du Sinaî. Signalées d'abord au vi^ siècle par Gosmas Indicopleustes, remarquées par tous les voyageurs qui ont parcouru ces contrées, elles ont donné lieu i plus d'une interprétation dictée par des idées pré- conçues. On a voulu y voir des monuments du séjour des Israélites, des textes contemporains de Moïse, et, dernièrement encore, en Angleterre, on a tenté renouveler cette opinion , que la science n a point acceptée.
Ce n*est que dans le siècle dernier qu'on a com*
niencé à posséder en Europe des copies des inscrip- tions sinaitiques. Pococke est le premier qui on ait
rapporté ^ ; après lui Niebuhr^, Edward Wortley Mon-
' Description of llie Easi, t. I , pl. LfV et LV. * Reischeschreibung nach Arahieii undandem undie^euden Lwidern, U.pl.XLiXeiL.
6 ♦ * I JANVIER lj559. ' *
f v«
taguS Coutelle et Rozière^, Seetzeii ^, Burckhardt*, Rûppel^ Henniker^ MM. Léon de Laborde et Li- nant'', lord Pnidhoe et le major Félix*, et surtout Grey ®, par les nombreux dessins et copies qu'Hs ont publiés , ont permis d*aborder Télude de ces textes dont la langue et l'écriture étaient également in- connues. Enfin M. Lottin de Lavai» dans les seize livraisons déjà parues de son Voyage dans la pénin- sule arabique du Sinaî , a donné au pu blic les Jac-smile de trois cent cinquante-quatre inscriptions, presque toutes inédites, relevées par lui dans le cours de sa mission en Arabie Pétrée. La publication de ce& derniers monuments est encore trop récente pour que jusqu'ici personne en ait profité et ait entrepris
' An aecmmt rf a Joumey front Cairù to thê tmitM mmUnnt in lAe Deseri of Shuii, dans les PhtUuopkical Tnauaetàmu, t. LVI. for the ytar 1 766* Lood. 1 768.
' Desaip^mt de VÉgyptet Aiaiqiû^, planches, t. V,|^LV1L ' Bans les Fe^idgrubên des Orients, t. Il, p. à'ji et la planche qui y est jointe.
« Tra»tbmSyrianndtkeH9fy^dtnd,p.li^BAH^bSitbSl^MZ^ 606,608, 61 3. ^ Bans les Fundgruben des Orienh, t V, p. 43s , et la planche. *^ Notes dnring a visU to EgypU ^ Voyage de tàrvdtie Pitrée, pl. X*
* Speàmmi of the inscriptions m a ujdawwn chantcter, vldck art eut on granité and sandsUme rocks heiweenMoant ^nm and lAe Bed Sea, eopiedby lord Pradboe and major Felii. Six planches antographiées , que seul , je crois , de tons ceux qui se sont occupés des inscriptions sinaîtiqucs , Beer a eues entre les mains.
* Inscriptions front the Waady El-Afaketleb, or the written Vaïtey, copied in i820, and commnnicalcd lo the royal Society of Utcratare in §830. Bans les Transacliotu of the royal Society of UleraUire , i" série, t. 11, p. 1, sqq. avec i/i planches.
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INSCRIPTIONS SINAiïIQUES. 7
de parcoarir le nouveau champ qu ils offrent & f ë- lude.
En 18&0 un jeune savant, mort bientôt après
d'épuisement et de fatigue, et dont les études orien- tales déplorent encore la perte, E. F. F. Beer, dans le troisième iascicule de ses Staâia asiatica ^, publia un travail assez développé sur les inscriptions du Snai. Dans cette dissertation. Béer fixait avec une
merveilleuse sagacité Talphabet sinailiquc, en dé- • terminait ies valeurs, et permettait ainsi la lecture de ces textes, jusqu*ici désespérés. Le mémoire de Beer est, sans contredit, un des plus beaux travaux de ce siècle dans la paléographie sémitique. Malbeu- reusemenl la mort vint interrompre ses recherches et Tempécha de pousser plus avant dans la voie qu il avait si brillamment ouverte. Depuis lui, un autre Allemand, M. Tuch, a consacré aux inscriptions du Sinai une étude assez développée dans le Zeitschrift der Dcutschen morgenlàndischen GesellschaJÏ ^. L'au- teur de ce nouveau travail a éclairci un grand nombre de points que Beer n^avait pas eu le temps de com- plètement élucider. Il est arrivé notamment aux résultats les plus curieux en comparant à f arabe littéral le dialecte des inscriptions du Sinaï. On peut donc le dire avec assurance, aujourd'hui, après les travaux de Beer et de M. Tuch, on peut varier sur certains détails, on peut diilérer dans T interprétation de certains mots; mais on lit, et on lit bien les ins- criptions sinai tiques. ' Leipsick, i8Ao,in-4*- — * Tom. in«p« isg-siS.
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8 JANVIER 1859.
Ces inscriptions sont toutes d'une extrême sim- plicité. On peut les distinguer en deux catégories
d'après la formule qui les commence, vhv ou l'^^i. Nous verrons plus loin quel est le sens qu*oa doit attribuer à ces mots. A la suite de cette formule, on lit le nom de 1 auteur de l'inscription et celui de son père, le tout suivi du mot*)nou ikt « pèlerin Voici deux exemples de ces inscriptions dans leur plus grande simplicité « exemples que nous choisis- sons exprès parmi les nouveaux textes rapportés par M. Lottin de Laval :
1.
11 Win nbv
. * . Hfaerscb, fils de Salomon, pèlerin *,
2.
. . . Labech, iils d'Eideli. pèlerin*.
? Une inscriptioik grecipe du promontoire des Quatre Ouadis , copiie pour la première fois par M. Loltin de Laval (pl. UVIII» 3] , fommit un équivalent de cette ëpîthite.
ICt)A£A<F
0 OAIOZ
Du reste, aur le mot t^t ou IHh l'arabe ^fj , vuy. M.Tucb (p. 178).
^ Loltin de Laval , pL III» a.
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INSGRlPTlOUiS SlNAlTlQUES. 9
Quelquefois la filiation remonte à piusieuii» gé- oéfations. Exemple :
m] 13 DTD . . • Aousch, ù\s de Medem, iilâ dlbcL, pèlerin *.
D*autres fois Tauteur de f inscription fait connaître
sa qualité :
.... Zid , fds d*Oaal, émir*.
Outre les émirs , on trouve jiussi nommés des an- ciens (iz^erK)*, des cavaliers (idD)'*, des savants ()D^y)^ et des poètes (n^c;)^ M. Tuch a cru aussi reconnaitre la mention de prêtres ( Pd) ; mais nous veiTons plus ioinjusqua quel point on doit admettre cette lecture.
' Lottm de Laval , pl. II, n* 6.
^ Grey, 94. Beer 22. — Cf. Coulelle et Hoiière, Oi. Beer» 23. Grey, 91. Beer, 81. ' Grey, 4* Tuch, 9. — Grey, is6. Tuch, g.
* Grey, 170. Beer, 26.
* Grey, iSg. Tuch, ao.
* Gray, 4i.Tnch,4.
' Grey, 122. Tuch, 18. — Grey, i23. Tuch, 19, «-*Grey, iSg. Tudi, 20. — Grey, 83. Tuch ,21.
A cette iîale de titres reconnus par nos prédécesseurs, nous ajou- teiOQs le mol \2H > qui se trouve dans une des inscriplioDs de Grey (n* 1 1) , probaHement avec le sens de mcgUter» (Cf. Smmel, x. » 12.)
10 JANVIER 1859.
Nous rencontrons enfin des pères qui sont venus avec leurs fils :
. . . Jali, ùh d^Aami, et Âami» son fibS et des frères qui voyagent ensemble :
^ Lotllit de Laval , pl. XL, n" 2.
NousavoQS choisi c*'t exemple comme emprunti^ à une inscription inexpliquée. Les numéros 109-132 deBeersont tous du même genre. En lierai , îc fils, comme dans rin?cription que nous avons citée, porte toujours ie nom de son grand-pire. Dans une inscription pu- bliée^pour la première fois par M. Lottin de Laval (pi. VII, d° 1) on ' distingue encore la m* ntion d*uo pfere voyageant avec ses deux fils* dont 1 un portait ie même nom que son grand-père, et f autre un nom toot différent :
•
Mochlem, £iU de Gadmaliii, et Gadrailhi et lamn set fila.
Il en est de même dans Finscriptlon n'^i37 de Béer, que nous al- lons citer à Tinstant. Probablement c*était le fils ^né qui prenait le
nom de son grand-pire.
ÎSous ajouterons, comme observation grammaticale, qu'on trouve indifféremment îe suflîxe du pronom de la troisième personne n et in» ma ^ni2\ seconde forme, pius rare que la première, est
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INSGRIPTlONâ MNAlTIQUËS. il
. . . GMtsot et Ghebrakeo, fils d*Abddhi, ^ de Ghdtsot ^
Malgré la simplicité des formules, il resterait en- core, après les travaux de Beer et de M. Tuch, bien des choses à dire sur les inscriptions sinaîtiques; dans ce mémoire nous ne voulons examiner qu'une j»eule question, celle de savoir quelle était la reli- gion des auteurs de ces textes et le but qui leur faisait entreprendre ces pèlerinages. Cependant, comme les dissertations que nous avons citées sont géné- ralement peu connues en France, nous consiu rerons quelques mots à rappeler, avant d aller plus loin , le caractère de cette langue tel que Ta constaté M. Tuch.
Beer avait cru y reconnaître de Taraméen et avait
rapporté les inscriplions aux Nabatéens de Pétra. M* Tuch a démontré, de la manière la plus com- plète, que la langue était un dialecte de Tarabe, présentant sous beaucoup de rapports la forme la plus ancienne de cet idiome, mais en même temps empreint dune certaine influence aiaméenne. Ainsi nous y trouvons quelques mots étrangers à larabe, ' entre autres un des plus fréquents dans les inscrip- tions, 12 pour dire ttfds», au lieu de (^1^. Le dia-
celie que uou8 avons ici; elle o'a été signalée, ni par Beer, ni par M. TucLr.
* Grey, 27. Beer, iSy;
Dans les textes du Sinaï nous trouvons toujours le singulier *)3 et
«•
le pluriel ^^2^ absolument comme en syriaque ^3 et <i> li^. ^ pK cependant employé dans la composition de certains
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i2 JANVIER 1859.
lecte des iiucriptiom sinaitiqaes est, en général «
plus voisin de l'arabe littéral que de l'ai\'^be vulgaire, et en présente plusieurs des caractères d'une façon très-frappante; ainsi les voyelles ihiales, exclusive- ment propres à la langue littéraire, et dans lesquelles certaines personnes avaient voulu voir une invention des grammairiens, se trouvent dans les inscriptions
sinûtiques, marquées par des quiescentes : =
wJâ, n>î = «lyj, u'^p = etc. A létat cens-
truit ces voyelles finales sont omises : XOW/t = ^j^^t
et "^rhïrmv^ = ^1 yi^l; ^rh^'wn = A»t etc.
M. Toch fait remarquer la même particularité dans
un nom propre arabe conservé par le livre de Né- hémie\ ou xap^.
Nous en venons maintenant à l'examen de la question qui fait spécialement l'objet de ce mémoire.
Deux des principaux voyageurs qui ont relevé les inscriptions du Sinai, Montagu^ et Burckhardt^, avaient cm pouvoir leur assigner une origine chré- tienne. C'est là l'opinion que Béer avait embrassée et qu'il appuya sur des preuves très-fortes. Un orien- taliste allemand, M. Gredner, en rendant compte de l'ouvrage de Beer a le premier contesté cette manière de voir et tenté de démontrer le paganisme des pèlerins du Sinaî. M. Tuch l*a suivi dans cette
uoms propres; par exempte daos celui d'U^p'^^'pM (Grey, 139. Tuch, 20). Cf. Beer, p. 18.
^ VI, 1 ; VI, 6. — ' Loc. cit. p. 5o. — * Op. cil. p* 6ai. —
^ DftDs le Ueidtlberger lahimcher, i« p, 933,
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INSCRIPTIONS S1NAIT1QU£3. 13 voie, et avec un grand hixe d'érudition s est efforcé détabiir que le Sinai, le Djebel Serbàl et ses envi- roi» « Ooadi Pharân et tous les Heux où Ton rencon* trait (les inscri|)tioi)s avaient été le théâtre de pèle- rinages, non pas chrétiens, mais sabéens, et que c'étaient ces pèlerinages qui avaient laissé partout leurs traces sur les rochei*s. L'o{3inioii de M. Tucli a été adoptée sans contestation , et on la regarde gc* néralement aujourd'hui comme le dernier mot de la science à ce sujet; c'est ainsi qu elle a été citée dernièrement par M. Renan dans son Histoire géné- rale des langues sémitiques. Ny aurait-il pas lieu ce- pendant à la réformer lit ne vaudrait-il pas mieux en revenir à l'idée de Beer sur l'origine chrétienne des inscriplions du Siiiai.' C'est ce que nous espé- rons démontrer dans ce mémoire.
M Tuch fonde son opinion sur trois preuves prin- dpales :
1 Le paganisme de presque tous les noms propres ;
a* La mention d'individus désignés comme prêtres de divinités païennes;
3° La distribution des inscription» dans des loca- lités qui, suivant lui, étaient toutes le théâtre de pèlerinages et d'un cuite sabéens.
Nous allons examiner l*im après l'autre ces divers arguments.
1 ° Vouloir prouver le paganisme d une classe dlns- criptions parce qu*on n'y trouve qu*un seul nom bi- blique, et encore douteux, U"»? pour î^p S et que la ' Grejy 1 5. Tacb, i . Nous pouvons peut-être y joindre Koh^ > ^
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14 JANVIER ia59.
plupart de» autres mentionnétit des dieux du p^^A- uûme, comme >Vy3•'?K-^3y^ '•bi^^-^K-ana^, >i»rhtrmi<^, ^hsy^in9tf^, qui se rapportent au culte de .Baal,
nnc?"'7X"D"i3 ^ qui nous révèle une divinité incon- nue, i^n^^ aladorateur de la lune »; vouloir tirer
serait écrit pour Tfthp- (^^icy, 1 56. Lottin de Laval, pl. III, s.) Mais
nous n émettons cette dernière opinion qu'avec doute. M. Renan s'est d(*jà octnipt (Bulletin archéolocfUjne de V Athcnœum français , II* année, p. 69) de l online des noms propres composé?* do ia racine parmi les populations arabes. Le nom de CAAMHCt tout à fait analo^e à celui que nous avons ici, se retrouve dans une ins- cription grecque de Palmyre, d origine païenne (Bœckh, Corpus mterîpûonwn grmeanm, n°4498].
' Grey» 60; i&o» — BnrcUn^rdt, p. 6i5, 3. — Beer, 7; ai; 64; 74; 83; 98; i45. — Lottin de Laval, pl. Il, n* 1; pl. IV, n* s ; et passim,
* Grey, i25. Tneb, ig-^^LotUiideLavai, pl. I,ii*3;pl*XLIV,
Ce nom est transcrit en grec TapfiÂX^aXat dans une inscription publiée par M. Lepsius (D^nftm. m ^^jpu vnd jEîhiop, Abtfa. VI, BI. i9,n''i34,5,6et 7):
MNHCOH
TAPMAABAAOC lOYAlOY.
* 6rey,43. « Um, 37.
^ Idem, 129. Tucb, i5.
* Grey, lOcTucb, i4.
Tucb ajoute à cette liste les noms comme K"l ni* > M V N*" □ "i 3 , ^nVîC"^' IN' "» n'7{<"" V V ; mais . dans ces noms, '>T\hH peu* s'appU^er
aussi bion an Dieu des clircticns qu'à un dieu du paganisme.
M. TucIj ajoute encore à la liste des noms à caractère païen celui <1« inîp (Grey, 172. Tucb, i3) : Benannt, dit-il, nach Qazah (^^) »
dan Indta derÂraber, Nous , nous en augmeotevons la liste des noms àt yn^HTlTSt (Grey, 1 1 ) et de celui de 1DDK> » fréquent et dans
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. INSCRIPTIONS SliNAlTIQUES. 15
i» ce» noms une preuve du paganisme de ceux qui ies porlaieut me payait une idée fort peu fondée. Qtt*on prenne les martyrologes et i on y trouvera des
saints liorus, Hercule, Phcbus, Amnioii , Anubis, et des saints Artémius, Apollinaire, etc. Les cliré- tiens n* ont pas eu plas.de scrupule h garder les noms propres à signiiicatioa païenne {jue les Hébreux n en avaient eu i conserver dans la {Palestine tous les noms de lieux qui se rapportaient h rancien culte cbananéen. Les ei^emples que nous avons cités suffi- sent pour repousser lepremier argument de M.Tuch , que nous renverrons , pour achever de ie convaincre , aux Onomastica de la partie chrétienne des grands recueils épigraphiques.
Si"" Le second argument est bien plus puissant et serait irrésistible , si les faits qu'invoque M. Tuch étaient établis d'une manière positive et bien solide; mais les quatre exemples cités par cet auteur ne sont pour nous lien moins qu'incontestables. Ces exemples consisteraient en deux hii {n^t prêtres d'un dieu. Ta , inconnu d'ailleurs , et deux Km jhd , prêtres de létoile de Vénus. Pour commencer par ies deux pre- miers, dans l'inscription n' iSg de Grey, 30 de M. Tuch , à la ligne 3 , nous voyons , à la suite du nom du pèlerin , 13 w*)n a Hherscfa, fils d'Aami » , les
lefjoel nous croyons reconnaître le ^szc^ ^ « hiératique ^ ^ f
on Atmott des Égyptieos. Mais nous n'émettons cette dernière opi> nioD qu'avec doute.
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16 JANVIKH 1859.
lettres ter ans , rieo de plus , encore le a est-il fort dou- teux. Quant au numéro 83 de Grcy, 'i i deTuch, il y a bien à la seconde ligne n'7KKn:n:), comme a cité M. Tuch; mais pour terminer la ligne il y a encore deux caractères, dont le second est un caractères dont on n a pas tenu compte et dont la présence pour* rait être de nature à modifier absolument le sens de la phrase. En tous cas ils empêchent de reconnaître avec M« Tuch le mot n^K « dieu ».
Du reste Je doute beaucoup de lexistence du dieu Ta lui*mème. Car le nom propre deux fois répété où M. Tuch voulait lire «n'^J^'iay et reconnaître une autre mention de ce dieu ,
6-^ 6 -v^
ne me parait pas pouvoir être iu autrement que K3~^K"i3y. Le n a toujours la forme de ^ ou é"^ et le 3 de -y .
Quant aux deux Km }nD, en bonne conscience, en examinant les copies des inscriptions 8o et i de Grey (i 7 et 1 8 deTuch), il nous paraît impossible de s appuyer sur des lectures aussi douteuses, ici, comme dans le numéro 1 3 9 de Grey, nous accorde- rions même Texistence du mot jhd; mais ce mot, comme Tarabe (j^^, peut s appliquer à un prêtre
' Grey, a ; 54.
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INSCRIPTIONS SINAlTÎQUES. 17
chrétien tout aussi bien qu'à un prêtre païen ^ ; et qui
nous prouve que le mol qui vient après n'est pas un nom de lieu P M. Reinaud , à la bienveillance et à liné- puisable bonté duquel nous avons dû tantdeconseik précieux pour notre travail, nous faisait même remar- quer que ce nom de i<ni « la brillante » convenait extrêmement bien comme surnom d'une tribu.
3^ Reste le troisième argument. M. Tuch, à cette occasion , a fait les recherches les plus curieuses sur les pèlerinages sabéens et les sanctuaires de ce culte dans la presquile du Sinaî. Il a déployé dans cette étude Térudilion la plus vaste, et celte partie de son mémoire restera comme un excellent traité sur la matière. Mais quand il s'agit de rattacher è ces pè- lerinages et à ces cultes les inscriptions sînaïtiques, son raisonnement nous paraît moins solide. Il est à remarquer que dans tous les lieux où il prétend re- connaître Texistence d'un centre de culte sabéen, au Sinaî , au Serbâl , à Ouadî Pharân , nous trouvons des couvents, des pèlerinages, un centre chrétien^ Du reste l'argument de M. Tucb reçoit un coup mor-
* Je citerai à cette occasion , comme exemple , mais d une manière dubitative, l'inscription, encore inédae, qui dëcore le couvercle 'lu sarcophage de la Madeleine à Saint-Maximin ( Var). Cette ins- cripiioo , qui paraît bien d origine chrétienne , ae compote de deux loogoes lignes de latioen caractèresde petite dimension, aujourd'hui presque illisibles, la première commençant distinctement par le inot ROHA. £ntre ces dent ligûeseat une inscription hébratqne âe quelques mots, en grands caradères, dont la fin est certaine :
vi'p niiT \n2
piétfe du dieu aaiat.
xni. 9
tel , si , comme tout semble aujourd*hoi le prouver, Phœnicon, le lieu du principal pèlerinage sabéea d'après le témoignage d*Ârtémidore , cité par Stra- bon^, doit être placé , non pas k Pharân, mais àTor, OÙ- l'on ne trouve pas une seule inscription.
Maintenant, si nous avons pu réfuter les argu- ments sur lesquels se fonde Topinion de 1 origine sabéenne des inscriptioqs du Sinaï, peut- on arriver à la démonstration contraire et établir le christia- nisme de leiu*s auteurs? C'est ce que nous allons essayer de faire voir.
La première cbose k faire pour nous est de re- prendre, en nous appuyant sur elles , les preuves dont Beer a fait usage, preuves tirées de la présence de croix et de symboles chrétiens accompagnant plu- sieurs des inscriptions du âinaï. Ces inscriptions sont toutes, en effet, tellement semblables, elles présen- tent tellement tous les caractères de monuments exécutés tous à la même époque et par les mêmes personnes , que si f on parvient à déterminer Torigine chrétienne de quelques-unes, le christianisme de toutes en sera la conséquence directe. Aussi la pré- sence des croix embarrasse-t-elle beaucoup M. Tuch dans son système de sabéisme. Il s en tire en assi- milant ces croix aux ligures d* hommes, de chèvres, de chameaux, de chevaux, de cavaliers, qui, mêlés aux inscriptions, couvrent les rochers de TOuadi Mokatteb, et qui sont, dit-il, d*époque bien plus ré- cente que les inscriptions.
» XVI.
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INSCRIPTIONS SmAliTiQUËS. IQ
Nous sommes parfaitement d'accoid avec M. Tuoh sur ces dernières . figures. Elles sont tracées, sauC peiit*ètre quelques* chameaux, par des pâtres bé^ douins , à la pointe du couteau , à une date bien plus moderne. Souvent les auteurs de ces baclioiiîllages* se sont servis des lettres mêmes de Tinseription dans le dessin de leur figure. Ainsi , dans 1 inscription n° 80 de Beer^, les lettres du nom ^nVtna:^ ont servi
à dessiner une figitre d'homme-, dans le numéro 1 3 7 de Grey, des lettres loy ou ona avant '^i^ii'bit , ou a fait un chameau » et même dans une inscription publiée par Rûppel ^, on s'est amusé à changer le nom de vibie*Dn:t en la figure d'un phallus. Mais en est»il de même des croix et des symboles dirétiens? Non. Au contraire, ces symboles font toujours par leur place partie intégrante de Tinscription; on voit i leur position qu!ils ont été tracés en même temps, et M. Tuch lui-même est obligé d'en convenu*. Grey dit, en parlant de son numéro 1 1 » qu*on trouvera rqpro» duit sur notre planche 1 , n° 4 : a Cross ietter hardly u accessible , done with the same instrument and ap^ «parenfly of the same âge »; et à propos de son nu- méro 1 g (pl. I , n° 3) : a The cros eut or dotted
«with the same instrument.» Mous ne possédons pas beaucoup de ces indications matérielles; mais celles-ci n'en sont que plus précieuses et montrent l*«ia€tiUide de la distinction que nous faisons entre les symboles chrétiens et les autres figures qui ac-*
n'a.
t.
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SO JANVIER 1859.
oompagnent 1 es inscriptions sioaitatjues. La dii£érence matérieUe dans la gravure est du reste si sensible , que les voyageurs qui ont rapporté les meilleures et les plus nombreuses copies des rochers du Sinai, Grey et M. Lottin de Laval, ont toujours négligé les chameaiuL, les chèvres et les autres figures sem- blables, mais ont eu bien soin de reproduire avec les inscriptions les croix et les autres symboles du même genre ^.
Jetons maintenant un coup d'œil sur ces symboles qui se rattachent, aimi que nous venons de le faire voir, à f exécution même des inscriptions. Nous joi- gnons à ce mémoire deux planches où nous avons réuni les exemples les plus importants de ces divers symboles.
Nous commençons par le signe le plus maniiéste et le plus auguste du christianisme, la croix. La croix est assez rare dans les inscriptions sinaitiques. Nous avons reproduit, sous le numéro i de notre planchel »
une signature tracée deux fois par le même individu , à Ouadi Cédré^ et à Ouadi Mokatteb ^ :
. . • 1 . Gerroelbaali, fils d*Aabid . . .
* MM. de Laborde et Liiiaut oui donné dans la planche X de IwiT Voyage une vue pittoresque de l'Ouadi Mokatteb. On y voit très-biea sur les rochers la différence d'aspect des deux genres de figures dont nous établissons ici la distinctioa.
* LottiE de Laval , pi. I, n° I. ^ Grey, i43. fieer,4a.
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INSCRIPTIONS SINAlTIQUES* SI
Dans Te^Leiiiple que nous venons de citer la croiic est élevée sur «ne petite base; elle est représentée de même au numéro 2 de notre pkncbe I ^, frag- ment de iOuadi Mokatteb, où ion distingue seu- kment le mot Tsi et les traces d'un nom propre
finissant par un J,a croix simple accompagne le numéro 1 9 de Grey (n° o de notre planche 1) : -
r
Nous la trouvons aussi avec des fragments, malheu- reusement illisibles, dans Grey dans LotUn de Ls^- val^ dans le grand ouvrage d'Egypte^ et dans celui de M. Lepsius^. Signalons encore ia présence de la croix élevée sur une base avec un autre symbole au numéro a de notre planche II; nous reviendrons un peu. plus loin sur cet exemple.
Avec les inscriptions en uq idiome sén^itique les rochers du Sinaï présentent mêlées quelques ins- criptions grecques. Le texte bilingue, copié pai* Grey ^ et lord Prudhoe ^ montre que ces inscriptions iiOnt de ia même époque que les autres et que leurs auteurs étaient venus dans le même but que les pè- lerins de race arabe. Huit de ces inscriptions grecques
' Tiré de Grey, 111.
s N* 35. ^ Onadi Mokaiteb.
> PL XVUI, 5. — Omdi Gu^ Pl. LVI, 7. ^ Onadî Ha- bran.
* Tab. éu t6. • « Abdi. VI,Bi. 17, n*'74.
• K. m, n* i.
' RVL~Gf.I)tomp<îaii<kr]^(0>tab.citn*"58et74.Beer t explicjaé celte ÎDScriptioD , n* 1 08»
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22 ^ «M ! aANVIEH I65«. -< < '
portent Ifk - erdix en tête. iSlou^ ■ n'ei^ repl*adui$on& -pas le 48|Lte; nouki' jionB bornons è mmroyer aux ou-
Xre^es où elles sont déjà publiées ^ • I . Aprè^ lie» croix le signé le plus macnfûste^ tàsmBme» <e&l le^cbrisme ertieifbnnEf^ Qoîcaiique 9*est
lis Q^in^du monde loccupé des antiqiiiliés.ciirétiennes connaît oè^ Aiguë décrit par Liâctàocte ^ etitantideiioiis reproduit sur les mjûouments. Nous le trouvons en tête dune inscription de TOuadi Mokatteb copiée
^a'p'Grey' et reproduite, dans notré pîanclie I, sous kî numéro 4 : ' * ' ■ • •
il ^ ' tA i * #t ' _B » II*
« « » A
, Il commence uii fragment de TOuadi Cédré relevé pdCtM^ Loittin de Ji^vai^ fragmenl: fort difficile à
•déchiOrer, mais t>ù nous croyons reconnaît! e encore
doud, fils de Schaadalhi. (Voyez le niiméro 5 de
notre planche I.) - r ^ . . <
• . ' 1
; ■ i*'Grey, pl. XIII, n"* 3-, Corpus imcK tfrm:. /iG68; — 2'' Ihid, 7; — 3" Leps. Ablli. VI, Bl, 17, a 74 a; — 4* ibid. 88,
— 5' Leps. Abth. VI, Bl. i8, n'' 98; — G° ibiii n''i(yjbi3, 2 et a;
— 7° Leps. Abth. VI, Bl. 19, âSov — ibid, 129^ voy. en- eareLeps. Abth. VI, Bl. 20, i5i, 2.
• De Mort, persec. 44. — ' N*nw-** Voy. sur ce lilre ia note 7 de la page 9.— * Pl. IV, 4. . . :• . . "m -
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INSCRIPTIONS SINAlTIQUES. S3
«
M. de Laborde a copié , sur les rochers de iOuadi Mokatteb ^, une courte inscription où nom voyons le chrisuie cruciforme répété deux fois, avant et après les mots D^e^D (pl. I, n*" 6). Le même signe accompagne encore deux inscriptions grecques co- piées au même lieu par M. de Laborde :
f AINE*
f OYpeOC\
et une copiée par M. Lepsius* :
f
MNHC6H
ABPAAMHC.
Enfin M. de Laborde a dessiné un cbrisme ren- ferme dans un cartouche qui se trouve au même endroit et que nous avons reproduit sous le nu- méro 9 de notre planche I; et M. Lepsius en a copié uu autre isolé, tracé également sur les rochers de TOuadî Mokatteb ^
Ces chrismes cruciformes, évidemment contem-
* PI X. — Leps. Abth. VI, Bl» 17, n* 87 c.
* IhH. Voy. le numéro 7 de notre planche I.
* Ihid. Voy. le numéro 8 de notre planche I.
Le cbrisme cruciiôrmeacconi| jagiic encore une inscription grecque dont malheureusement on ne peut rien tirer, copiée par M. Lepsiu:? dansrOuadi Mokatteb. (Leps. Ahlb. VI, Bi. 17, n" 89.)
* Leps. Ablh. VI.Bl. 18, n'' 109. ' idem, Ablh. VI.BL 19, n'' là-j.
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24 JANVIËH ld50.
porains des iDScriptions qu'Os accompagnent, ont
beaucoup embarrassé les partisans de Torigiae sa- béenne, M. Credner s'est efforcé de démontrer que , dans les deux premières inscriptions grecques que nous venons de citer, ce n était qu un B mal copié, et qu*a fallait lire BAINE et BOYPEOC. M.Tuch, tout en applaudissant à cette ingénieuse combinaison, scharfsinnige Combination, est obligé de repousser ia lecture de M. Credner pour le premier nom; AINE, comme il l'a fait très-bien remarquer, est évidemment le même nom que i'AINlAC qui a signé aux mêmes lieux^. Quant au second , je ne vois pas pourquoi on changerait ; OYPeoC , pour Ovpios , est au moins aussi bon que BOYPeoC pour Bopotib^ K
M. Tuch veut substituer une autre explication. D après lui on devrait reconnaître le symbole de la croix ansée égyptienne. Nous ne pouvons non plus admettre celte expiicaLiou. L;t lorine du mono- gramme est constante, et la boucle» aplatie par uo
• Grey, pl. XIII . 7.
^ On retrou?e ce nom dans one autre inscrîplion de TOuadi Mo> Latteb. Je ferai cependant remarquer qu*on trouve égelemenl dans ie même lieu ie nom de hùùp$ot :
MNHCBH
BOYPEOC
COY..OY. (Leps. Abtb. VI, Bl. 17, n' 87, i-3.)
BOPAIOC et B0YP60C sont deux tranbcri filions grecques (l'un même nom assez commun dans les inscriptions slnailiques»
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INSCRIPTIONS SiNAiXigUËS. S5
cote, du P , s y distingue toujours d'une mamère in- dubitable K Nous demanderous d'ailleurs ^on nous &88e connaître une seule inscription, même ëgyp< tienne, où la croix ansée soit ainsi ^acëe isolément
en tête.
Après la crdz et ie chrisme nous signalerons dW
très symboles qui, s'ils ne sont pas des signes incon- testables et absolus du christianisme, ont été adoptés par les premiers chrétiens et se trouvent sur leurs monuments. Lo numéro lo de notie pl. I nous montre la palme :
Amrou, fils iTOutsi, et Outsi son fils, pèlèrins* « . .
Il est aussi sur les inscriptions du Sinaï un autre symbole beaucoup plus fréquent, et qui a donné lieu & bien des interprétations diverses. C'est une espèce
de fourche ou de . Ëeer y a vu une croix de forme
particulière^, M. Tuch une étoile à trois rajoiis;
* Sur certains monuments de J'Égypte ies chrétieus ont donne au chrisme une forme assez voisine de celle de la croix ansée (foy. Ch. Lenormant , Musée des Antiquités é^ptiennes, p. 48) ; mais ici ce D'est point ie même cas.
* Grey, 72. Béer, 12^.
' «Ob hune in inscriptionibus locum, dil-H , hoc signum crucis «christiana; figiirani esse existïmo , qna» in nonnuUis regionihiis usi- «tata fuerit, in fjuil)us fortas.se nialfflci ]ilcrumque in cnict.s (|iia; «hanc furc.T figuram babebant, agebantur.» Mais d'abord rjous n'a- vons nulle part de mentions de l'usage de croix ainsi fourchues, et d'aUleurs ce serait alors une représentation de ia croix comme ios- .tnimeiit de aupplice, ce qui esl conUaire à i usage des premiers
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âC JANVIER 1859.
mais ni l'une ni 1 autre de ces explications ne noas
paraît rendre compte de la forme de ce symbole. Mous ne savions cootment l'expliquer» quand nous avons «consulté le savant M. de* Rossi dont le tëmoîr gnage fait autorité cnmatièred'antiquiteb chrétiennes. U nous a répondu avoir rencontré dans les inscrip- tions de Rome, soit sur les monuments originaux , soit dans d'anciennes copies, une forme dégénérée de l'ancre tout k fait analogue k celle qiie nous avons
ici^. Cette explication du symbole )^ est touti fait
siècles, Irès-bien établi par M. Le Blant [Jnscripfwns clirctienucs de la Gaule, l. I, p. i56). «LMdée d'alîégrcsse eu bannit eucorc (desmo- Duments chrétiens) les tortures des martyrs; le crucifix, que rem- place une croix couverte de fleurs et dr pierres •ré''ieuscs;les scè ries de la Passion, évitées avec un soin r( marquabie au milieu des rcjn o- ductions si multipliées de tous les actes de la vie de Notre-Seigncur. »
* On trouve bien un Y isolé avec un 0 au bas d'une inscription des catacombes, publiée par le P. Lupi [Epitapkion Severœ martjrris» p. 11» not. i) ; mais ce sont là de ces lettres isolées comme on en voit quelquefois dans les inscriptions de toutes les époques et dont U est presque impositble de rendre compte. Tels sont, pour en re* veDÎr à nos textes sinaîtiques , le B et le 0 qu*on voit tu bas d'une inscription de fOuadi Mokalteb (Grey , 90) :
B ♦ .
, • , . * Ubersch « fils de Scbarob , pdcnn.
Depuis (jue ce mémoire est rcilii^t fJorioe à l'impression, le K, P. Garrucci [H crocijisso cjrajjiilo m casa dri Ce s an , Rom. 1857, in-8*br.) a public un précieux fjrajjitio découvort clans ies chambres des esclaves au mont Palatin , et dans lequel il a cru voir noire KÎgne en forme d*Y tracé comme un symbole chrétien à côte d'une cari- cature paienne qui représente un fidèle de la nouvelle religion
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INSCRIPTIONS MNAlTIQUES. S7
confirmée par cette circonstance que, dans les ins- criptions du Sinai , il se trouve « comme l^Biiicre dans les catacombes, tantôt debout (pl. 1, n° 12-, pl. II, n*" 1 et 3), tantôt couché (pl* I, n° 1 1, pL II, n^ 1 et 9). Le numërô 1 !i de notre planche I nous inontre ce symbole debout, deux fois répété à chaque extré- mité de la dernière lignedef inscription. Aunuméro 2 de la piaiiche II, nous voyons, à la fin de i'iiiscrip- tion, les lettres n, du nom n^s^3, flanquées, d*un côté , de la croix montée sur une base , de f autre , de lancre fourchue couchée. £nfin le numéro 3 nous inontre ce symbole debout au bas de l'inscription, entre deux espèces de points ou de cercles.
Nous avons pensé qu'il serait curieux de dresser la liste de toutes les inscriptions publiées qui por- • tent ce symbole ; le nombre en est assez considé* rable. Nous donnerons m extenso le texte de toutes les inscriptions qui n ont pas été expliquées jusqu ici.
adorant un crucifié à tête d'âne. Mais ayant eu tout récemment i oc- casion d'examiuer à Rome le monument original conservé au Col- lège Romain, j ai pu y coDstaler avec certitude que TY a été tracé par une autre main que la caricature contre les chrétienk, et ne peut aïolr aucmi rapport avec elle. Quant à notre ii^e.de$ iuMSTiiltioiia liiiiitiques , un examen plus approfondi et plus attentif de la qncs- tien m'a lait revenir à ropiniou defieer. Pour s'en convaincre, il nffit de voir, dans le nouveau mémoire de M. de' fipsii. De çArîi- (îiaittiiioluiiiieiilù Cartha^mentibus (extr. du SpidL Soîesnù liv.IV]> la variété extrême de forme que les chrétien» des pi^m^rs siècles ont dmiDée à la croix, pour dissimuler, autant que poMtble, cet auguste symbole. Telle quelle est surnosmeDuroeftts den^Afalieft pèlerins ta Sîntf , on la retrouve mêlée avec un' trè»*grBed nombM dViutres «yinboles dans une inscription publiée parFabretli (ii3, 282) et conservée aujourd imi du Musée chrétien de Saint*Jeau-de-Lalran.
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S8 JAJSVI£R
1.
OuadiCédré^
Tî nhJD
wm ohv
pèlerin.
. . . • Aottscfa, iUs d'Aiid.
Ouadi Guéné^
1 'b'^bv uh^y
D 13 '♦'yya - S» - ii» ob^ V.
Schalil, iils de D. , Abdelbaaii, fils de
3.
ibidem^,
w w D^D y
(lis d'Aouâcli.
4.
Ihidem\
Inscription illisible portant en tête le symbole
5.
Ouadi Mokatteb. (Gi!ey 91 ; Beer 8 k)
} LoUio xle Laval. pl. XIII, n* 1. * /«îent. pl.XXIII,n»iJ. aet3. ^ Wem, pl. XXIII, n" a. . . j i -Viiiflii^pl.XXIlX,n»3. ,
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INSCRIPTIONS SINAITIQUËS. Lignes 3-6 , 5 et 7.
6.
Ouadi Mokatteb^
oyo
Hhersch et Al^eibaali, ûls d'Aabid, pèlerins.
(PLII, 3.)
7.
Ibidem.
(Grey» pl. XIV; fieer» 39.) Ibidem.
(Grey, 1 43 \ Beer, 1 5 1 .) IbiiemK
«D,D«,«Y
'»'?yla)
Demam [fik de] beali • • • . ,
10.
Ibidem ^
^ W9 13 rtt obr Y
nn3 roy
Lelit iiis d'Aanu» et Aami son fils.
' Grey, %2 ; Beer, 1 45 ; Lopsius , Abth. VJ , Bl. 17» n* 71. ' Lottin de Uvai, pi. X&VUI, d' 5. ^ Idem,^, XL, n'^s.
30 JANVIER 1859. . .
11.
Ouadi Mokatteb ^ Hherscb.
12.
Ibidem^,
Inscription illisible; en tête le symbole ^
13.
IbidemK
w ..Kw nbio V
Âoua
Genndboali, fils de Kalb:
Ibidem \
D^Ki -VK o'ptt? V
;-.ra
. . • • . A , ûis d Ouaiem.
15.
Ibidem^,
-ïa
Ooal, fils d*Aacmd.
• . . . iils de ,
> Lottin de Laval, pl. XLIII, n« i J. i. — » /dm, pl. XLIIl , 2. — ' /dm, pl. XLIV, 1. — * /deffi, pl. XLViU, a. — làm,. pl. XLVIIl.a.
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INSCRIPTIONS SINàÎTIQUËS. 31
16.
Ouadi Mokatteb K
.... Oual
17.
Ibidem K
Schekrah(?), ûls d'Aouschelbaali , pèlerin.
18.
Ibidem ^,
Aabid, fils
d'ûual, et Oual, et Hherscb, et Schaadalhi, ses £ib« pèlerins \
19.
Ihidem ^.
nhv rDv 13
Aala
lils de Aami >
' Lepsias, Denkm. ans MyypU Abth. VI, Bl. i4 1 n* 1 1, a.
■ Idem, Abth. VI, Bl. i5, n° 3o, i.
* W^m.Abth. VI,B!. i5,n°37,3.6.
* Sur l'ordre des noms propres dans les familles, cf. l'inscription «le Lottin de Laval, j.l. VII, i, et ies observations que nous avooH faites plus haut à ce sujet.
' Lepsiu», Abth. VI , 6i. 1 8 , 1 1 6.
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32 JANVIER 1859.
20.
Ouadi Mokatteb ^. Quain.
21.
Ibidem ^.
Ba,.. et Mobaker «fils d*Aott$ch.
A. «her, fils de Germdbaali, pèlerin.
22.
Nasbi.
(Pnidhoe, pl. V; Beer, 6â.)
23.
Inscriptions dans les mêmes termes, tracées dans un autre lieu par le même personnage; provenance
inconnue. Goutelle et Rozitre, jo; Béer, 65.
24.
Ouadi Aleijàt^
Y wtonaY
Elmobaker, ùU de Kalb.
» Lcpsius,Abi}i. VI,Bl.fO»n'*i45.
» Idem, Abtb. VI, Bl. 2 t, i et j.
' Burckliardt, p. 6i4.8. Tiicb^ 3. Vojai notre pl. l,ii* ts.
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INSCRIPTIONS SINAtTIQDES. S3
25.
IVomontoire des Quatre Ouadi K
"^Kî v^'cn
Zîd et GennJd. et AH
26.
Ouadi Mokatteb.
{Giey, I ; expliquée par Tuch, p. i34.)
laal, fils d'Aami, pèlerin
Aaoud , fils de Zid
27.
Ibidem \
Amroch« fils d*Abdelchou, pèlerin.
28.
Ibidem ^.
Inscription illisible commençant par la formule . En tête le symbole • .
' LoUin de Laval, ph XXV, 3.
* Grey, 1 5o.
* LotUn de Laval, pL XLV, 3.
un. 3
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29.
Ouadi Mokatleb^
Âousch, ûls d'Âbdelbaali, ûls de Hherisch.
30,
Ibidem.
(Grey, i3g; expliquée parTuch, 90, L â.)
31.
Ibidem^.
. . • • • A&nu
fils de
pèlerin.
32.
Ibidem Âami
(Pl. I.n' 11.)
^ Lottinde Laval, pl. XLVI, 1. s Leps. Abib. VI, Bl. 17, n* 83.
* Wm, VI,BI. W,n'i46.
* Grey, lôA.Beer, 79.
i I
-33.
Ouadi-Pharân
13 iVkI
niD
Oual , ûls de Phadr.
41 ' . «
«
1
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INSCRIPTIONS SINAlTIQUfiS. S5
Nous avons établi d'une manière qui nous semble
certaine l'existence de symboles chrétiens accompa- gnant les inscriptions sinaïtiques. G est déjà un ar- gument bien puissant en faveur de notre opinion; mais ne peut-on rien tirer des formules mêmes des inscriptions? Il nous semble qu'on n*a pas encore donné à ces formules leur véritable sens, et c'est ce que nous allons tenter de faire maintenant.
Commençons par la formule ia plus fréquente,
^JjF> abrégée quelquefois en J Je
fyjz ^« ou même le simple J: ^ La lecture n'offre
pas de difficultés , obv , et elle a déjà été reconnue par Beer. Mais quel est le sens de ce mot? Beer ne semble pas s en être occupé. M. Tuch veut y re-
connaître une formule de salutation , le p^Uv arabe.
Mais à qui s'adrçsse c&^ut? Aux pèlerins qui vien- dront après? J*avoue que cette forme, absolument sans analogues dans Tépigrapliie, me paraît difficile à admettre. Pour moi, la formule nh^ s'explique d'une manière beaucoup plus régulière. Je n ai pas besoin de supposer la suppression d'un t dans une écriture qui ajoute des voyelles plutôt qu elle n'en retranche à lorthograplie arabe. Je voi.s ici le mot
nrrà «paix», chaldaïque D7cr , arabe La pré*
* Lottin de Lavai , pl. VI, d** i.
» /(/m,pl.X,n'' 6,pl.XXm,n'»5.
^ Idem ^ pl . I V, 4* ( Voyex notre planche I , n* S. Lottin deLaval , pl. II, n** 6.)
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36 JANVIER 1850.
sence de ce mot seul indique d'une manière certaine une inscription juive ou chrétienne. Gomime les chré- tiens, ]es juifs de Rome inscrivent sur leurs tom- beaux les niots6N eiPHNH ^ Une inscription grecque provenant de la catacombe juive de la Via PoHaensis se termine par racciamation Dlhv «pax», «écrite en lettres hébraïques 2, et cest cette même acclamation qui commence la plupart des épitaphes des juifs du moyen âge. Quant aux chrétiens, pour le rôle des mots pax ou elpt/vn^ dans la symbolique des premiers siècles, je ne saurais mieux faire que de renvoyer au savant mémoire de M. deWitte sur Timpératrice
• Voyez Greppo, Moiitt sur qaelqaes imcnpUons antiques tirées de quehfues tombeaux juifs à Borne, Lyon , i835 , in-8*.
• P. Lapi, Epit. Sev. Mart. p. 177. Grcppo,p. 22.
6NeAA6 K6I
TAI <t>AYCTINA
D*aprës le dettîn i|u*a donné le P. Lnpi, ie mot hëJirea isolé est écrit aioii :
. C*eit un eiein|ile àa caractère • très-voinn de raraméen » des papy- rus , caractère qui a succédé à Thébreu des médailles asmonéennes et d*où est sortie récriture carrée actuelle. Cest dans ce même carae- tire que sont conçues les curieuses inscriptions juives magiques et cabalîsliques tracées sur des coupes de terre rapportées de Babylone par M. Layard el publiées par lui {Ninevdi and Babylon, p. 5t3- 5ao).
DlVtt^ est le mot consacré par le psaume iv [v. 9): «in pace limai iceobibo et doiflttsn.^
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INSGHlPilOMj^ SlNAlTiQUES. 37
Salonine^, mémoire où Ton trouvera cette question
étudiée avec Térudition la plus proloude et la plus sâre, et avec tous les développements qu*on pourra
désirer.
Quoique très-souvent funéraire, la formule 6N 8IPHNH , IN PACE,u ne s*inscrivait pas exclusivement sur les tombe», » a fait observer M. Le Blant ^. u On remarque ces mots dans quelques légendes de fonds de verre; HILARIS vivas caM TVIS OMNIBVS SEM- PERIN PACEDEr5;C0NC0RDI BIBAS IN PACE DEI^ HILARIS VIVAS CVM TVIS FELICITER SEMPER RE- FRIGERIS ÎN PACE DE! ^ Cette même formule existe probablement aussi sur un bijou mérovingien trouvé iSaint-Maur (Jura). » Dans le travail même auquel nous empruntons cette citation, M. Le Blant pu- bliait une petite pâte de verre de sa collection por- tant les mots €IPHNH XP6l) autere in pace^».
La formule sinaïtique n est pas tout à fait Yin pace latin. L'inscription que nous avons citée plus haut à la page 9 , d'après M. Lottin de Laval , nous en fait connaître une forme développée ; elle commence par les mots W)H bià Q^E^ «pax super Ausum», absolu-
ment larabe ^^^^ ^ .
» p. 43. BruxeHes» i852, in-4". Extrait du tome XXVi àe^ Mé- moires de l'Académie royale de Belgique, ^ Dànsh Balleùn aivyohgiqtt^deCAtkéimumfranfau, iSô6,p. lo. ' Boldetti, Osserv, p. 5i4.
* Buooaniotti , Vetri aatichi , tav. V.
* Mrm , tav. XX.
* Pl. I» o!* 19. Voy, Ficoroni, Gemmm aiUiqum UttenUmt tab. VI D*to,ettab.XI,n''3.
^ L*orthograpke arabe haliitttdle senti Jj. Les inBcrlptioDS si-
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•à8 JANVIER 1859.
Le même voyageur a copié dans le Ouadi liabrân une autre inscription ^ commençant par une accla- mation, oh^TD oVe;, où il semble qu on ait voulu
jouer sur le double sens nbv u paix » et a salut ,
pour ^ (j^^ apax de saiute», ou bien
n salas de pace » , ou même u pax de pace ! »
Ce n'est pas tout à fait la même phrase que nous devons reconnaître dans les exemples les plus nom- breux, quand le mot D^^' esL immédiatement suivi du nom propre du pèlerin. Cette construction , par appoiîiLion, en supprimant la préposition J, n'est guère admissible ^. Dans ce cas, nous devons recon- naître, pour avoir une construction r^;ulière, le verbe
dans sa forme optative, usalvus sit, pacem ha- « beat, sit in pace ». G*est Tanalogue , un peu modifié
dans la traduction, du VIVAS IN PACE latin.
Une inscription , découverte dans! Ouadi Mokatleb par M. Lepsius', varie aussi légèrement la formule; on y lit : ubvh u ad pacem, ad salutem » (« fecit n ou
nàitiqaes lont plus confimiies à Télymologie en conaervaot ii <r J | , ' PI.LVI, I.
^ Cependant la formule eîpT^vrt seule accompagnant ie nom de la défunte, le mot aoi étant supprimé, se trouve daas une épitaphe da cimetièrn rie Saint- Callisle, que les circonstances lopograpliique» portent M. De' Rossi à eliasser au m* siècle :
POYflNA
6IPHNH
(Voy. IV Rossi, De c&rûf. tit. Carthay. p. 29.) ' Lepsius, Abth. VI, Bl. l , u" 1 1, 2.
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INSCRIPTIONS blNÂlTIQUËS. 39
ttscripsit»); mais, quelles que soient les variantes, la partie essentielle, le vœu de la paix chrétienne, se retrouve constamment et se rattache au formu-
laiie coiamun de toutes les églises chrétiennes pri- mitives.
La seconde formule, presque aussi fréquente que ia première, i^^n, s explique aussi très -bien dans fordre des idées chrétiennes. Les inscriptions grec- ques du Shim en donnent un équivalent dans le mot MNHCeH :
I.
TKI • Win 13 W^H
MNHCSH AYCOC EPCOY
KAAITAiOY MAPOY
EN ArAeoi '
2.
MNhCeh AYPhAIOC
BOPAIOC XAABOY *
•
* Grey, pl. XIII, i. Pmdhoe, pl. VLConteUe et Rosière, 58 el 74* Béer, io8. Cofjms inscriptionum grmeanmM 3668 a. LepunSy Abtb. VI, Bl. 19, d"^ 127 et 197 bis. Le nom de WMt* tenâa par
KZfTos, se retrouve encore dans une ioscriptiou copiée parM. Lep- ùus, Âblb. Vi, Bl. 18, 0** io4 his:
AYCOC
AeHNOC
* Grey, pl. XIII, &. Onjm, 4668 d. XAABOC eal ieuS^» «pie Dons trouvons assez fréquemment dans les inscriptions en caractères sinaîtiques* Quant à BOPAIOC>voy, ce que nous en avons dit plus haut, p. uà*
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40
JANVIER 1859.
3.
MNHCe. MOYCHL CAMOYHA *
4.
NNHCOH AYAOC AA M0BAKK6P0Y*
5.
[M]NH[C]0H M[A]AX1(ONOY KYPIOY
1 Gray,pl.XIII,7.GofpB#>4668 ^.lf.Leiinii8,Ablh.Vi«Bi.i7, n" 75, donne le mot
MOYCHC
isolé. Est-ce une inscription différente on bien ceile-ei oopiée in-
complètement ?
* L. de Laborde, pt ^. Lepsius, A&th. VI, Bl. 17, n*" 86. Cette inscription était évidemment hilingne. Le texte sinaîtique , que Beer en a déjà rapproché, se trouve dans U même planche de M. de La*
nKî .... np
Lottin de Laval, pl. 1, n* 6. Nous donnons seulement ce que nous avons pu déchiffrer. Voici ce que porte la copie de M. Lottin de Laval :
.MHOSH AXI(i)NOY
OYMAlWeiNKYPiOY 661:0)
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INSCRIPTIONS SINAlTIQDES. 41
6.
MNHCQH AMMAIOC ATTAAOY »
7.
MNHC ARICOC
OH AMMAIOpr] •
S.
f
MNHCOH ABPAAMHC
Cette formule , absolument insolite dans 1 epigra- phie grecque, a beaucoup embarrassé les savants qui
^ Lepsius, Abtb. VI, fil. 17» n* 91, i et a. Le nom AMMAIOC ett ime transcriplioii grecque de VT2^ > que noua troavon» fréifiieiii* ment c<nnme nom propre dans les imcriptions en eanctères sinaî- Ii4|ne8', Texempie suivant le montre «vee certitude.
* Lepsius, Abtb. VI, Bl. 18, n* 96. Cette inscription doit être oomptée pannt les luUngnes. M. L^ins pablie en effet sur la même pknche, nais sens un naméro différent (n* 93 ) , un texte nnaitiqne dadement correspondant :
' Lepsitts, Abtli.VI, fil. 18, n* 109* Nous pouvons encore dter plusieurs autres exemples de la mÀne formule : 9* Grey, pl. XIII , s. Cnptu, 4668 a; 10* Grey, pl. XIII, 3. GoipBf^ 4668 c; 1 i*Lottin de Lava] , pl. VIII, n* a , copiée à TOuedi Cédré; Lottin de Laval, pl. XUIII, n* 4 : r^»étilion de la même inscription relevée dans lt)oadi Mokatleb; !%• Lepsius, Abtb. VI, Bl. 16. n* 64, 1-3; i3' Lepsius , Bl. so , n* 1 38.
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42 JANVIER 1859.
4
se sont occupés de nos inscriptions. Franz» dans le
Corpus^, a cru reconiiaîti e ici l'emploi barbare d'une formule que présentent quelquefois les proscynèmes
grecs , et dans laquelle le voyageur consacre un sou- venir à quelqu'un de ses parents ou de ses amis.
ONHCJMOC eMNHCOH THC AA6A0HC
XPHCTKC
dit une inscription du cap Sunium^ et nous pour* rions citer beaucoup d autres exemples de cette for- mule ^. On serait eii droit de penser, d'après un exemple, qu'on employait quelquefois le simple 6M- NHCOH en sous^enlendant râ» oùtcS ^dpw»,
enAPAGOC EMNH COH nAPA TOIC AIOCKOPOIC*
Mais cette inscription, quon ne connaît que par
* T. m, p. 275.
M.Lctronne [Inscriptions grecques et latines de l'Eijypte,t 11^^, *7o) a fait le même rapprochement, mais en rapportant ioexactement nos inscriptionâ du Sinaï, où i! écrit toujours ifii'ïfa^^îî.
* C, I. G, n" 5 16. Je donne ccUe insciiplion d'après une copie prise par mon père en 1829; copie piuâ exacte pour la fonue des lettres que ccile du Corpus,
' C /. G. 1107. Letronne, hiscr. de l'E(j, u"* 209, 210, 244» 382, 3o5«Gf. encore Letronne, n"^ 64 *• VLveltv èTs^àyaù^ roh /onianr «ofotîfiem; 8or cette formale, Franz, EiemenUi ei^graphkes graem, p. 336.
* C, L 6. a* 1827. Ex Cyriàâ sckedis.
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INSCRIPTIONS SlNAÎTIQLEi). 43
1106 très-ancienoe copie, nous semble incomplète,
et nous croyons que , aprc^ ^apà tûTs ^tocjKovpots , il y avait quelque autre mot comme sur une ioscription du même lieu conservée dans les mêmes copies et dans kiqiu ile on lit: eMNHCGH TPY0QN RAPA
TOiC AIOCKOPOIC TU)N CYNAOYAU)N 3.
Quoi quil en soit de ce dernier point, nous ne pouvons admettre le rapprochement de Fram. MNH* COH, dans nos inscriptions, est fimpératif (wri^t avec une faute d iotacisme. Le numéro i o de la {Manche LIV de Pococke le remplace par MNHCTHOl pour (xvrj'adtrri: MNHCTHOl KOCMA ^
Beer propose la traduction suivante de la partie grecque de Tinscription bilingue : « Mémorise causa «scripsit Ausus, iîiius Hersi» filius Kalitœii iilius a Mari».; mais cette traduction ne tient pas non plus compte de Timpératif, et nous devons la rejeter poui' la même raison. M. Tuch a bien reconnu fcv^i, et il traduit comme nous , <x mémento » ; il suppose que
' M* Letroone (/jucr. de VÉg, 1. 11, p. 369 , n"" 207 ) a cm recon- ndtre xm aatre exemple où les mots r&» i^tSp mértw awwent été
sous-entendus : ÉjxvTfffôi? ktTxXifitfâirjs îajpos \syecavof B Tpaïavvs [(rxypâs. L I kvTùûvîvou, ^^^/^èp A. Mais u'est-il pas pins juste de supposer que l'inscription n'est pas complète et de restituer, comme le même savant le faisait dans les Tramactions of thc rojal Soc 'ic(j of LiiLcraiarc (i" série, t. II» pi. I, p. 71), îa formule ordinaire des proscjnèmcs de la même localité : [l'rivèe tiiv a-joiyyn tèèv èùav^ae xoi . . , , ] èfjLv-^aOri kayJ^rj-KtaiSijs , elc. li en est de même de l'inscrip- tion 3 1 1 du même ouvrage , où M. Letronne lui-même a recoanu ({ue le commeacement manquait : . . * . ifun^aOv Beénpnot à oÇoi-
^ Pococke, pl. LiV, n** 10. C. /. G. &669.
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44 JANVIER 1859.
cette parole s'adresse aux passants , auxquels 1 auteur du proscynème dit de se souvenir qu'il est venu faire le même pèlerinage. Ce serait, il faut le reconnaître , si Ton devait admettre cette explication , une formule bien exceptionnelle dans 1 epigrapliïe, et, disons-le, bien peu naturelle. Nous ne sommes donc pas dis- posé à nous eu contenter et nous en cherchons une autre.
Tout le monde a entendu parler des derniers trar
vaux des catacoiubes exécutés sous la direction de M. De* Rossi , de la découverte des tombeaux des papes du nf siècle et des nombreuses signatures de pèlerins venus jusqu'au vii^ siècle dans les catacombes pour vénérer les reliques des saints martyrs. Je trouve dans Touvrage de M. Le Blant ^ quelques-uns de ces grafiU, et j*y lis les invocations suivantes adressées aux martyrs : 6AA0IN eiC MNeiAN €X€T6 — AIO- NYCIN eiC MNeiAN 6X6X6 IN MENTE HABETE. Sur un autre monument , de Tépoque mérovingienne, on trouve , au milieu de nombreuses signatures de fidèles venus pour faire leurs dévotions : M6M6NT0 DN6 LCI SAC6RD0TIS M6I K Ces acclamations pré- sentent le plus grand rapport avec notre MNHCGH ou Pour ce dernier mot» il est difficile dar-*
» T. I, p. 375.
* Inscription de Vautel mérovingien de Minerve (Hérault) com*
niuniquée pji M. Le Biaiit. Mcnicnto domine hci sacerdotis met. Cette phrase nV.st pas l icileà compreiulrc. J^ous traduisons : «Seigneur, souviens-loi de iii.i place dans le ciel , à moi prêtre. » (Ci. notre Lettre à M. Darcei sur Us uucnplions de la ciiapeUe Saint Éloi et les gralliti de la Gatde,p, 22.)
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INSCRIPTIONS SINAlTIQU£S. 45
river à une rigoureuse exactitude philologique. Ce
peut être le «ubstantif «memoria, memoria
«sit tibi»; dans ce cas, le TDiD de Tinscription bi-
lingue devrait être pris comme un substantif j^^^
(forme r^ulière, mais du reste inusitée), avec le
sens du grec pamptiauvov. U faudrait prendre, d'après
le (iPtiaOi des inscriptions grecques comme sV
dressant à Dieu et non aux hommes. Ce serait alors quelque chose d'analogue aux formules chrétiennes que nous venons de citer.
Mais on peut aussi adopter une autre explication, dans cette manière de voir, serait f adjectif «memoria tenens n et tdid le participe n recorda- u tus )> ; il faudrait , dans ce cas , admettre que le mot $it est sous-entendu, comme nous allons le trouver dans "|n3. Ce serait alors « memoria tenens sit (Deus) » qu'il taudrait traduire. On le voit, si on ne peut arri- ver à une analyse rigoureuse parce que les formes de la même époque nous manquent, le sens ne change pas et l'intention du mot reste toujours la même«
Dès lors en voyant ici, comme dans la première lormuie, une acclamation chrétienne adressée à Dieu, 4x mémento, sit in memoria tibi », les ins- criptions prennent un sens naturel et clair, beau- coup plus satisfaisant que tous ceux qu'on a propo- sés jusqu'ici. L'expression « mémento mei Deus» se trouve très fréquemment dans ia Bihie, et toujours les Septante emploient le mot ppr(a6nTi, tandis que
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46 JANVIER 1859.
nous trouvons dans le texte hébreu le verbe 13T, dont 131 n est que la forme chaldaique. fee| "«pn^t nw u Domine mémento mei ^ ». — nivûb ^nbn "«ynnDT « Mémento mei Deus meus in bonum ^. » — nfrt *?y Ni^K « Mémento mei Deus super hoc » etc.
Reste une dei^nière formule dont nous n'a- vons que trois exemples J'en citerai un seul :
..... Zid , ù\s de Germdbaali.'
M. Tuch traduit» avec raison, a qu'il soit béni»
es sei gesegnet: cest une confiraialion complète de la manière dont nous expliquons le mot noi.
Tout concorde donc à prouver le christianisme des inscriptions du Sinaî* J)es symboles chrétiens les accompagnent» et leurs formules, restées j usqu ici très-obscures, s expliquent fort bien en y reconnais- sant des emprunts faits au formulaire habituel de J*épigraphie chrétienne.
On ne songe pas assez d'ordinaire aux progrès qu'avant Mahomet le christianisme avait faits parmi
♦
^ Jui. XVI, 38.
' II, Etdr, ?, 19. La réminiscence de ce pa^ge est frappmte dans les mots MNHCOH EN AfAOOl de rinscription citée par nous p. 39, n° 1 ; et ce rapprochement fiie d^une manière encore plus décisive Tintention de la formule que nous étudions.
* II, Esdr, xiîi, i4.
* 1° Grey, io5. Béer, 101 : c'est celle que nous citons^ 2 (irey, i5i . Beer, io4i S^Lepsius^Abth. Vi, El. 20, n** 1 46; cf. fu^ra, p. 34,
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INSCRIPTIONS ^iNAingUES. 47
les Arabes. Deux courants , Tun venu de k Syrie par
le nord, l'autre de rAbyssinie parle sud, avaient répandu dans lArabie la religion de Jésus-Christ* Aux rv* et v* sièdes , époque où, d*après tous les ca- ractères paléograpliiques, se place, ainsi que l'a très- bien fait voir Beer, l'exécution des inscriptions si- oaîtiques, l*antique sabëisme avait bien encore con- servé ses sanctuaires et ses centres à la Mekke et à Élusa^ ; mais partout ailleurs il avait disparu pour faire place an judaïsme et au christianisme. Au sud de 1 Arabie, dans le Yémen, le christianisme^ intro- duit sous Abd-Kâàl^ qui régnait de 273 à 297, avait fait des progrès rapides et immenses. La ville de Nedjrân, tout entière, était chrétienne ^ et quand, i la fin du v* siècle et dans les premières années du vi', Dhou Nowàs voulut déraciper la religion chré- tienne et y substituer le judaïsme^, les chrétiens, persécutés par lui, furent assez puissants pour ap* peler à leur secours les Abyssins et cbasser, avec Taid» de ces derniers, Tennemi de leur religion
Dans , le nord ils étaient encore bien plus nom- breux. La population presque entière de TArabie Pétrée était convertie. La presqu*tlè du Sinaï était couverte de monastères, d'églises , ses rochers peuplés d'anachorètes. APharân, un des lieux ou l oii trouve en grand nombre les inscriptions sinaïtiques , s'éle-
* Vie de saint Hilar. par saint Jer.
' C«us8tQ Je Pei'cevai, histoire des Arabes^ i< I> p* 107* Bqq. ^ [i,ibid. p. 12 fi ^BX^. ' î
* fd. ihid. p. 128.
^ Id, ibid, p. 1 3 1 , sq<|.
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48 JANVIER 1859.
vait une ville chrétienne. Là résidait un évêque qui gouvernait toutes les églises de la presqu'île^* Au reste, sur ces établissements chrétiens du Sinaï, aux IV* et siècles , nous n avons qu'à renvoyer au mé- moire de M. Tueh , qui en a retracé le tableau le pins détaillé et le plus curieux^. Cette partie de son travail peut se placer au même rang que ses re- cherches sur les divers centres du culte sabéen dans les mêmes pays.
En dehors de f Arabie Pétrée, dans Tlrâk, le christianisme était professé à Hîra. Les fidèles y avaient des églises, des prêtres Un des rois de cet
empire, Nôaian le Borgne, qui régnait de 390 à 4 1 8 ^, guéri par un miracle de saint Siméon Styiite^, embrassa la religion chrétienne, au rapport d*Ah- mad el-Bayhaki ^ et huit ans après abandonna le sceptre pour s*en aller dans le désert suivre la vie
d'anachorète
Ën Syrie , dès le lu^ siècle , les phylarques Tonou- khites et Dhadjamites avaient fait profession de la foi de Jésus-Christ^. Les Ghassanites, qui les ren-
' Harduin , AcL conciL U II , p. 665. ^ P. 173.
^ Caussin de Peroevai, t. II, p. 47, 67. ^ Id. ibid» p. 54>
^ Gosmas presbyter ap. Assemani, BibL or. 1 , SA7.
* Cité par IbD-Khaidoun, f. 137, Cf. Ganaain de Perceval, t II, p. 58.
' Hamsa ap. Raaninaaem, p. 9. Ibn^Khaidoun , f. 19 3. Nowayri, ap. Schaitena, Mon, veL «u. p. 47. Cf. CaviMn de Perceval, t. Il, p. 58.
* Cauaain de Perceval 1 1. Il , p^ aoo et so 1 •
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XNSGAlPTIOliS SXNAlTIQUES. 49
versèrent et montèrent sur le trône à leur place ^, étaient païens; mais dè& le iv* siècle « du temps de fempereur Valens, un prince de cette &mille, Ar- cam, appelé Zaracome pai Sozomène^, ayant ob- tenu du ciel un fils par les prières d'un pieux soli- taire , convertit au christianiame ; aa tribu entière imita son exemple. Ceci se passait sous Djabala I, roi de Gfaaasân ^; deux règnes après, sous Mawia, ▼ers 377, Motse , évêque de Ghassàn , acheva de dé^ trmre Tidoiatrie dans les pays soumis à cette reiae\ A quelle partie de TArabie appartenaient les au- teurs des inscriptions sinaitiques? A quelles tribus chrétiennes doit-on rattacher rexécution de ces textes précieux? G*est là encore une question qui noua reste à examiner. Elle nous donnera lieu, en termi- nant, d'étudier le caractère même de Técriture sinai- tique et sa place dans f histoire de la paléographie orientale.
Cette écriture est une dérivaticm déjà assez éloi- gnée de l'alphabet phénicien, vcHsine du palmyrë- nien, mais qui en diffère pourtant sensiblement pour la forme de certaines lettres, entre autres de Tm. Les plus anciens monuments que nous en possé- dions sont de petites monnaies d argent et de bronze portant pom* la plupart, d*un côté, une téte divine laurée, aux longs cheveux épars, qui me paraît être
' Caussin de Perceval, t. Il, p. 3o5.
* Lib. VI , p. Sd. Cf. Leqiiieo , O1Û114 ehristitami, t II, p. 8S1 . ^ Caussin dePerceval, t II, p. si 5. ^v/dj. îtul. p. st^,
xfii. 4
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50 iANYI£R lSd9.
celle d'un^eu analogue au Malaehbeliis ( ^ J ,
- ^7^3 1*70) de Palmyre, et de l'autre une tête de femme voilée. J'ai le premier signalé cette classe
de monnaies dans ina Description des médailles de M» le baron Behr^, en les attribuant aux rois naba* téens de Pétra. Malheureusement je navais alors à ms disposition que deux pièces, dont les légendes incomplètes m'induisirent en erreur sur quelques points, entre autres sur les noms propres des rois. Dans les derniers numéros de laiRevue numismatique-^^ M* le duc de Luynes a consacré aux médailles na- batéennes une étude développée dans laquelle il en fait connaître vingt-huit variétés différentes. Le sa-* vaut académicien, adopte mon attribution , et recon* nait comme moi sur les pièces à deux têtes , au droit le nom dunroi, u'^d» et au revers celui d'une reine.
Le titre le plus habituel des princes dont le nom est inscrit sur ces monnaies est celui de m2i 12'7D u roi des Nabatéens», dont la lecture est due i M. le duc de Luynes et a été établie par lui avec certitude au moyen de la comparaison des divers exemplaires. La forme pour le nom du peuple est diffiérente de celle qu'avaient adoptée les Hébreux nV3} , mais con-
forme à l'orthographe arabe kfj oukeij^. On trouve
aussi, sur deux pièces dont la légende est incom- plète, im titre différent, que M. le duc de Luynes veut lire UOM isbo. Nous persistons à voir dans les
' p. là'j-— * Noav. aér. t. III, p. 99»-3i6.
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INSCRIPTIONS Slf^lXIQUES. 51*
caractères aiiisi transcrits par le savant académicien les lettres pn dk et à restituer» comme Qousie proposions dans le Cadriogue Behr; un cà à la fia du mot, Dp"). C'est ainsi que s appelait un roi de Mar £aD, Dg*i , dont il est question dans la BîUe fon dateur de P^tra, & laquelle il avait donné son nom, d'après le témoignage de Josèphe, qui dit que de son temps on appelait encore de cette façon ia ca? pitale de ia partie nord de l'Arabie : Tléfi-nlos Si Pé--
/llaoLinos jSaaiXéùJs Apsxsfty] x.cCAe'iTai, liéTpa zjap' EA-
hiifi.*f990(Aévn ^. npp^ désigne donc Pëtra, tout aussi blèn que ar^D ^, et les mots Dp*i m , que nous recon- naissons sur ces monnaies d'argent, nous paraissent tout à fait répondre à la PETICA METROPOLIS des médailles latines. On sait que le mot DM, maUr, appliqué à une ville, est le synonyme du firnpônoXts des Gdrecs ^; nous lisons dans le deuxième livre de Samuel^ : bx^iD'ta nny l'iv « civitas et mater in Israël », et la numismatique phénicienne nous offre les ié-
' A'a/n. JLXXI, 8. Jos. \in , 21.
' Ànt Jad. IV, 7. Hieronym, : « Hecem est Pctra civitas Ara- «biae, in qua regnavit Poxon ^ Rocom, quem interfeceront filîî «Israël.» ( Cf. Celiar. Géogr. ant, t. II, p. 58o.) Le nom de D'pl
qoeGeteoios {lea, hêhr, ad h* v.) identifie avec Tarabe i^y horm
JMki, était aussi porté par une ville de la tribade Btrajamin ( JTof. 11111,37). ' Imî. xvt, i.
* Voy. à ce aijet Barâiélemy, LtUre aaw anfMrr Jomrnd iêt Smwtt» p. 4*
* XX, 19,
4.
5S JANVIER 1850.
gendes : (yjda DM Mdik^^ a Laodiceae matris in Ca- naan ^ » ; om DK Cl Tyri inatris Sidoniorum ^ ».
Les princes ainsi appelés tantôt rois deslSabateens, tantôt rois de Pétra, sont au nombre de dnq dansia collection rasseinbltc et publiée par M. le duc de Luynes : Malchus, lote» contemporain d'Alexandre Bala; Arétas , nn'in, le Philellène, le même dont on possède des médailles à légendes grecques; Arétas II Philodème, onn nrnn nos» contemporain de
Pompée, et sa femme Chulda, nVn ; Aïs le 11 us . con- temporain d'Hérode» et sa sœurSycaminith» niDpc^ innR; enfin Zabeius, Sst, qui régnait au temps de Pompée avec Gaoïalitb, nboa, probablement sa femme.
On nous pardounera de nous être an é té à l'étude des légendes de ces monnaies. Au point de vue pa- léographique elles sont du fins haut intérêt , car elles nous olirent le plus ancien état de 1 alphahel sinaï- tique; toutes les lettres y sont encore détachées et
quelques-unes, le D par exemple (encore ^ sur les médailles, et devenu plus tard £^ ), ont une
forme plus voisine du palmyréniea que dans les mo- nument postérieurs',
' Barthélémy, Lettre aux aut. du Joum, des Sav. p. 4; Mém, de l'Âcad. des inscr. et helUs-leUres , t. XXX, p. 427.Geseo. Mon, phœnic, p. 271.
• Barthélémy, Mém. de l'Acad. des imcr, etheUes-l^Êm^t, XXX» p.437*Gesen. Mon, phœnic. p. aôs.
' Au point rie vue de la philologie, elles ont aussi une haute im- poriance. Les finales en 1 dans IdSd et appartiennent à la
langue arabe. Les noms des rois sont dans ie même cas. Âiosi ia
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INSCRIPTIONS SINAlTIQOES. 55
A iépoque des pèlerinages au âinaï, l'échtiu^e présente un nouveau caractère,, celui de la liaison des lettres. Nous trouvons alors simultanément, avec tous les intermédiaires, des inscriptions dont tous les signes sont détachés et d'autres entièrement liés , comme , par exemple, celle-ci que nous empruntons k l'ouvrage de M, Lottin de Laval ^ :
en caractères arabes :
Soît en paix, Aousch, fils de Kalb, et Kalb son fib, pèlerins.
Dans cet état récriture sinaïtîque présente une étroite ressemblance avec larabe. Et si Ton se sou- vient que le coufique n*est qu une forme cailigia- phique postérieure et que les plus anciens monu- ments écrits de Tislamisme sont plutôt en neskhi
forme tSTOî) » fourme par les monnaies, nous prouve <pie le nom de «pielques-iins des princes de cette dynastie, transcrit Arétas par les auteurs dassicptes, n*était pas le même que edoi d*Arélas, roi
de Damas» en syriaque y^ft^f | , mais bien celui de Hâriib,
Ojjl:^, porté plus tard par plusieurs rois de Hiia (Pococke, Spca. hist . arab. p. 70 , 76). On ne 5e serait pas altendu h trouver des noms et des formes purement arabes sur les monnaies des Nabatéens de Pétra
* Pl. XXY, n* 1. Lepsiu9, Denkm. aus JË^yjfU Abtb. VI, Bi. ao, n* i4o.
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54 IANV1£A 1S59.
qu'en tout autre caractère ^ on sera obligé d'ad- m^tre que lalpbabet arabe doit son origine à Tan- tique éoriture des populationB mnaëlieiineft, dont • les rochers du Sinai nous ont conservé les derniers Testiges. Gela devient encore plus indubitable quand on compare au sinaîtique Hé la plus ancienne forme de l'écriture arabe, d'après Ebn-Ishak , cité par Uadji- Khalfa^, récriture mekkoise, dont M. Amari vient de retrouver de si intéressants spécimens dans les manuscrits de la Bibliothèque impériale ^. Le rapport de cette éciiture avec le sinaîtique lié est des plus étroits.
Il faudrait donc peut-être modifier les idées gé- néralement admises sur forigine de récriture arabe et ne pas suivre entièrement, sous ce rapport, le beau mémoire de Silvestre de Sacy ^. Il faudrait peut-être, en un mot, ne. plus voir dans l'alpbabet arabe une dérivation de lalpiiabet syriaque, mais une dériva- tion de ralphabet sinaîtique , plus anciennement u&ité par les peuples de cette race et certainement men- tionné dansime inscription de Uome de l'époque de ' Trajan :
^ Voy. de Sacy, dam ies Mén» ét VAcad, des nuer, noiiv. série»
t. X« p. 65-88.
* Âp. de Sacy, Mém* dt VÀcmi. dts huer. §t hdkê-ltttn$, i, p. 353 et S97«
' Noos espérons que le Joanud oitotif iie s'enrichira bientôt d'une notice de ce savant arabisant sor sa remafqiMbie découverte.
^ On devait, du reste» déjà le ttodifier on peu par suite des mo- ntuneots publiés par son illnstre auteur iui-méme dans le Journal des SaxnaOt et dûis le rccncil de fAcedëmie- des inscriptions et beiise>iellreSto
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INSCRlPTiONS 3INAlTIQ0£S.
M VLPIVS SYMPHoRVS
ViXJT ANNIS XXIIII MENSIBVS VII DIEBVS XI M VLPIVS CASToRAS LiBRARiVS AHABICVS BENEM€RENTI QVoD
IS EXPEDITIONIBVS . DVABVS
GALLIAE ET SYRIAE SÊCVNDVM FVERAT *
Les médailles que nous avons citées nous parais- seot prouver que c^ëtait surtout parmi les Arabes du nord que l'alphabet sinaïtique était répandu, tandis que lliimyarite était employé dans le Yémen et que
les populations de l'Arabie déserte étaient encore dans l'ignorance pri^^que absolue de l'usage de l'écriture* Qr la plupart dés auteurs arabes , Ebn-Khilcan , Ebn- Kotaiba, attestent que ce fut de Hira que Moràmir rapporta aux Roreischites récriture qui devint plus tard, grâce à Mohamel, la seule en usage dans toute l'Arabie^ Il est curieux , du^reste , de voir que , parmi les* nombreuses traditions "siir-l'origine/de' lalphabet réunies par Hadji-Kballa , nous en trouvons une qui le frit inventer dans' le pays de Madian : « D*autres
' Nw, aet êmdit. januar. 1773, p. 63, sqq. De Sacy, Mém, de
Ucad. des inscr. et helles-Uttres , t. L , p. 3 j G.
' De Sacy, op. cU. p. 299 , sqq. Caussin de Percevai, 1. 1, p. 291 .
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^6 JANVIER lë50.
attribuent Tinvention de l'écriture à six personnes de la race de Tasm, qui se nommaient Aboudjed, Hawaz, Hati, Galoumen, Safas, Koiischat; ces six personnages, ayant inventé l'écriture, ajoutèrent à la fin de l'alphabet les lettres qm n entraient pas dans la composition de leurs propres nutns. Suivant une autre tradition, ces personnages étaient des rois de Madian ^. »
Mais si nous sommes amené à reconnaître que récriture arabe tire son origine du sinailique ,. d*oà vient que nous ne transcrivons pas les textes des ro- chers du Sinaî en lettres arabes plutôt qu en lettres hébraïques ? Nous avons en cela suivi f exemple de Beer et de M. Tuch, exemple qui nous a paru fort judicieux ; car les insoriptions du Sinai nous font con- naître un état de Técritm^e où l'on ne connaissait en- core que les vingt-deux lettres des alphabets sémiti- ques ordinaires , où f on n'avait pas encore imaginé de donner aux signes des formes variables d'après leurs positions , et de différencier par des points diacritiques les articulations de Torgane arabe, qui n avaient pas de représentation dans Talphabet primitif. Ces divér* ses modifications sont d'époque assez récente et posté- rieures à la première introduction de i écriture, d'a- près la tradition même des Arabes. Ebn-Abbas, cité par HadjMLhaifa au mot , dit : u L'origine de ré- criture arabe remonte à trois personnes de la famille de Baulan, Tune des brandies de la tribu de Taï, qui étaient venues demeurer dans la ville d Ânbài*.
* Ap. de Sacy , op. cit. p. iSo.
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INSCRIPTIONS SINAITIQUËS. d7
De ces trois hoaimes, le premier, qui est Morâraîr» inventa les formes des lettres; le second, nommé Adam , assigna une figure différente aux lettres, sui- vant qu elles sont isolées ou jointes à d'auti'es; enfin le troisième, qui est Amer, inventa les points dia- critiques; après cela, 1 usage de Técriture se répain- dit^n
Dans le travail attribué par Ebn*Abbas & Aslam ,
les formes de lalphabet sinaitiques reçurent dans certaines positions des modifications assez profondes. Quelques lettres se sont mieux conservées dans la forme initiale , ^ , » ^ , & , d autres indifféremment dans Tinîtiaie et la finale, pourvu qu^elles ne soient pas liées, I » j O « ^* 0* ^ Mais où les anciens
types ont le mieux gardé leur physionomie, c'est le plus souvent dans la forme iinale où les lettres avaient tout l'espace et toute la liberté pour se déve- lopper, ^, ^,u^, »it^.
Pour rendre cette dernière observation plus sen- sible, nous donnerons f inscription que nous avons citée tout à l'heure (p. 53) transcrite en caractères arabes avec les formes qui nous paraissent avoir le mieux conservé le type primitif.
»
Pour conclure en terminant ce mémoire, il reste désormais établi, je crois, que les inscriptions sinai- tiques ont été tracées par des pèlerins chrétiens. Tan- dis que l'orientaliste y reconnaîtra et étudiera avec
^ Ap. de Sacy, p. 249 et 35o.
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58 JANVIER 1859.
intérêt Torigme et les plus anciens moniiment» de
récriture et de la langue arabes, le chrétien ne verra quavec un profond sentiment de respect ces véné- rables monuments des premiers fidèles de l'Arabie
Pétrée, nouveau témoignage de runité de foi et de formules propies à l'Eglise primitive dans toute l'étendue du monde ancien.
(Lft fin duM un proGhain cabiv.)
l DESCRIPTION
Dli L'AFRIQUE SEPTENTRIONALE,
PAR ËL*fi£KRL TRADUITE PAR M. DE SLANE. (smifi.)
SOUTE DE GitIROUAN AU GBAtXAU D*AB01I-TA01ltL.
Le château d'ABou-TAOoÎL ^ (Calâ t Abi-Taouil), grande et forte place de guerre, devint une métro-
* Ceit la Oûà'Hénmai on CdârheiùrHammad àn liistoffMiif de l*Afrû|ue. Ce ebiteau et la ville qui en dépendait devaient toute leur inporlance à Hammad , fils de Bologgojn, et fondateur delà dynastie liammadtte.( Voy. Aîft. itt fieii. t II.) H acheva de bâtv et de peu- pler cette métropole verslafindtttt*siëdede l*hégire. Leslusioriens se nous fontpas connaître le surnom de ce prince; mais on peut
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DESCRIPTION i)£ L'AFÂIQUË &fiPT£NTIUONÂLE. 50 pôle après la ruine de Cairouan ^. Comme les ha- iMtaiitâ de l'ifrikiya sont allés en foule pour s'y éta- blir, il est maintenant un centre de commerce qui attire les caravanes de rirac, du Hidjaz, de TÉgypte» de la Syrie et de toutes les parties du Maghreb. Aujourd hui la Calà-l-Abi-Taouii est le siège de i'eoH pire des Sanhadja K Ce fut dans ce château qu Âbou- Yezîd Makhled ibn Keidad se défendit contre Ismatl [Ei-Mansour, le khalife falemidle] ^, ainsi que nous le dirons, s*ii plait à Dieu, dans un autre endroit de cet ouvrage ^. A quarante milles de Cairouan le voyageur rencootre le Ooadi-*r*Rbiil «la rivière de sable » , où se trouve un village dont les oliviers sont très-nombreux et dont le sol est de sable rouget De là on se rend à Sb^ba , ville antique , où les eaux abon* dent ainsi que les fruits. Plus loin on arrive à un village nommé Galâ-t-bd-Dik « le château du coq »;
ensuite on atteint Es Sekkâ « le relais » , grand et beau château où se tient un marché très-fréquenté. De là on se rend à Mbdoja«a-t-el-Metahsn « Meddjana
nippooercpie c'était Ahou-Taoail. Le château s'appelait Kr^^oiui avant dTètre occupé par Hauunad. La ville , dont il ne reste ^Qt que le miiiaret de la grande iiiOB<|aée« était située à environ sept lîeaes an nord-est d'ËMedla. ^ Voy. ci-devant le numéro d'octobre-novembre i858, p. 478.
* L'aateur écrivait en Tan A60 de liiégire. Dix on donie années . auparavant, le royaume des Zîridet, antre branche de cette famille
smhadjienne , avait perdu tout son éclat par suite de la seconde ia- vasion des Arabes et de la chute de Cairouan.
* Voy. Hist.des Berhers, t. II, p. 53o.
^ Ce récit ne se trouve pas dans les parties que nous possédons du {rand ouvrage d'El-Bekri.
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60 JANVi£R 1859.
des moulins » , ville ancienne qui possède une carrière d'où Ton extrait les meilleures meules du monde. Plus loin on rencontre le Ooadi Mbllag^, grande ri- vière, auprès de laquelle sont des ruines antiques. La ville de Txbessa, située à Test du Mellag, est d'une hâute antiquité et renferme beaucoup de monuments anciens; elle abonde en arbres et én fruits.
De cette ville on se rend à Mesiliana, bourg situé sur une rivière. Toutes ces localités portent comme une parure le nom de celui qui viendra plus tard , 8*il plait à Dieu^. De là on se transporte à Baghaîa/ grande, et ancienne ville, dont les environs, arrosés par des ruisseaux, sont couverts d arbres fruitiers, de champs cultivés et de pâturages. Tout auprès s élève I âueas, chaîne de montagnes qui se pro longe jusqu*au Sous^» L insurrection d*Âbou-Yezid ' Makhled ibn Keidad commença dans l'Auras. De Baghaîa Ton se rend à Gaças \ ville ancienne , située sur une rivière; à foccident se voit une haute mon* tagne. On passe de là au Gabr Mâdghous a le tom-
^ Attjoard'hni les gens âu paysprononeeiitceiioiiijlftfUa^; nos dernières cartes récrivent MelUgue»
* Tout en rendant avec la pins grande eiaclitndele sens du UsLte arabe» le tradnctenr se déclare incapable de comprendre falhisîon renfermée dans cette pbrase mystérieuse.
* Province qui fbrme la partie méridionale dn royaume actuel de Maroa •
* n y a deux localités de ce nom, rnne sitoée A sept lieues snd-
ouest de Tebcssa, selon la carte dressée par M. Carette; Tautre
fst à liuit lieues est de Bataa. C'est celle-ci qui ûgure dans i itiné- raire qu'tji-bekn nous donne ici.
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DESCRIPTION DE. L'AFaiQii£ d£PT£NTaiONÂL£. 61
beaudeMadghons^i^, tombeau qirî ressmiUe i une
grosse colline et qui est construit avec des briques trèsHoûnces et cuites au £eu ^. Il est bâti en forme de niches peu grandes^ et [le tout est] scellé avec du ploxub. On voit sur cet édiiice des figures représen* tant des hommes et d*autres espèces d'animaux \ De tous les cotés le [toit] est disposé en gradins; sur le sommet pousse un arbre. Dans les temps passés on avait rassemblé du monde afin de ren- verser ce monument, mais cette tentative n'eut au- cun succès. A Torient de ce tombeau est le Bahiba [ou lac de] Madghods, lieu de rassemblement pour toutes les espèces d*oiseaux. Parti de là on arrive à BtLsafA^ DES Mbzata, château de constnictiett an^ denne qui s*ëlèye au nulieu d*une plaine couverte
* C'est îe grand monument appelé Medracen ^j^Lcjoo, forme du plurieî berbère de yf^^L» Madroasou Mad^hous, nom employé par Ei-Bekii.
* A l'extérieur tout ce monument est en grosses pierres de taille. Le traducteur a cependant remarqué, tlan.s un endroit (ïoix i on avait arraché quelques pierres, que le revêtement s'adossait à une couche de petites pierres minces comme des briques. Peyssonnel s'en est aperçu aussi; il dit : t Après le premier rang de ces t^osses pierres on tronvL le solide du bâtiment formé'|par des pierres de grès plates et peu épaisses. » '
' Le mot arabe est tican ^[suX*. Les manuscrits A ei K portent tahacat (^lixi? , c'est-à-dire étages. Cette dernière leçon est justifiée par la disposition de la partie supérieure du monument, qui se ter- mine en une pyraruide circulaire à Irente-deux gradins-, mais la pre> mière leçon peut être admisesi Ton suppose que l'auteur arabe a em- ployé le mot tican pour désigner les entre-oolanaementft de ia iiaae,
^ Tous ces bas-reliefs ont disparu.
^ Le manuscrit.M , ordinairement très-correct, porte Beloumti* Le territoire de Beleima est à cinq lieaes nord-oueti de Batoa.
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01 JÂi^VXËR 1^59.
de yillages et de èhamps cultivé. C'est maintenant
une ville entourée de ruisseaux, d arbres fruitiers et de terres ensemeneées. A Torient de cette localité est la ville d'EL-Looz^ [De Belezma on se rend à Nigaous] et de Nigaous à Tobmà^, grande ville dont le mur actuel a été construit par [fordre d'] £1- Mansour Abou \i-Douanîc^. Mouça ibn Noceir, qui S empara de cette place et de tant d autres, y fit vingt mâle captifs; mais leur roi, Koceila, loi échappa. Tobna est entourée dune niiu aille en bri- ques, et possède quelques faubouigs et un château. Dans rintérieùr du château se voient un ijamé et un gi'and réservoir qui reçoit les eaux de la rivière de Tobna et qui fournit à f arrosage des jardins ap^ partenant i la ville. Quelques personnes disent que Tobna fut bâtie [c est-à-dire rebâtie] par Âbou-Djâ- fer Omar ibn Hafs El-Mohellebi, surnommé Hezar-
merci ^. La population, dont une partie seulement estarabe , est partagée en deux fractions qui sont tou- jours à se quereller et à se battre l'une avec Tautre. Une tribu, appelée les Beni Zekrah, habite dans le voisinage de la ville. Voici ce que dit Mohammed ibn Youcof : ttLe château de Tobna, énorme édifice de
^ Sur la carte Garette, le Casr el-Louz «château de Tamandier» est placé à deux lieues sud-ouest de Batna.
* Les postlioiis de Nigaoua et de Tobna sont biea marquées sur nos cartes.
* £1-Manieiir, le second khalife abhacide, mérita; par son ava- rice, le sobriquet d'Àbou 'd-Donanic «le përe aux oboles». (Voy. la pote de Reiske, dans les Aoualesd^Aboui-Féda, t. II, p. 633.)
* Cet émir fut nommé gouverneur de TAfrique en ftn i5i (768 de J. C). (Voy. HUt, dtt Berhtnit, I, p. 879.)
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DfiSCRIPTlOKi DJS L AFRIQUË S£PT£NXR10NÀL£. 63
construction ancienne, est bâti en pierre et cou- ronné par un grand nombre de chambres voûtées*, il sert de logement aux offîders qui administrent la province, et touche au coté méridional du mur de la ville; il se terme par une porte de fer. » Tobna a ptusieora portes : le Bab Khacm^ beau monument construit en pierre, avec une porte de fer; ie Bab ElrFeth « porte de la victoire situé à la partie occi* dentale de la ville et se fermant aussi par une porte en fer; une rue, dont les deux côtés sont bordés de maisons {simat)^ s'étend à travers lavâle, d*uiie de ces portes k fautre; le Bah Tehonda « porte de Te- houda », qui regarde le midi, est aussi en fer et oflre an aspect imposant; El'BabeIrDjedidvi laporteneave n est en fer, le Bah Kciama est situé au nord de la ville. Âu dehors du Bab el-Feth est un vaste champ, grand comme les deux tiers de b ville et entouré d'un mur dont la constiiictîon est due à Omar ibn Hafs. Plusieurs ruisseaux, d'eau douce parcourent les rues de la ville* Outre le simat, on y voit beau* coup de bazars. A côté du faubourg se trouvent un petit nombre de jardins ^. Â l'orient de la ville est le cimetière, auprès duquel on voit un étang ap- pelé Ghadtr Ferghmaiétàng de Ferghân», dont lei
* De Tobna, l'ancieniie Tubonm, on ne voit pins que les ruioti, On enclos, dont les mure lont construits avec les restes d'anclenft inonaments, parait être on cartram et appartenir au siècle àe Jus- tiaiea.Dans levoiailiageonrenianiiiedejnx coltines formées de débris de constradioDS. Le gpovemenient français vient d'y faire bâtir tme iMÎioD de oommiiideaieiil, qni est habitée par le caïd oa gonver* Mur da canton.
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04 JANVIER 1859.
eaux traversant le MoBoUa de la fête^. Depuis Cai* rouan jusquà Sidjilmessa on ne rencontre pas de viile plus grande que Tobna. La rivière de Tobna s*appelle le BEiTHàH; chaque fois quelle déborde,
elle arrose tous les jardins et champs de la ban- lieue et procure aux habitants d*abondantes ré- coltes; aussi disent-ils que le Beitham est un « ma- gasin de vivres» (iBei^ et-Thâm). Dans les guerres qui éclatent quelquefois entre les habitants d'origine arabe et ceux qui appartiennent à la race mixte [née de Romains et de Berbers] , les premiers appellent à leur secours les Arabes de Tehouêa et de Setif, pen- dant que leurs adversaires se font appuyer par les gens de Biskera et des lieux voisins. Dans le poème composé par Ahmed ibn Mohammed eKMeroiidi et renfermant f histoire dlsraaîl [El-Mansour], fils d'Abou 1-Cacem [£i-Gaîm le Fatemide] , on lit le passage suivant :
Nous nous mîmes en marche pendant qii'[Abou Yezîd] était campé près de Tobna, viile que les malheureux habi- ^ tanls avaient a])aiidorin(ie.
Alors Dieu tout-puissant nous accorda une faveur ins^ign^ et [ces pauvres gens], après avoir souffert par le feu, se trou; vèrent [comme] dans le paradis.
Le Feddj Zidan u le défilé de Zîdan )> , qui domine
* Le Mosalla « oratoire ^ est une grande plare située en plein aîr, en dehors de la viiie. C est ià que le peuple de réunit en temps de sé- cheresse, pour prier Dieu et h\\ demander do la pluie. On y cé- lèbre aussi la prière des deux grandes fêtes coiuaçrées par la religion musulmane.
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DESCMPTION DE L*AFRIQDE SEPTENTRIONALE. 05
la ville de Tobna, forme le sujet d'une allu&ion qui se trouve dans les vers suivants, composés par Abou
Abd Allah es-Chiai :
Que les autres se plaisent dans un lit bien mollet, à moi une selle suffit pour lit et oreiller.
Que les autres s'amusent au son du tambour de basque et dea castagnettes; pour moi, le plaisir le plu» grand ceai d'affronter les feux de la guerre.
Demandes à mes troupes [ce qui en était] quand, au jeudi matin , je dèboucbat du Défilé»
De Tobna on se rend à MA{iGARA\ grande ville, entourée d arbres fruitiers, de ruisseaux et de champs cultivés. Parti de là, on arrive à Galâ-t-Abi TaocIl.
BiSKERA, canton situé è quatre jouiiiées de Ba- gbaia , reaierme im grand nombre de bourgs dont la métropole se nomme aussi Bishera. Cette grande ville possède beaucoup de dattiers, d*oliviers et d'arbres fruitiers de diverses espèces. Elle est envi- ronnée d'un mur et d*un fossé, et possède un é^amé, plusieurs mosquées et quelques bains. Les aient-Ours sont remplis de jardins, qui forment un bocage de six milles d'étendue. On trouve à Biskera toutes les variétés de la datte ; celle que Ton nomme el-kacebha , et qui est identiquement la même que le sihani, surpasse en bonté toutes les autres, au point d'avoir une réputation proverbiale. Le liari ^, autre espèce
' Maggara, appi*léemaioteDantitfo^ra^ n est plus qu'un miséra- ble vBlage. fi est à cinq oo six Ueues est d'El-Mcciia.
* Variante : cehari» Aucun de ces mots n*est employé maintenant <lans le pays.
mu S
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du même fruit, est blanc et iisse« Obeid Allali le Fatemide (H accaparer pour son usage toutes les ré- coltes des liariei donna l'ordre aux officiers qui ad- ministraient cette province d*en empêcher la vente et de les lui envoyer. On pourrait nommer beau- coup d autres espèces auxquelles il serait impossible de rien trouver de comparable. Les faubourgs de Biskera sont situés en dehors du fossé et entourent la viiie de tous les côtés. On trouve à Biskera beau- coup de savants légistes; les habitants suivent le même rite que ceux de la ville de Médine ^. Une des portes de Biskera s appelle Bab el - Mâchera uia portedu cimetière d ; une autre , Bab el-Hammam u la porte du baiti o ; il y a encore une troisième porte. La population de cette ville appartient à la race mélangée [dont le sang est moitié latin, moitié berber]. Dans les environs se trouvent plusieurs fractions de tribus berbères telles <[ué les Sedrata, les Beni Maghraoua, peuple qui obéit è la famiUê de Khazer^, et les Beni Izmerti*. La ville renferme dans son enceinte plusieurs puits d*eau douce; il y a même dans l'intérieur de la grande mosquée un puits qui ne tarit jamais. On voit aussi dans Tinté- rieur de la ville un jardin qu*arrose un ruisseau dé- rivé de la rivière. A Biskeia se trouve une colline
* Ce fut i Médine, en Arabie, que Malek ibn Anès enseigna le rituel et le système de jurisprudence qui portent son nom.
* Yoy. Hist. des Berhers, t. III, p. 227 et soiv,
hmerti, nom berber, fait au pluriel Izmerten. C'est ce dernier nom qu Ibn-Khaldoun emploie dans son Hist. des Berhers, t. III, p. 186.
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DBaCRIPrrON m UAFRIQUE SK>TENTRIONALfi. 67
(le sel ^ d'où l'on extrait des blocs de ce minërai , gros comme des moellons A bâtir. Qbek) Allah lé Fatemide et ses desccDdauts se servaient toujours du sel de Biskera pour assaisonner les mets qui par laissaient i leur table. Cette ville est désignée quel-> quefois par ie nom de BiskERA-T-BN-NAKHÎL «Biskera des dattiers ». Âbmed ibn Mohammed el-Meroudi a dit:
finsfiîte il vint à Biskera des daîHen; s*étant paré , dès le malin, de ses habils les plus beaux.
Parmi les villes situées dans le territoire de Bis^ kera on remarque DjBUomi^, T01.GA, MBiiu et Bnv-*
TÎous-, celle-ci est de construction antique. L'eau cpuseità la consommation de Biskera provient d'une grande rivière qai descend de l'Auras et passe au nord de la ville. Melcuoun ^, l'une des nombreuses bouigades qui couvrent le territoire de Biskera, est la patrie d*Abou'Abd Allah el-Melebouni et de sdb fils Ishac, savants dont les leçons ont fait autorité en jurisprudence. Ils eurent plusieurs disciples pannl lesquels on compte Mocatel et Abou Abd-Allah ibn Meimoun.
J'ai entendu raconter à Ahmed ibn Omar ibn
Anès que Cacem ibn Abd el-Azîz lui avait fait le récit suivant : « Sur la route de Biskera il y a une
^ Celte oolHne de ael , nommée encore Djebel eUMelk, eel ûtnée tnprb d*El-Oataiya , k qufftre ou cin([ lieues nord-oaest de Bisken»
* Cest peut4ire Teadroit nommé maintenantilfecAoïinecA^ et situé i qvinEe lîeuee nord^est de Biskera.
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68 JANVIER 1859.
montagne nommée ZioHizi, où se ti^ouve, à moitié hauteur, une caverne dans laquelle est le corps d*un
homme qui avait péri d'une mort violente. Bien que plusieurs siècles se soient écoulés depuis cet événement, le sang suinte encore des blessures du cadavre, au point que le crime semblerait avoir été commis il y a deux ou trois jours. Les gens de cet endroit déclarent qu'ils ignorent i époque où cet homme (ut tué, tant elle est reculée. Autrefois ils avaient emporté le corps uiin de Tenterrer auprès de leurs demeures , croyant que la proximité d'un objet aussi saint leur porterait bonheur; mais à peine eurent-ils achevé leur travail , qu'ils retrouvè- rent le. corps dans la caverne, tel qu'il était aupara- vant. )> Les hommes de cet endroit les plus dignes de foi déclarent que la chose est vraie; d'ailleurs, Dieu peut très-bien faire tout ce qu'il veut ! Dans l'ouvrage de Mohammed ibn Youçof on lit ce qui suit : tt Le mort dont il est question se trouve dan^ .la crevasse d*une montagne qui s'élève à l'orient d^AiN Erbaii^. Cette source (oïn) est située entre Merma- djenna et Sebîba, villes dont nous avons fait men- tion. On dirait, à le regardjsr, qu'il venait d'être égoigé le jour même, et cependant il se trouvait déjà là avant la conquête de Tlfriki^a par les mu- sulmans. » Cet auteur ne rapporte pas Tanecdote de l'enterrement ; Dieu sait ce qu'il y a de vrai en tout celai
^ Plus loin l'auteur reparle de celle localité.
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DESCRIPTION DE L*Af1llQU£ SEPTENTRIONALE. 69
AOTM ROOTC OB GAIflOUAN k GAtA-T-ABI-TAOOiL.
Sorti de CairouaD, le voyageur marche pendant trois jours, i travers des villages et des lieux habité, jtisquà Oii^^A. Cette ville, qui est duiic haute anti- quité, iburait du sailraa excellent. Â six milles plus loin se trouve Loasos (Laribas)^ ville dont nous avons déjà lait mention. D'Obba Ton se rend au M£l- LAG, grande rivière qui arrose le territoire de Boli {Fahs BoU) ^. En quittant le Mellag , on se dirige vers Tâmedît* ville située sur la pente escar[)ee d'un dé- filé qui sépare deux montagnes. Cette localité pos- sède de vastes campagnes bien cultivées , dont le fro- ment jouit d'une haute réputation. Delà on se rend à TîFAGH, ville d'une haute antiquité et remarquable par l'élcvaiion de ses édifices. On la nomme aussi Tifâch-ed-Dhalimà «Tîfach Tinjuste^»* Ëile possède plusieurs sources, beaucou[) de terres en plein rap- port, et occupe une position sur le liane d'une mon- tagne. On voit dans cette ville beaucoup de ruines anciennes. De iè on arrive à Casr bl-Ipriki« le châ- teau de l'Africain <>, grande ville située sur un coteau et entourée de pâturages et de chdmps cultivés. £n- soite on atteint OuADi-«D-DENANiR «la rivière des di- nars», dont les borcâ, sont très-fertiles. De là on se
* Cette indicatioii ii*est pts etaete : le Mellag eonle è ni lieues an nuUit du territoire de Boll {BwllaBegia) , dont il est séparé périme dnbe de hautes collines et par la branelie supériearedii Medjerda.
^ Nou5 ne «avons pour quelle raison on a employé cette épilbàte «tt pariant de Tîfacb.
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*70 JANVIER iaô9.
rend àTÎDJis^ viUe antique, remplie de grands édi- fices » et bien pourvue d'herbes et de fourrage. Too- BODT, la station suivante, est située sur la limite du pays des Ketaœa ^. Cette route se nomme Et- Dfenak elrAkhder ttlaile verte ». On arrive ensuite à Tabeslekî, petite ville située sur Je flanc dune mon- tagne nommée Ewf en Neger « le nez de faigle ' ». De là on se dirige vers ën-Nberiin ^, localité remplie de villages et située au milieu d'une vaste plaine. Ta- M£SELT, la Station suivante ^ est une ville remarquable par l'excellence de ses troupeaux et de ses céréales. De là on se rend à Degma^, ville située sur une grande rivière et entourée de terres cultivées et de pâturages; puis à la ville de l'Étang (Medîm-t-el- Ghadir^)j lieu où se trouvent les sources du Seher, rivière qui passe par ël-MbcIla et qui porte aussi le nom d*El-Ouadi V-Réis. Plus I<»n nous aurons
* Tt^U, ie Tigisis de Prooope et de ritinéraire d'Antonin , doit se trouver à environ huit lieues sud c^t de Constantine. La Table peu- tiDgérienne place Tigisis h neuf milles est de Sigus, ville dont le» ruines se trouvent à dix-huit milles sud-sud-est de Constantine.
* A répoqiie où la dynastie des Aghlehides cessa derégner, latribu des Ketama possédait toute la région qui s'étend depuis Setifjusqa^à Bône et depuis la mer jusqu*au sud de ia ville de Constantine.
* Le Nifenser de nos cartes. Cette montagne est située à droite de la route qui m^e de Constantine à Batna. Elle est parfaitement bien connue; tontes nos cartes ilndiquent, excepté celle de ia province de Constantine, publiée par le Dépôt de la guerre en i854* Autint ia partie topographiqa^ de cette carte est bonne, autant la nomen- dature est imparfaite.
* Variantes : EUHmn, A; ElrM^s ou El-Mehnin, F.
* Var. Deguemmà, M.
* La position d*£l-Ghadir est hièn connue.
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DESCRIPTION DE L'IFAIQUE SEPTENTRIONALE. 71
encore à parler de celte nvière. Ensuite on arrive
ik CALÂ-T-Afil-TAOUIL.
ROUTE DS GAIRODAH k LA VILLB DE EÔME.
De Caironan on se rend k Djbloola, ainsi que nous avons dit plus haut^; puis, à âodjeh, endroit oii se trouvent un château et un pont. Il est situé dans un terrain inégal, pierreux, coupé par des sentiers presque impraticables , et han te par des lions. Comme lèvent y souffle toujours avec violenceel queies voya- geurs ne manquent presque jamais d'y rencontrer un lion, on dit, par manière de proverbe : a Arrivé à Âddjar, passé vite; ii y a des lions qui déchirent, des pierres qui coupent et de^s vents qui emportent. » Aux alentours de cette ville on trouve quelques tribus arabes et plusieurs fractions des Darîça et des Mer- niça, tribus berbères. De là on arrive à El-FehmIm, bourg oit se tient un marché très-fréquenté; puis, à Djezira-t-Abi-Hammama ; puis, à El-Ansarïîn , localité dont nous avons déjà parlé 2. Près de Jà il y a le Fahs Boll «la plaine de BoU», plaine dont le sol est le meilleur de toute l'Ifrîkiya pour la culture des céréales. De Djezîra-t-Abi-ilammama jusqu'à ëôme, on marche pendant cinq joui's à travers un pays reuipli.de villages et de fermes. En partant de Bône pour se rendre à Cairouan , on arrive , après une jour* née de nîarche, à Zama, groupe de cabanes et de
* Voy. le numéro d^octobre-novembre i85d, p. -
* Voy. le Doméro de décembre i858, p. SaS.
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7S JANVIER IS50.
huttes construites avec des broussailles et habitées par des Berbers. On y rencontre quelques 'sources d*eau, au milieu dîme vaste forêt entièrement com- posée de chênes zan ^, dont on exporte une partie en Ifrîkiya.
La ville de Hom , fondée à une époque très-reculée , était la demeure d'An^chdn, « S. Augustin » , grand docteur de la religion chrétienne. Elle est située au- près de la mer, sur une colline d accès difficile qui domine la ville de Sebous « Seilîouse ». De nos jours elle porte le nom de MjSDÎMii Zaodi ^« Elle est à trois milles de la ville neuve, et renferme des mosquées, des bazars et un bain. Les environs sont très-riches en fruits et en céréales. Bône la neuve (Bone-t^- Hadîtlia) fut entourée de murs un peu plus tard que l'an àào (io58); elle possède auprès de la mer un puits taillé dans le roc et nommé Btren-Netkra, qui fournit k presque toute la population Teau dont elle a besoin* Â f occident de la ville est un ruisseau qui sert à l'arrosage des jardins et qui fait de celte localité un lieu de plaisance. L'ëdougu ^, montagne qui domine Bône, est souvent couvert de neige; le
' Espèce de chêne à feuilles cadu<|Qes*
* G*e0(«<dire la viUe de Zaoaî. Il est possible qu EI-Moëu ibn Bft- dis, quatrième souveiain Ziride« ait donné ia ville de Bène en apa- nageèaoD parent, Zaouï ibn Ziri , <|iii, après avoir fait deGrenadela capitale d un royaume berber, rentre en Afrique Tan 4io (1019-10)* Nous savons par Ibn*Kbatdoan etd*aulresliistoriensque2aouîy trouva Taocueil le plus bonorabte.
^ Tous -les manuscrits porlcul ^e^koutfh ^pày ^ la place di^ioa^/i
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DESCRIPTION DE ^AFRIQUE SEPTENTRIONALE. 73
froid y est très-inteose, et, chose extraordinaire, on j voit une mosquée sur lacpielle la neige ne tombe jamais, bien que toute la montagne en soit cou- verte. Bône jouit à la fois des avantages d'une ville de ^intérieur des terres et d*une ville maritime: la vicifjclr, le lait, le poisson et le miel s\ trouvent en grande abondance. La viande de bœui est celle dont on fait la plus grande consommation. Nous devons toutelois faire observer que les hommes blancs tom- bent malades dans cette ville et que les noirs s y portent très-bien ^. On trouve dans les environs de Bône plusieurs peuplades berbères appartenant à diverses tribus telles que les Masmonda et les Au- réba. Cette ville est fi'équentëe par des négociants, dont la plupart sont des Andaious. Le revenu que Bône fournit à la caisse particulière du sultan, abs- traction faite des sommes perçues pour le compte du trésor public {beit ci-mal), s'élève à vingt mille dinars (a 00,000 firancs). A lorient de cette ville, il y en a une autre nommée Merça 'l-Kuarez « le port aux breloques^ », où se^trouve le corail. La mer en- vironne cet endroit de tous les côtés, à Texception d'un chemin très-étroit; elle parvient même quel- quefois à couper ce passage pendant la saison de fhiver. Merça 1-Rbarez est entouré d'un mur et ren- ferme un bazar très-fréquente. Depuis peu de temps
* Les noms Uian el sottdan signifient lu hhmcs et Us imn, mais en parlant des hommes seulement; s*îl s*agit dm animaux, on em- ploie les ac^ectifs hid et soud, (Voy. du reste le passage du texte arabe, p. 87 ,1. 6 el 7.)
* U Galle.
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74 JANVIER 1859.
on y a établi un débarcadère pour les navires. On construit à Merça 1-Kharez des vaisseaux et des bâ- timents de guerre qui servent è porter ie ravage dans le pays de Koum (les côtes de l'Europe). Cette ville est le rendex-vous des corsaires; il en arrive de tous' les côtés , attendu que la traversée de là en Sardaigne est assez courte pour être eifectuée en deux jours. Vis-à-vis de Merça l-Kharez est un puits ap- pelé Bir Azracjy dont l'eau est malsaine; aussi dit-on proverbialement : a 11 vaut mieux recevoir un coup de javelot (mizrag) que de boire au puits d*Azrag». Cette ville est infestée de serpents, et l'air y est si mauvais que le teint jaunâtre des habitants sert à les distinguer de leurs voisins; c'est à un tel point qu'ils ont presque tous un amulette suspendu au cou. Le revenu de Merça l-Kharez s'élève à dix mille di- nars (100,000 francs).
ROOTE DS GAIROAN A TABARGA.
A six journées ^ de Cairouan se trouve Monrstib- Othman , bourg gros et bien peuplé , qui renfenne un
djaine^ plusieurs caiavansëiails, bazârs et bains, un puits qui ne tarit jamais et un grand château cons- • truit par les anciens avec des pierres et de la chaux.
Les seigneurs de cette ville sont des Coreïchides et
descendent d'Er-Kebîà ibn boleiman, qui colonisa cette place lors de son arrivée en Ifrikiya. On trouve
' 1 1 faul sans donte lire une journée iJ^y» à la place de êi» jour' nées J^l^ CM»* i^^ï* numéro de décembre i858, p« 5o5.)
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DESCRIPTION DE L'APBiQUE SEPTENTRIONALE. 75 dans Monestîr des Arabes , des Berbcrs et des AJarec ^ Â trois journées plus loin on arrive à Baoja ^, après avoir traversé une suite ilon interrompue de villages. Badja , grande ville , entourée de plusieurs ruisseaux, est bâtie sur une haute colline qui porte le nom d*^ii bs-Chems« la fontaine du soleil », et qui a laformed'un capuchon. Parmi ies sources d eau douce qui arrosent cette place etles campagnesvoisines on distingue fAîn es-Chems, située auprès de la porte du même nom et tout à fait au pied du rempart. La ville possède plusieurs autres portes. La citadelle, édifice antique
construit de la manière la plus solide avee des pierres brutes , renferme dans son enceinte une source dont feau est pure et abondante. On dit que cette forte- resse fut bâtie à l'époque où vivait Jésus, sur qui soit le salut! La ville possède un grand faubourg, situé Â Torient de la citadelle, dont le mur a été abattu de ce cutë-là. Le djamêy édifice solidement bâti , a pour hibla ^ le mur de la ville* Badja renferme cinq bains, dont Teau provient des sources dont nousavons parié ; elle possède aussi un grand nombre de caravansérails et trois places ouvertes où se tient le marché des comestibles. A l'extérieur de la ville on voit des sources eo quantité innombrable. Badja est toujours couverte de nuages et de brouillards; les pluies et les rosées y sont très-abondantes; rarc-
' Voy. ie naméro d*octobre-novembre i858, p.
- Le Vacea de Sallaate, sitaé à Tottest de Tuois et «a nord da Medjerda. Vu autre Vaoca, celui dont parle HîrUus, était à «{oatre Ueues au nord de Tfysdns ( Ledjem).
^ Voy. le numéro d*oclobre-novembre i858, p. 4 17.
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76 JANVIER 1659.
ment le ciel s'y montre pur et serein ; aussi les pluies de Badja sont^elles passées en proverbe. A trois milles est de la ville se trouve une rivière qui coule du nord au sud. Les environs de Badja sont couverts de magnifiques jardins, arrosés par des eaux cou- rantes; le sol en est noir, friable et convient h toutes les espèces de grains. On voit rarement des pois chiches et des fèves qui soient comparables à ceux de Badja, ville qui, du reste, est surnommée le gre- nier de tifrikiya. En ( llet, le territoire est si fertile, les céréales sont si belles et les récoltes si grandes, que toutes les denrées y sont à très-bas prix, et cela lorsque les autres pays se trouvent soit dans la disette , soit dans Tabondance. Quand le prix des céréales baisse à Cairouan, le Iroment a si peu de valeur à Badja que Ton peut en acheter la cbaige d'un cha- meau pour deux àirkems (un franc). Tous les jours ii y arrive plus de mille chameaux et d autres bètes de somme destinés à transporter ailleurs des appro- vinonnements de grains; mais cela n*a aucune in- fluence sur le prix des vivres, tant ils sont abon- dants ^.
On met une journée pour se rendre de Badja à Basbli, groupe d'habitations occupées par des Ber* bers et situées dans le territoire des Ourdadja, au* près de quelques sources d'eau douce. Parmi les vil- lages qui dépendent de Badja on remarque un bourg magnifique que Ton nomme El-Moghbira, et qui ren-
' La vUle de Badja , ou Bedja , eat maintenant bien décbue de soo ancienne pro^rité.
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DESCKiPTION DE L AFRIQUE âEPTËNTRIONÂLE. 77
ferme plusieurs églises, grands et beaux monuments de l'antiquité. Ces édifices , construits de la manière ia plus solide» sont encore debout et très-bien con- senrés; on croirait , k les voir, que les ouvriers vien- nent seulement d'y mettre la dernière main. 1 outes ces églises sont revêtues de marbres précieux; les
loils servent de retraite à une telle multitude de cor- beaux que i on cronait y voir assembiés tous les oi- seaux de cette espèce qui existent dans le monde : on prétend qu'il y a là un talisuian [qui les attire]. Pendant Tinsuriectioa d'Abou Yezid, le massacre, , fesdavage et Tincendie vinrent accabler la popula- tion de Badja ; le poëte qui composa, en mètre redjez , la satire d'Abou Yesid , parle ainsi de cet événement :
£nsaite ii niiim Badja; il en expulsa les habitants; il en détruisit les bazars et les palais » aprà avoir fouillé les maisons elles tombeaux.
' Le gouvernement de Badja, charge très-recher- chée, était resté pendant un temps dans la famille
des Beni Ali ibn Homeid el-Ouézir. Celui d'entre eux auquel on ôtait ce commandement ne cessait d*employer l'intrigue, la flatterie et les cadeaux, afin de s'y faire rétablir. Un individu de cette famille, auquel on demanda pourquoi ses parents ambition- naient tant le gouvernement de Badja , fit cette ré* ponse : u Pour quatre raisons : ou y trouve le froment d'Anda, les coings de Zona, les raisins de BeUha ^ et
' L*auteur indique ailleurs les positions de Zana et de Deroa. Il De fait pins mention de Beliba ni d'Anda. Celle dernière ville, dont
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le poisson de Dcnia. On trouve à Badja des pois- sons de l'espèce Domioée bouri « le mulet n , auxquels rien de comparable n'existe en aucun autre pays : un seul individu de grosse taille peut fournir dix ratt u livres » de graisse, Oo avait Thabitude d*en en- voyer à 0])cicl Allai i le Fat(3mide, api'ès les avoir enduits de miel poiu: les conserver irais, Deama est situé entre Tabarca et Badja. De Badja f on se rend à Tabarca, ville située sur le bord de la mer et ren- fermant des monuments antiques d'une construction adniirable. Elle est fréquentée par les négociants étrangers « aussi jouit-elle d'une certaine prospérité. La rivière qui la baigne est asses profonde pour ado^ttre de gros navires et pour les laisser sortir dans la mer de Tabarca, On rapporte que cette ville fut le lieu où la kahena^ perdit la vie. A l'orient de Tabarca et à la distance d'une journée et demie s'é- lèvent les châteaux de Benzert [Kilâ Benzert), qui o tirent un asile aux habitants de cette localité toutes lés fois que les Raam essayent d'opérer une descente sur la côte; ils servent aussi de ribats aux gens qui i*adonnent à la dévotioti, Mohammed ibn Youçof s'expi ime ainsi dans sa description du littoral qui s*étend depuis Tabarca jusqu'à la rade de Tunis : « Le Mkrça-*i>C6bba « la rade de la coupole » est do* minée par Benzert, ville maritime traversée par un gros fleuve , très*poissonneux , qui va se jeter dans
ie nom se trouve dans Tindex de Poiybe , était proiMblement située près du Medjerda ( Bagrada).
» Voy. YHist. des Berb, d'Ibn-Khaldoun.
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DESCRIPTION û£ L ÀFRIQUË SEPTENimONALË. 79
la mer. Elle est entourée d*iine muraille de pierre
et possède un djanié, des bazars, des bains et des jardins. Il n y a pas dendrott où le poisson soit à meillcui ruai che qu'à Benzert. )>
Cette place fut conquise en l'an ki (66i-66a de J. G.) par Moaoula ibn Hodeidj. [Le prince OméïadeJ Abd el-Meiek ibn Mcrouan, qui raccom- pagna dans cette expédition, s étant écarté du corps derarmée, trouva, chez une femme indigène, un accueil empressé et une généreuse hospitalité* Jamais ii n'oublia ce bienfait, et, parvenu au trône du kha* lifat, il écrivit à son lieutenant, gouverneur de flfirikiya , lui (»*donnant d*avoir soin de cette femme et de toutes les personnes de la même famille. Cet officier les combla de biens et de &veurs.
L'ordre dans lequel tous ces ports se présentent sera indiqué plus loin, dans un chapitre spécial^. Le littoral, auprès des châteiaiiiK de Bensert, ren- ferme un lac [boheira] qui porte aussi le nom de cette ville et qui reçoit les eaux de la mer. On y pêche , chaque mois de Tannée, une espèce de poisson par- ticulière que Ton n y trouve plus dans les autres . mois. Ce lac offre un fait très- curieux : quand les marchands viennent chez le pêcheur pour acheter du poisson , celui-ci leur dit d'indiquer fespèce sur laquelle il doit jeter son filet, et de préciser le nombre de poissons qu'ils désirent avoir. Alors il prend un poisson [vivant] « que Ton dit être la femelle de f es-
■ Ce chapitre ne se troave ni daos le maauacrît P, ni dads le ma- nmcrit E. Nous le doûnerons d'après les manuscrits A el M.
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80 JikNVIER 1859.
pèce nommée bouri; il le lâche dans le lac, le suit avec son fflet, puis il retire- de Teau la quantité de poissons dont on était convenu ; presque jamais il ne se trompe dans le nombre. Auprès de* ce lac il y en a deux autres, dont l'un est rempli d*eau douce et lautre deau salée. Chacun de ces lacs se décharge alternativement dans fautre , pendant la moitié de
lannce , sans que la saveur des eaux en soit altérée.
A i occident de la ville de Bône et à la distance à^une journée de marche, on trouve un lac ayant trois milles de longueur et autant de largeur ^. L'oi- seau de lespèce appelée keikel y construit son nid sur la surface de feau, et, lorsqu'il aperçoit sur le rivage un animai [qui jiouiTait lui nuire], il pousse devant lui, jusqu'au milieu du lac, le nid qui ren- ferme ses petits. C'est le même oiseau que 1* on nomme haouas en Egypte^, et dont la peau est em-^ ployée comme fourrure et se vend lrès-cher«
* Le lac Kezara, situé à dix miHes sud-ouest de Bône.
* Le mot keikel n'est plus connu des peuplades qui habitent les environs du lac Fe/.ara; le mot haouas nest pas conau en Egypte. L oiseau dont il a agit est sans doute le grèbe*
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NOUV£LL£S £T MÉLANGES. 81
NOUVELLES ET MÉLANGES.
SOCIÉTÉ ASIATIQUE.
PfiûCÈS-VËR&ÀL D£ LA S£ANC£ DU iO DÉCEMBRE 1858.
Il est donné lecture du procès-verbal delà dernière séance; la rédaction en est adoptée.
il est donné lecture d une lettre de madame Ânne Hamil- ton . qni envoie un prospectus de trois ouvrages de son frère, M. Raverly, sur la langue afghane, pour lesipiels die désire obtenir des souscriptions dans le sein de la Sodété. Le pros- pectas est renvoyé à la Commission du Journal.
On lit une It Ure de M. TchihatchefT, qui annonce Tenvoi dune ballade kurde, recueillie et traduite par M. Jaba. Cette lettre et la pièce kurde seront remises à la Commission du Journal.
Sont proposés et nommés membres de la Société :
MM. LiÉTABD, D. M. à Plombières, Vosges; Lfvy-Bing, banquier, à Nancy; Pebny, provicaire apostolique, supérieur de la pro- vince du Kouy-lcheou.
M. Sang^inetli rend compte de l'état de Tlndex des Voyages d'Ibn-Batoutah , dont il est chargé et dont il s'occupe très- activement. L Index pourra être mis sous presse dans le mois de janvier de l'année prochaine.
OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIETE.
Par l'auteur. J. A. Vullers. Lexicoa persico - iatinam , cahiers V, a, el VI, i. Bonn, i85d, in-8^
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82 JÂNViER 1859.
Par Faiitear, Introduction à tétudede la langae japonme, par M. OB RosNT* Paris, 1867, m-&% chez llfaisonneuve. . Par Tauteur. De la parenté da japonais avec U$ idiomêi tar~ tares et américains , par M. de Chabencet. Paris, i858, in-8*.
Par l'auteur. Indische Studien, von Albreght Weber. Vol. IV, cah. 0,, 3. Berlin, i858, in-8-.
Par la Société. Zeitscknjt der deuischcn morcjenldnduchen GueUschaJÏ. Vol. XII, cali. Ix. Leipzig, i853, in-8*.
— Abhondlangen Jar die Kunde des Morgenkmdes, vol. I, cah. A* Ueberdas Çatrunjaya Mahatmyam. Leipzig, i858, in-8*.
Par i auteur. Essai de grammaire universelle, par P. Jonain. Paris, i858, in-8*.
Par l'auteur. Versàumte àichulung fur angekende Forscher, par K. A. Ehb. Manheim, 18 58, in•8^
Par Tau leur. Remarks on ihe traveh of U Barih, by W« B. HoDqsoii. ln-8*. (Sans date ni nom de lieu.)j
Par Téditear. Revue améneaine et orientale, par M. bb R08IIT. Paris, i858, iii-8*, oah. 1.
Par l'auteur. Lecture des textes cunéiformes, par M. le comte DB Gobineau. Paris, i858, iIl•8^
MiMOiRES DE Jean, sire de JoimmitB, ou fUstaire el Chronique da très-chrétieii roi saini Inouïs, puUiés par Francisque Michel , pré- cédés de Dissertations par M. Amhr. Finnin Didot. Paris, Finnin Didot frères, i858. i vol. in-12.
Malgré les immenses progrès qu'a faits depuis un quart de siècle Tétude des anciens monuments de notre histoire et de notre litléraLure, on ne possédait pas encore une édition des Mémoires de Joinville imprimée dans un format portatif, et accompagnée des éclairciasements néoessairea. Les personnes . en aaaes grand nombre, qui« dans un but de cnrioaîté ou de recherdies , voulaient lire dans un texte correct le curieux ou- vrage du sénéchal de Champagne, étaient réduites à se servir
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NOUVELLES ET MÉLANGES. SS
(les énormes in-foiio de Gapperoiinier et des continuateurs du Beeaml des histonem de France , ou bien à se contenter de rémipresaions jdus ou moins défectoensest faisant partie de divenes oallections volnmmeases* C*étaH donc di-jà rendis seiTÎce aux études bistoriques que de reproduire arec exac- titude le récit de Join\ilie dans» un lormat commode ; mais le^ savants éditeurs n'ont pas borné leur tâche à donner un texte plus correct que celui de toutes les éditions antérieures. Ib îonl Mt précéder de dtfsertations étendues, y ont joint des notes nombreuses , et plusieurs appendices relatifs li divers points de Thistoire de saint Louis. Leur travail est ainsi de- venu un monument élevé à la gloire du saint roi et de son chroniqueur. On prendra plaisir à y relire t ces pages exquises qui achèvent et qui consacrent la gloire de saint Louis en le lassant aimer ^ •
Gomme Joinville Texpose dans la dédicace de son Kvire. adressée au prince Louis, depuis roi de France, sous le nom de Louis X , dit le Hutin, le sénéchal de C^iampagne entrepril son ouvrage à la demande de la reine Jeanne de Navarre, femme de Philippe le Bel. On pourrait s attendre, d après oeia, à trouver dans l'autear, non-seulement un panégyriste de son héros, mais un flatteur de la royauté. H n*en est -ce* pendant rien; Joinville n'abdique nulle part la noble Franclii^e qui distinguait, en général, les hauts barons de son temps. 11 ne se contente pas de donner des leçons indirectes au prince k qni son livre était destiné, en lui mettant sous les yeux rexemple des vertus de son bisaïeul. 11 y fait participer direo- temènt le roi lui-même, et cda de la manière la pïus rude, la moins déguisée. A propos d'un grand danger qui menaça le vaisseau de saint Louis près de i i|e de Chypre, à son re- tour de Palestine, et dans lequel le pieux roi vit un avertis- sèment du , - il ajoute : « Or que le roi qui existe a présent y prenne garde, car il a échappé à un aussi grand péril ou à un plus grand que le nôtre ; qu'il s'amende donc de ses mé-
* Histoire la tinérature/rançaise, par E. Géruzez, p. 69.
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tlk JANVIER 1859.
fakt , de tolld sorte que Dieu ne frappe cruellement ni lui , ni •es choses. •
Malgré son ardente admiration pour son héros, JoinviUe
ne dissimule pas les circonstances» à la vérité très-rares, où saint Louis parut pécher contre les lois d*une saine politique « comme lorsquii rendit au roi d'Angleterre, Henri III, une partie des provinces que lui et ses deux prédécesseurs avaient conquîsessur ce souverain (page a 1 5) . Ailleurs le chroniqueur raconte que le roi ayant assemhlé les che& de Tannée , les eedésiastîques comme les laïques , après la prise de Damiette , pour délibérer sur la manière dont on devait partager le bu- tin fait dans cette ville, le patriarche de Jérusalem fut d'avis que l'on retint le froment, l'orge, le rii el les autres vivres pour approvisionner la ville, et que l'on fit proclamer dans le camp que tout le reste fut apporté au logis du légat, sous peine d'eicommunication. Ce conseil fut adopté par tous les autres chefs. Cependant il advint que tout le butin apporté au logement du légat ne monta qn*À six mille livres. Alors le roi et les barons mandèrent Jean de Valeri, ci Louis IX lui dit : « Sire de Valeri, nous avons résolu que le légat vous re- mettrait les six mille livres, peur les partager comme vous penseres qu il sera le mieux. — Sire , répondit le prud' homme , vous me fiâtes gran4 honneur, et je vous en remercie; mais cet honneur et cette o&e que vous me £iites, je ne les ac- cepterai pas, s*il plaît à Dieu; car, en agissant ainsi, je dé- truirais les bonnes coutumesde la Terre Sainte , qui sont que, quand on prend les villes des ennemis, le roi ail un tiers des biens que Von y irouve, et les pèlerins les deux autres tiers. Le roi Jean (de Brienne) observa bien celle coutume quand U prit Damiette (en la 19), et, à ce que disent les anciens, Jes rois de Jérusalem, ses prédécesseurs, firent de même. Si donc il vous plaît de me vouloir remettre les deux tiers du froment, de l*orge, du riz et des autres vivres , je m*entre* mettrai volontiers pour les partager aux pMerins. » Le roi ne jugea pas à propos d abandonner ces provisions, et, ajoute Joinviiie, la chose demeura ainsi, et maintes personnes res-
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NOUVELLES ET MÉLANGES. 82»
tereul méoonleales de ce que ie roi avait détruit les bonnes fieHles coutumes.
Partout JoinviJle montre Ut même franchise , soit qu*il s'a- gisse de flétrir Taviditè des serviteurs du roi , qui louèrent
aussi clïèrement qu'ils purent aux marchands les boutiques nécessaires pouv la vente de leuis denrées , soit qu*iî faille si- gnaler 1 imprévoyance des chefs, qui, aussitôt après la prise de Damiette , au lieu de conserver leur argent pour remployer en temps utile, se mirent à donner de grands et somptueux festins. Partout aussi il fait preuve d*un grand bon sens et d'un rare esprit d'obseï vaiion. Ses descriptions de localités sont pleines de vie et d'exactitude. Il en est de même des dé- tails qu'il consacre à ia peinture des mœurs des Arabes Bé- douins. On peut seulement signaler dans ce dernier morceau une inexactitude, qui provient de ce que le chroniqueur a confondu les Bédouins avec les sectateurs du Vieux de ta montagne ou Assassins. «Les Béduyn? , dit Joinvilîe , ne croient pas en Mahomet, mais croient en la loi d'Aly, qui fut onde (lisez cousin germain) de Mahomet; ils croient aussi au Vieux de la montagne , celui-là même qui nourrit les Assads. i
Joinvffle a une manière de raconter pleine de bonhomie et de naïveté. Son livre abonde en détails de mœurs, en parti- • cularités curieuses, mais qui ne sont pas toujours raitachces par uQ lien bien étroit au fil du récit. C'est ainsi qu'à propos des rapports de Thibaut, comte de Champagne, avec saint Louis , Joinvilîe passe en revue les prédécesseurs de Thibaut , et, parmi eux, il s*ét»d avec oomplaisance sur Téloge du comte Henri , surnommé le Large à cause de sa libéralité, et rapporte un trait piquant de son histoire. C'est ainsi encore que dans deux passages différents (pages 25 et 1 78) Joinvilic parie des prouesses que Richard Cœur-de-Lion accomplit en Palestine , et de la crainte que son nom seul inspirait aux Mu- snlmaas , dont les femmes l'employaient comme un épouvan» tail pour faire taire leurs enfants.
Le texte de M. Francisque Michel a été établi avec tout le soin qui distingue les nombreuses éditions données par cet
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86 JA;<iVI£R 1659.
in&iigable énidit II reproduit sonipuieusement an numas-
crit de la Bibliothèque impériale , connu sous le nom de ma- nuscrit de Bruxelles, parce qu il fut rapporté de cette ville, en 1 7/16 , par le maréchal de Saxe. Dans un ou deux endroit» ♦ touteioU , le texte nous a paru évidemment iautiL A la der> nière ligne de la page 8 1 , dans cetle phrase : « Nous les assau^ root (aasailUroDs) samedi, vendredi t» il faut lire «à midi»», au lieu de «samedi»; et à la page 176, dans cette phrase : « La dté d*Ar8ur, que Ton- appdle Tyrî en la Bible », on doit substituer les mots de Sur au mot d'Arsar.
Des noies placées au-dessous du texte en expliquent les mois diiîiciles, et l'éclaircisscnt par une comparaison avec lea variantes d'un autre manuscrit et cdies des éditions précé- dentes. D autres notes , plus étendues, renferment des détails sur divers points d'histoire et de géographie. Deux ou trois de ot» noies seulement m*ont paru présenter des ineiactîtndea. On a déjà fait observer aiBears que celle de la page re- lative au feu grégeois, était fautive de tout point. J'en dirai autant de celle consacrée à îa branche du Nil désignée par Joinvilie sous ie nom de branche de Raxi ou Rexi. M, Frao- oisque Michel suppose que le sire de Joinvilie indique sous ce nom la brandû de Damielle« dont il e déjà pailé à la ligne précédente. Cette conjecture est contredite, non «seulement par ce passage de Joinvâte, msôs par un autre <|u*on iit trois pages plus bas (page 63) , et 011 le Jlam (fleuve) de Damiette est encore diiUn^ué du flum de Rexi. Ces dernier» mois dé- signent la branche de UoseUe (en arabe iiachid).
La nouvelle édition se recommande encore par un travail tréa-oomplet de M. AmbroiseFirmin Didot, sur la vie et les ouvrages de Joinvilie. C'est un morceau <|ai a dà coûter à l'auteur de iongùes et pénibles recherches, et qui se fait lire avec intérêt. On y remarquera surtout le chapitre xii , relatif aucrwlo de JoiiirBle. Cet écrit, signalé d'abord par M. Pau- Un Paris, publié ensuite par la Société des bibliopliiles fran- çais, est, coiiuRe son titre 1 indique, une profession de foi, mais entremêlée de récits de ia première croisade de saint
Diyitizeo by
NOUVELLES £T MÉLANGES. ^
Lcmis. H. Didok a lait ressortir avec soîd les nis<m8 très-oon-
vaincantes qui Font fait attribuer à Joinville. Ou peut seule- ment sif^naler dans Tensemble du travail du savant typo- graphe deux ou trois inadvertances. Par exemple, Taulcur parlant des engagemeols conditionneis pris par Joinville et d'autres chevaliers envers Marie de Bnenne, impératrice de Gooslantinople, leur fait dire qu^ils se joindnmt am renforts «ntoyée ea cette rîlh par le roi et les légats, et cek Shhdé' ptœi io, roi pom* VÈfjjpiê. Mais le texte de Jcnnville (page kk) dit positivement que ces eno^agenienls ne devaient recevoir leur exécution qu'après (jue le roi serait parti d'outre-mer (pour retourner en France), c* est-à-dire après la fin de la croisade. Ailleurs ie nom de Babylone « qui revient si souvent dans les récits deJmnviiieet des chroniqueurs occidentaux des eroisftdes,- est expliqué par cette parenthèse : «fiaboul, prés da vieux Caire >. Il aurait été plus exact de dire que ehei les écrivains occidentaux, comme éwà les écrivaCns coptes , le nom de Babylone a été applique au vieux Caire (Misr ou Fostat) et ausisi au ^ranii Caire ( Alkaliirah). Ce nom rappe- lait l'existence , un peu au sud et à Test de remplacement oc- cupé plus tard par le vieux Caire , d'une forteresse construite da temps de Cambyse, et appelée Babylone en souvenir de la câébre captaie de Teropire chddéen.
Gomme appendice k son mémoire sur Joinville, If. Dîdot a fini réimprimer une intéressante dissertation de M. Paidm Paris sur les manuscrits du sire àQ Joinville. Il y a joint en- core six planches très-bien exéculées, savoir: le château de Joinville eu 17^7 et 1780, le sceau, le blason et l'écriture de Joinville , la tombe de l'historien , la maison de plaisance desdocs de Guise à Joinville , cl enfin un^c-itniils d*un ma- Buscrit de la dironique de saint Louis. On voit que rien n*a été négligé pour fidre de cette noiivdle édition un livre aussi agréable aux littérateurs et aux gens du monde qu^uliie aux érudils de profession. Remercions donc MM. Didot et Fran- cisque Michel d'avoir mis a la portée de tous un ouvrage si digne d'être connu.
Ch. DXFaBMKRY.
88 JAMVi£B 1859.
nMAJOX AÀCM18 8DB LA lAHOOl MQO£.
Ii6i puUicatioltf nouvelles du» les divers idiomes de VEn^ rope ne sont du domaine de la Sodéié asiatique qu^autant qu'dies tendent à Tavancement de la phil(do^e. Parmi nos
langues indigènes, le basque est la seule qui reste encore isolée dans nos grandes classifications. Son liistoire intérieure est enoore à faire; les lois de permutation entre les divers dialectes, d*élision de lettres, etc. timidemenl admises par un petit nombre de penseurs, ont encore besoin d*ètre po- sées et démontrées. Malgré les travaux de Larramendi , Hum- boldt , Astarloa , Lécluse et Darrigol , les traités de granuiiaire basque ne sont ni clairs , ni scientiiiques , ni même complets*
Mais il n*est pas juste d'imputer à Tincurie des savants notre pénurie de notions exactes sur le basque. Parmi les ouvrages qui ont paru dans cette langue et qui sont au nombre de quatre cents environ, la plupart sont difficiles à trouver, el, comme ils ont été publiés pour les iiullgènes, on n*a pas eu tant de souci d'en iaire disparaître de nombreuses fautes d'impression, indifférentes pour les simples lecteurs, mais qui viennent à chaque instant embarrasser et parfois même égarer le philologue sérieux.
Amcnc a TeliKlc du basque par le développemenl d*un tra- vail eonipletsur les ian^i^ues, îes dialecle.s et les palais de toute i'£urope, Son Altesse le prince Louis-Lucien Bonaparte s est mis à TcBuvre en patron intelligent. Après avoir étudié la languei fond. Son AJtesseaiîdtce quenuisavantn avaitenoore eu la patience de tenter. Ëlle a parcouru è plusieurs reprises cl de village en village tout le pays basque sur les deux ver- sants des Pyrénées, depuis Bilbao jusqu'à la vallée de Sa- lazar dans Taxe de cette cliaîne de montagnes, et depuis TA- dour juaqu*au delà des villages d*Atava et de Navarre, où le basque lutte encore contre les envabissemente du castillan. Outre les éléments d*nne carte linguistique qu*il nous pro- met, il a trouvé dans ses nombreux voyages des hommes
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i>iOUV£LL£3 £T MÉLANGES. 99
propres k Taider en traduisant un même texte avec toutes les particularités locales , de manière à ce que chaque traduc- tion fût un miroir exact du langage usité dans le villag^e de raufeeur. Dans ia crainte d imposer à ses collaborateurs quel- qnes-unes de ces idées théoriq[ae0 que toot étudiant ne peot i*empèdber d'esqaÎMwaQ moins, il a scnipaleasanfint m- peeté rorthographe« si incertaine et si diverse, des Biaqoes. De plus une oorrespondanceardueetîncessanteentreLoodres et le pays basque a stimulé le zèle et rintelligence de chaque traducteur. Le soin modeste, mais si pénible, de la correction des épreuves, el le ciioix entre deux orliiographes ou deux io- entions également usitées , ont souvent exigépius de dépêches qoe telle transaction diplomatique. La sagesse de tontes ces précautions est asses évidente pour qn*on annonce en toute confiance les ouvrages smvants publiés par Son iUtesse ou & ses finda:
\* Le saint Evangile de Jésus-Christ selon samt Matthieu, traduit en basque soulelin par l'abbé Inchauspe , etc. Bayonne, i856, in-8*, 171 pages, suivies de xlvi autres contenant de précieuses notes grammaticales; 12 exemplaires.
a* Même Evangile traduit sur la version de Le Maislre de Sacy , etc. en dialecte Iws-navarrats , par M. Salabeny (d'iba* rolle). Bâyonne, i856, in-8', iSS pages; la exemplaires.
3* NoHeia âe las cèrat vatcongadas qw kan salido a luz des- pues Larramendi. San Sébastian, i856, in-8\
10 pages. Cet opuscule, attribué au grammairien Zavaia, est le seul ou ïon juge, tout en les comparant, les mérites littéraires de chaque ouvrage cité.
4* Vocabulaire de mots basques hoMunarraîs ^ traduits en lao^e française par le même. Bayonne, 1^56, in-ia, aôa pages, dont 70 de notes grammaticdes, elo. 5oo exemfdaires.
Malgré sa brièveté, ce livre a le mérite d'être le seul vo- cabulaire imprimé qui commence par le basque; car Lécluso a tronqué el altéré le vocabulaire de six mille mois souletîns (juç mon père lui avait iournis.
' 5"* El Evangeho seifun son Maieo, iraduùido al vazcmnce.
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W JANVIER 1850.
dialecio navarro, por D. Bruno Elchenique de Elizondot etc. Londres, 1857, in-8% 121 pages; 10 exemplaires.
6° Même oumge, dialecto guipuzcoano. Londres, 2857, in-^**, 34 pikgi» fleolemenl» ie traducteur «yaul renoncé k poursuivre son travail; 9 etenifJairet.
f* Même ouvrage, dialecio vizcaino, por el P. fr. José An- tonio de Uriarte. Londres , 1867 , in-ë", 1 53 pages et une page d'errata ; 1 1 exemplaires.
8* El Apocalipsù del «imtol san Juan, traducido al yas* cuanoet dîakcto vîictMio, por di P. fr. J. A. de Unarte. Lon* dite» i857,in*l8, i5â pag<e et une d*errata; 5i «cmplaifiea.
Le même ouvrage a été publié dans le dialecte labourdain par deux ecdésiasiiques qui ont fait imprimer à Bayonne, en i855, i'aocioine traduction des quatre ÉvangtJeft par Hamneder* en la modiâant largement d'ailleurs*
9* Proàromus Evangeln Matthmi oeiapU, seu Omiio dbau- Rica luspamce , galtice et omnîbut vasoooic» iingae dia- leciis reddita, etc. Londini , 1857, demi feuille in-Z^**.
10*" Dialogues hasqaes gaipazcoans , biscaîens, ïahowrdaim, foaîetins, par Don A. P. Iturriaga, ie P. J. A. de Unarte* M. le capé J. DuvoiNUt M. Tabbé indiauspe, accompagnés de deua traductions, espagnde et française. Londres, 1857, 1 3 1 pages et une page d'errata ; a5i exemplaires. Le formai obi ong a été choisi pour ce livre aiiu de mettre le^ i>ix tra- ductions en regard.
Il** Emngik d$ saiiU MÊHkiêm, en dialecte guipiukoan; s 5 eiemplaires.
13* Doctrina erUtUma.in al i^ateosnet i$ LïoHo, piwmnm deAUna. Londres, i858,in-da, 8t pages; 5o exemplaires.
Cet opuscule est, je crois, le premier qu on ail imprimé dans cette curieuse variété du basque où l'on change la final en e d'après des lois d'euphonie, ou, si l'on veut, d'al- iitéralion , que personne n'arait étudiées avant Son Altesse*
La vê9ée hoi^, par Tabbé Inchauspe. fiayonne« i858, in-4% 5ii pages; 5oo exemplaires.
Cet ouvrage contient le développement complet du verbe
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NOUVELLES £T MÉLANGES. 91
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basque « insaisîsMble jusqti^ici , et si varié qu'en «e bornant k
l'iodicalir prt senl de la voix transilive 011 d ouve plus detroîs mille deux cenl quatre vin^^ts moditicatiuns loulcs didercntes ]es unes des autres. Le verbe entier en offre dix-sept mille kuit cent vingt Uusage de ces formes ai compliquées enge piua de méaaoire encore i|ue d'intelligeDoevmaia le paysan basque manie celle prodigieuse conjugaison avec aolanl de &cili(é que le sauvage derAmérique sait employer lesfiexions de sa langue , si riches et si compliquées. On est vraiment lenlé de croire que la somme d inleiligence est îa inùme chez le sauva p^e et chez Thomme civilisé, mais qu elle suit des voies différentes.
Quoi qo*il en soit , le livre de M. Inchanspe est Fouvrage capital sur la langue basque. Je publiai il y a vingt-deux ans un fniireil du même genre fondé aussi sur le verbe du duh lede aouletin; mais- mon ouvrage fut beaucoup moins com- plet parce que je ns sus pas choisir un collaborateur aussi dé voué que M. Inchauspe. Dans ses nombreuses remarques grainmâtrcaîes, cet auteur a le premier appelé ralleniion sur une voix curieuse que j'ai trouvée de mon côté en ama- nnna , en ilmorœa, en dawarowa, et qui existe préalablement dans d*autres langues éthiopiennes « où j*ai le regret de ne lavoir pas cherdiée. Je veux parler du double eausatit Par eiemple, du verbe emam «donner», on forme Ta^tif, ematm dut « je donne » ; le passif^/na ten naiz « je suis donné • ; le causa- tif eramaten dut «je fais donner^ jVmporte »; le passif de cette forme eramaten naiz « je suis emporté » ; le double causetif era- manerazten dut tje fais emporter». J'y ajouterai le passif de cette dermèra voix erammuraztên naiz « on me fait emporter ». Gomme dans les langues précitées de TÉthiopie, le basque n emploie le double causatif que dans quelques verbes , mais M formation est si simple qu'elle se laisserait comprèndre dans tuus les cas on le sens s'y prêle. On aime à trouver ces ciJi icuses nîssemblarices enlredes lang:ues aujourd'lnn' si éloi- gnées géograplnquement. D'un autre cote la forme ou voix déponent qui existe en «latin, amariiina et kamtiga« manque
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92 JANVIEli 1859.
complètement en basque. En est il de lucme du procédé âmarîMaqiiiconvertiten substantii une forme verbale aiiectée d*an régime P Je m'explique : en amarinna , allun signifie « ils «ont k moi »; de là se forme le substantif aUaMa,qm de- vient sujet de la phrase dans Texpression attnnia ytdaàm • je n'ai pas de gens qui soient à moi u. En basque, on dirait zaiziamk eziat, ce qui serait compris peul-élre, sans être toutefois admis par l'usage.
Je ferai encore un rapprochement grammatical. En basque* comme dans la majorité des langues éthicpiennes, il ny a point de pluriel dans le nom , à moins que celui-ci ne soit alTeclé d une de ces terminatives qui se rendent en français par l'article. Ainsi , en amarinna ,^frr/5y signifie «le cbevat n; faroMOc veut dire «les chevau:^»; mais Jàras^ sans Vu lioal, peut se rendre par « cheval ou chevaux > , car à Tannonoe d*ane senlîndle qui dit fana e^aku « j*ai vn cheval », on ré- pond souvent par la demMide : Est-ce un ou plusieurs ? Dans
sa lidélilé scrupuleuse à exposer tous les préceptes de la grammaire basque , M. Incbauspe n'a pss oublié celui-ci ; car ii cite (p. 43 a) ia phrase ikhousi DUT gizon, etc. mais ii n*en tire pas la règle que je crois pouvoir énoncer comme ci-dessust et d*une manière plus générale.
Mais M« inefaauspe s*est préoccupé surtout, et très-sage- ment, d'exposer des faits en mettant n nu la mine, si peu explorée jusqu'ici , du verbe basque le plus complet, c'est-à- dire celui du dialecte souietia. li y a joint les formes prin- cipales duverheeu labourdain«en biskaîeneten guipuzkoan. Les verbes de ces deux derniers dialectes par Lardiiabal ont été publiés en 1 856. Cet auteur, de son côté , a profité , pour le verbe bizlaien, du travail de Zabala, qui a été édité en IÔ48.
Pour compléter ia publication du verbe basque dans les quatre dialectes principaux, il reste encore à imprimer ie verbe labourdain, et j*ai lieu de croire que Son Altesse s'oc- cupe à faire combler cette lacune.
Ce prince vient de publier deux autres ouvrages que je
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NOUVELLfc.S ET MÉLANGES. 93
n* ai pas encore sous les yeux : le Gantûiae des trois enfants en latin et en sept dialectes basqnes, et un autre reeneil du
même cantique sous ce titre : Caniicum irium puerorum in XI vasconicœ lingiiœ diuîectos versum, collegil et novae ortliogra- pliiae accommodavit L. L. Bonaparte. Londini, i858, 2a pages, in-^"'. Un échantillon exact des six principaux dialectes a déjà paru d*aiHears dans Touvrage suivant : Parabola de Se- minaiore es evangeîio MaUhœi, in LXXII europmas Unguoe ae éiateclos versa, etrommit eharacteribas expreisa, TmpensisLu- dovicL-Luciani Bonaparte. Londini, 1857, iu-8''; a5o exem- plaires.
n va bientôt mettre au jour les ouvrages i>asques suivants : 1*, a% 3' Apœafypte en souletin, en guipu^oan, en bis» kaîen. Ce dernier sera à deux colonnes, Tune pour le dia*
lecte général , et l'autre pour celui de Marquina ; une tra- duction latine y sera jointe. Ces trois derniers ouvrages offriront, en outre, les traitements masculin et féminin im- primés en encre de couleurs différentes « et seront tirés à a5o exemplaires.
A*, 5*, 6*. Catéchisme dans le dialecte d'Ochagavîa, vallée de Salazar; dans celui dX)ronz, même vallée, et dans le dia- lecte de Roncal, c'est-à-dire dans le souletin du versant mé- ridional des Pyrénées. Son Ailesse a, en outre, le projet de publier ensemUe la traduction de l'Apocalypse dans les quatre dialectes principaux, ainsi que le Cantique des trois enftnts en vingt- cinq sous-dialectes ou variétés, avec des remarques sur le systcaie phonétique du basque.
Aux ouvra{j:es basques encore inédits il faut ajouter le Dic- lioonaire français-basque de M. J. Duvoisin, capitaine des douanes a Saint-Jean-de-Luz. Ce travail , commencé depuis plusieurs années et refait plus d*une fois , est arrivé en ce moment à la lettre N. H est vivement k regretter que personne ne s'occupe d'un dictionnaire basque-lrançais , Iravail ardu, mais qu'on abrégerait très-convenabiemeut en se bornant à un seul dialecte.
Antoine tfAiiânix.
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94 JANVIER 1859.
Des deux écrivains qui ont complète le recueil biogra- phique dlbn Ferhoun , miiiulé Ed-Dibâdj ^LujJf, un seul, Ahmed-Baba le ïombouctien , a étémenlionné dans le Jour- nal asiatique (Lettre à M. Defrémery, janvier i853). L^autre, sur lequel je n*ai encore pu obtenir qn*nD petit nombre de renseignements , se nomme Mohammed ben Yahia ben Omar ben Ahmed beu Yoùnoss Bedr-eddin el-Karafi ^^jJf ^c>.^ fjyji}\. Il naquit en Égypte au mois de chaabàn gSg (de J. C. i532], remplit les fonctions de câdi de la secte naa- lékite, et mourut en 1009 (de J. G. 1600). Par sa mère il descendait de Timâm Mohammed ben Ahmed ben Gharf el* Karafi et du naturaliste Ed-Damîry, auteur de THistoire des animaux. Ce dernier était son grand-père, et cest lui qtiî le surnomma Bedr-eddin, parce qu il était venu au monde dan» la dix-septième nuit du mois de ramadhan.
El-KaraG suivit ies leçons des docteurs Abd Errahnnân eJ- Adjhouri (j^j^^l^et Zeîa-eddin ben Ahmed el-Djizi ^^yx-ji! ; il étudia T^istoire de Mahomet auprès de Djemâl-eddin Youcef ben Zakaria, de Nedjm-eddin el-Kôshi ^ a ft. K, et d*Abou Abd Allah ben Abi Vséfa el-Bekri delà secte bané- fite. Mais les deux professeurs auxquels il fait hommage de sa science, et dont il cite les noms en première ligne dans
le Zil ed~Dibâdj , sont IHàcer-eddin ei-Lakkani v^Uill* et Abd
el-Wahbâb ech-GliA^afénix^l^A^I, auteur de la Balance ou Traité de droit comparé (Voir Jùwmal atmiiqw,
nov. i854i p- 44i-)
Il a composé plusieurs ouvrages, dont ies plus connus sont :
1** L* Appendice au Dibâdj d Ibn Ferf^oun ^l^oJl J^3, formant huit cahiers et contenant trois cent quatre bîogfrs- pUes, parmi lesquelles figure une Notice de Sidi-Khétîl
J^-^^ L$*>^* qiie j ai envoyée Tan dernier à Tbonorable président de la Société asiatique. Ahmed-Baba le Tombonc-
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NOUVELLES ET MÉLANGES. 95
tien, auquel j'ai empraaté presque lom ces détails, regar- dait MHS doute 1 appeodioe an Dihâdj comme un tra vaîl însuf- fisaDt, puisque, quatre ans déjà avant la mort d'£i-Karafi, il écrivait lui*méme une première édition du livre qui devait plus tard ajouter six cent trente biographies au recueil dlbn- Ferhoun. (Voir Tourna/ asiatique, janvier i853, p. 98.) Le bel exemplaire du ^Uj lN- Ju^ qui a été mis à ma dispo- sition fait partie de la riche collection de Si Hamouda ben Lc%oun ^jXJil ^^f.
a* Commentaire du Mouwatta L^tt , de rimam Malek.
3** Commentaire des deux Tehdib (j^jiiô^l « ouvrage de jurisprudence dans lequd il n*a enregistré que les articles
du droit les plus authentiques L* Lt^)^^^»^ ^^^^I a^-^ 4^*5Lill t>^wJi>J|. Le seul des Tehdib que je connaisse est celui d*Abou Saîd d-Berade'i qui a pour titre Tehr
dih eUMoadanwana,
î cj^ (j^l^F J ' « langage aimable, études iexicographiqucs.
fx^ V^yt Jbl^f Je (yè^^ Annotations au Traité
de jurisprudence d'Ibn el-Hâdjeb.
6° Jl>s^ ^ d^^U LL ^Li! Js..^wUI jof .pLLx.
JJi^ y^^^ Études comparées sur le Précis de jurispru- dence de Sidi-KhéliL LeKarafi , auquel les biographes accordent Tépithète dW fift jj-ftit, précéda oeliû-ci de plus de deui siècles. H se nommait Ahmed ben Idris. Ses productions les plus estimées dans les écoles sont :
Il mourut en 68^ ( 1 a85) , et fut enterré à Karafisi, qui est Je cimetière des habitants du Caire.
A. GiiBaBomiBAV.
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JANVIER 1850.
NoTB sur VAndecta tyrûtoa de M. Paul de Lagarde«
M. Paul de Lagarde , déjà connu par de nombreuses pu- blications relatives à la littérature syriaque, vient de publier, floiu le titre d'Analecta syriaca (Leipsig, Teubner}, un in- téressant recueil de pièces inédites en cette langae. Toutes sont des tradnctions d'ouvrages grecs perdus, ou sur le texte desquels la version syriaque jette un jour nouveau. Il est presque inutile d'ajouter qu'elles proviennent de la biblio- thèque de Sainte-Marie-Deipaia deNitric, maintenant dépo- sée au Musée britannique, et d'où sont sortis presque tous les teiLles importants de la littérature syriaque. Voici Ténu- mération des morceaux publiés par M. de Lagarde : les Gnomes de Xyste, évêque de Rome; divers ouvrages de Gré- goire le Thaumaturge; lesÉpitres de Jides, évèqne de Rome; des fragments de saint Hippolyte; des fragments de Diodore de Tarse et de Théodore de Mopsueste ; une lettre très-in- téressante de Georges, évêque des Arabes; une traduction ' du Ilepi x6<T^ou tn-po? ÀAé^avSpov ; un dialogue plalonique, intitulé Eroslrophos ; une traduction du Discours dlsocrate à Démonique, et de quelques traités moraux de Piutarque; des sentences attribuées à Pythagore; un fragment qui parait de DiodésdePéparèthe; uneVieiabuleuse d'Aleiandrele Grand. Qudques*uns de ces fragments avaient déjà été signalés dans le Journal mati^fue (avril i852). M. de Lagarde n donné en appendice une traduction arabe de l'Apocalypse, faite sur le copte, avec des notes, également en arabe, extraites des ou- vrages de saint Hippolyte. On ne peut, en présence de si curieux morceaux, exprimer qu*un regret, c'est que M. de Lagarde ne se soit pas imposé la tâche d'en donner la tra- duction, au moins quand il s'agit de pièces dont Toriginal grec n'exbte pas. Un bon éditeur est obligé , pour constituer son texte, de faire presque tout le travail du traducteur; il commet une vraie laute quand il force les savants de recom- mence i, chacun pour son compte, ce qu il aurait pu faire mieux que personne. — £. R.
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JOURNAL ASIATIQUE.
FÉVRIER-MARS 1859.
DESCRIPTION DE L'AFRIQUE SEPTENTRIONALE,
PAR £L-B£1LRI, TRADUITE PAR M. 0£ SLANË.
aOQTS DS CALÂ-T-ABI TAOIIIl À LA VILLE DB TBllàs.
De Calâ-t-Abi Taoutl on se rend à Ei^Mbgila,
grande ville située sur une rivière appelée le Seher^ Elle eut pour fondateur Aboul^Cacem Ismaîi, fils d*Obeid Allah [le Fatenûde] , qui en posa les fonde- ments l'an 3i3 (92.5-926 de J. C). Ali ibn Ilam- doun, mieux connu sous le nom d'iin el-Andeloci^^ fat la personne chargée de faire construire cette ville. Simak ibn Messaud ibn Mansour, Taïeul d Ali ibn Hamdoun, appartenait à la £imilie de Djodam [ancêtre d*nne grande tribu yéménite]. Nommé par Ismaii au gouvernement d£i-Mecila, Ali ibn Ham-
' Appelé aujourd'hui Oaadi 'l-Kesab «la rivière aux roseaux». * Voy. cahier d'octobre-novembre iS58, p. 489.
(sum.)
XIII.
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96 FÉVRIER-MARS 1859. .
doun y passa le reste de sa vie; il fat tué pendant
les troubles suscités par Abou Yezîd. Son fils Djàfer, qui n avait pas quitté la ville» obtint le commande- ment du Zab entier-, puis en Tan 36o (970-97 1) il s en éloigna, ainsi que nous le raconterons ailleurs^.
El-Medla» ville située dans une plaine, est en- tourée de deux murailles, entre lesquelles se trouve un canal ^'esm vive qui fait le tour de la place. Par le moyen de vannes on peut tirer de ce canal assez d*eau pour larrosement des terres. Dans la ville on voit plusieurs bazars et bains, et, à l'extérieur, un grand nombre de jardins. On y récolte du coton
dont la qualité est cxcelicnte. Tout est à bas prix dans Ël-Mecîla ; la viande surtout est très-abondante. On y rencontre des scorpions dont la piqûre est mortelle. A peu de distance s'élève une mont^igne habitée par des Adjica, des Uoouara et des Beni Berzal, peuplades qui possédaient jadis le territoire de la ville. Au sud d'£i-Mecîla est un endroit nommé El-Kjbab « les coupoles » ; on y remarque des voûtes antiques auprès desquelles sont les restes d'une 'ville ancienne nommée Beculigâ^. Ces ruines sont tra-
* Djàfer se révolta contre la d)naslic fatcmide et embrassa ie parti des Oméïades espagnols. (Voy. Hist. des Herbert, t. Il, p. 554.) Le récit auquel Ël-Bekri renvoie ses ieclêurs ne se tix>uve pas daoa ies mMiuscrilâ (pie nous possédons de son ouvrage.
* «Les roines de la ville dcBeclulga, située* à environ une lieue de Mecîla, vers Test, occupent un terrain de quinze ou seize cents mètres de longueur, et de six cents de largeur. Une inscription la- pidaire, trouvée près de cet endroit, nous donne l'ancien nom de ia ville : c est le Zabi de i Itinéraire d'Antonin. Voy. Revue t^ncaine, t. II , p. 3a4»
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DESCRIPTION DE L AFRIQUE ^EPTEI»«TRIONALE. 99
versëes par deux rigoles d*eaa douce, dont les ecni*^
duits sont, de construction ancienne. On les appelle [en langue berbère] Targa *if-OoDi; ce qm veut dire «rigole de beurre fondu».
Ahmed ibn Mohammed el-Meroudi parle [ dans son poème] de Tarrivée d*Ismaîl [Ël-Mansour] à El-Mecila, Tille que les Falemides nomment El» MoHÀMM£oiYA; voici en quels termes il s'exprime:
Ensuite il vint à £ï-Moh«ininediya , riUe bîen'wnée , que 3a piété avait fondée;
lî y arriva vers l'heure de midi, et par non. aspect il y ré- pandit une vive lumière.
Il campa avec son armée à£l-MecSla, dans un ordre aussi beau que parfidt ■
Âux alentours se voyaient les indices d*ane glurîeuievio- tdre, fiivenr insigne do Dieu tout^puissant K
Le Sehbr, rivière auprès de laquelle Ël-Mecila est située, a ses sources dans fintérieur de GhadIr
Ocâraocj, grande et ancienne ville, entourée de montagnes. EIrGhâdir « fétang i» renferme une source ' dont f eau est douce et asses abondante pour faire tourner plusieurs moulins. On y remarque encore une. autre source, et plus bas une troisième, qui coule aveè bruit et qui porte le nom d'Aïa MakhlccL Les eaux de ces sources se réunissent dans la ville et forment le Seher. £1-Gbadir possède un djamé et plusieurs bazars bien fournis. Toutes les espèces de
^ Ce fat dans cette expédition quËi-Mansour réassit à vaincre Abou-Yezid.
7-
. k) i^L-j L-y Google
100 FÉVKIER-MAKS 1859.
fruits s*y trouvent en abondance et se vendent à bas
prix, aimi que ie blé et la viande. Pour un dirhem (dix sous) on achète un kùitar (quintal) de raisins. Les habitants de celte [région] appartiennent à la tribu des Uoouara et forment une population de soixante mille âmes. A Torient d'Ei-^yhadîr est un bourg très -ancien, qui porte le nom de Takfala. Cette localité n*a pas sa pareille dans le monde; aussi les habitants disent [pai manière de proverbe]: Tarfidd est ane portion (tarf) da Paradis, Ël-Ghadir est située entre Souc Hamza etToBNA, h deux jom*- nées de cette dernière ville.
D'Ëi-Medla on se rend à la rivière Djouza ^; puis à la ville d'AcHÎR. Mohammed ibn Youçof attribue la fondation d*Achir à Zîri [Ibn-Menad] et, pour preuve, il cite les vers suivants, qu il avait entendu réciter par Abd el-Méiek ibn Aïchoun :
O toi qui veux codnaitre notre pays de rOcddent et ce lieu d'infidélité, Achtr;
Ce séjour du vice, siège d'une race perverse , ville souten ue par la fausseté et le mensonge! Sache qu'elle fut bâtie par Ziri ie maudit \ que la malédiction de Dieu retomlie sur Zîri I
Achîr est une ville très-importante; Ton assure que dans toute cette région il n y a point de place
^ A la place de Djoaza «j^* leçon des manuscrits A et M , les seuls <iui donnent cette, partie du chapitre > ii faut peut-être lire Kkorza ôjy^f nom «fnne rivière qui forma une des branèhea snpé- rieorea de Tisser, et qo*U faut dMoyer avant (Tarriver an sentier qui monte jnsqu*À remplaoement d'Adilr. (Voy..iïift. des B$fhm, t II, p. 490.)
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DESCRIPTION DE L'AFRIQUE SEPTENTRIONALE. 10|
qui soit plus forte, plus difficile à prendre et plus
propre à décourager un ennemi : on ne pourrait y donner Tassaut que par un endroit où il ne faudrait que dix hommes pour repousser une armée. Ce sentier est au côté oriental de la forteresse et con- duit à AïN Massado a la source deMensaud »; partout ailleurs le rocher s élève à perte de vue et ne saurait être escaladé ^ ; ajoutez à cela que la place est en- vironnée de hautes montagnes. Dans Imtérieur de la ville les eaux jaillissent de deux sources dont on ignore la profondeur; fune s'appelle Aïn Soleiman et l autrc Thala 'a- Tiragh a la source de couleur jaune^ n.
Achir, dont les fortifications furent construites en Tan 867 (977-978 de J. C.) par Bologguîn You- çof^, fils de Zîri ibn Menad, fut ruinée, postérieure- ment à Tan àko (io&8-iod9), par Youçof, fils de Hauiiiiad et petit-fils de Ziri^, qui livra les biens et les fendilles des habitants à la rapacité et à la violence de ses soldats. Quinze années plus tard la ville com- mença à se repeupler,
D*Achir on se rend au bourg nommé Souc HoouAHA, puis à Souc Keram, bourg situé sur le Gheli£ De là on arrive à Milîana, ville de construc- tion romaine, où Ion voit plusieurs auciens monu*
* Le texte arabe signifie, à ia lettre : les ^eus glissent de dessus lai: comment ferment alors les pieds?
' Ce nom est purement berber.
^ Voy. Hist, dès Berbers, t. II, p. 6 et saiv. 4S9 et suiv.
^ Youçof gonvemait le Maghreb au nom de son frère, El-Caîd, Maverain de le Celâ Beoi Heinniad. (Voy* HitL des Berben, I. II, p. 46.)
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102 FÉVRIER-MARS 1859.
ments, beaucoup d*arbres et quelques ruisseaux qui fbat tourner des moidiiis. Zân ibo Menad recODs- traisit cette place et la donna pour réadence à son fils Boiogguîn. Elle est maintenant dans un état prospère. ël-Khadra «laverte^ », qui forme la station suivante , est une ville considérable , qui possède un grand nombre de jardins; un de ses quartiers est envahi parles eaux toutes les fois que la rivière iroi^ sine est grossie par les pluies. De la on se dirige vers BbniOdarîf£N, ville ancienne, où Ton voit de vastes plaines couvertes dlierbage. La petite ville de Caria , où le voyageur arrive ensuite , est située sur le flanc d*uae montagne et possède un grand nombre de sources. De là on va s*arréter & Ténès , ville entourée d une forte muraille et située à deux milles de la mer. Dans iintérieùr de la place est une colline escarpée dont le sommet est couronné par un petit château. Cet édifice est dans une si forte position , que les agents du gouvernement se le sont appro- prié comme résidence. Ténès renferme une mosquée djamé et plusieurs bazars. La rivière Tenatîn , qui en- toure la ville du côté du nord et de Test, vient des montagnes situées à une journée de distance vers le sud » et se décharge dans la mer. On trouve à Ténès quelques bains. Cette ville s'appelle Ténès la Neuve;
^ Shaw place les ruines d'£l-Kbadra sur le Chelif» à un. mille au norddu Djebd-Doui. C'est auprès d'£l-Canteralrel-Gadim« , à la jonc- tion du Chelif et du Oued-Ebdji que ae trouvent les ruines d*£l- Khiidra, ÏOpjnâtm tmtm de Tltinéraixe d*Antonitt, toute de Gtiama k Rttsueeofo. Sur aon temloire les fVançsis ont fondé un village nommé Dapené.,
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DESCRIPTION D£ L AFfiJUHi£ 6EFT£NTRI0NAL£. m
les habitants montrent , sur le bord de la mer, un château qu'ils disent être ïanciefine Ténès et qui, adon eux , fut habité avant la conatructioii de la ville actuelle. Celle-ci fut bâtie en Tan 26'2.[S']l^S^6 de J. C. ) par les marine de l'Andi3j0u$w [bande d'aven- turiers] « au nombre desquels se trouvaient El*Ker- kerni, Abou Aîcba, Es-Sapcar et Sobeib. Elle fut peppiée par deuxccdonies andalousiennesf dont l'une était venue d'EIrBira {Ehira), et fautre de Todmtr [Mwrcie], Les seigneurs de Ténès sont dorigine noble, leur ancêtre, Ibrahim , ayant eu pour père Moham* med, fils de Soleiman, fils dÂbd Allah, fils de Ha- cen, fils de Hacen, fils d Aii [gendre de Mahomet]. Les .marins dont nous venons de parler avaient l'ha- bitude, en quittant TEspagiie, d'aller passer fhiver dans le port de Ténès; les Berbers des envirotis , étant venus se joindre & eux, les inyitèrent à s'établir dans le château et à y tenir un marché, leur promettant de les soutenir, de les favoriser et d'observer, à leur égard , les obligations de famitié et du bon voisinage. ' Les Andalous acceptèrent ia proposition et dressè- rent leurs tentes dans l'intérieur de la forteresse. Biâft^ tôt ib virent arriver chez eux beaucoup de monde, et , dans le nombre, tous leurs anciens amis de l'Anda- lousie* A l'entrée du printemps ib tombèrent tous ma* lades, et les Andalous, jugeant la localité malsaine, remontèrent dans leurs navires , sous le prétej&te d'al- ler chercher des vivres pour le reste delà popidation. Ils firent alors une descente auprès (ÏEl-Meriya Bed- ^ Ce sont ies ruioes de Garlemia.
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104 FÉVRIER-MARS 1850.
^am\ et & emparèrent de cette ville , ainsi que nous avons à le raconter plus loin K Les colons qui res- tèrent à Ténès virent leur nombre augmenter, leurs richesses s'accroître , et, quelque temps après , ils
accueillirent chez eux quatre cents familles de Souc Ibrahim, habituées à vivre sous ia tente, et parta- gèrent avec dles leurs logements et leurs biens. Tous s*entr'aidèrent alors dans les travaux de construction, et 3s élevèrent à Ténès le château que Ton j re- marque encore.
Deux portes de. ia ville s ouvrent vers le midi, une autre regarde la mer, et celles qui se nomment Bab ihn Naseh et Bah elrKhokha u la porte au guichet », sont tournées vers l'orient. Quand on sort par la Porte aa guichet , on trouve VAinAbies-Selam, source abondante qui fournit de Teau douce.
La mesure de capacité employée par les habitants de Ténès est nommée sal^a, et contient quarante- huit codons; le codons contient trois modd de la di- mension autorisée par le Prophète. Le rail u livre» de viande est de soixante-sept aoutëa a onces n , et le rail employé pour peser toutes les autres denrées, équivaut à vingt-deux aonkîa. Leur kiratti carat » pèse un tiers de diÀem adl « drachme légale » , poids de Cordoue. La monnaie frappée au coin qui a cours
chez eux consiste en kirats, en rôba dirhem «quart
♦
* C'est-à-dire Aiméria de Pecbina. La ville de Pccliiua, située à aiz milles d'Alm«^ria, était d'abord ie chef-lieu de ce canton.
* Sans doute dans sa Description de i'Ëapagae, traité doot on ne possède que ie» premières pages.
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DESCRIPTION m L'AFRIQUE SEPTENTRIONALE, m
de drachme » , en sikek et en doubles grams. Leur dir- km équivaut à douze dirhem siciliens,
Saïd. iba ou-Chekla, natif de T(Mierl, rck^itn les vers suivants à Téaès, pendant la maladie qui devait l'emporter :
Abandcmné par le sommeil, j*ai épaisé ma patienGe\ et je me IrouYe captif, loin du s^our des amis.
Me voici, loin de Tèhert, dans le séjour de l'isolement; la sentence du destin
M*a relégué dans Ténès, ville de malheur, ou Ton conduit ceux dont la vie doit promptement s'éteindre.
Ténès est [aussi fatal que] le temps et le boorresu; son era est le juge [qui nous tivre à la mort]; son aspect funeste «st le glaive du trépas.
Cest une ville où les puces sont assez nombreuses pour emporter un piéton; où les chacals arrivent en bandes [aussi nombreuses que celles] du jour de la résuiTection.
C'est une ville où le peuple marche entouré d'escadrons d'une nation noire qui triomphe dans sa vengeance.
On voit les habitants, acesJâés par les coups de Ja fièvre,, et s*enivrant. malgré cela depuis le matin jusqu*aa soir.
Un autre poète a dit [sur ie même sujet] :
Toi qui me demandes coaiiiient esl le pays de Ténès, sé- jour de l'avarice cousotumée et des immondices,
[Sache que] c'est une ville où la rosée [de Ta bienfaisance] ne descend jamais; où Thabitude de la générosité est tombée en désuétude.
Les habitants savent parier clairement quand il s*agit de dire non; 8*il £iut dire cm. Us sont sourds et muets.
Le voyageur qui approche de ce pays , sans le connaître, part le soir même pour ne pas y passer la uuil.
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106 FÉVRIEft-MARS 1859.
L'eau participe des mauvaises qualités qui distiogueut la ville ; c*est de la bourbe qui coule sur un sol bourbeux.
Si jamais iu as envie de maudire un pays« lance ta malé- diction en mâne temps contre Ténès.
De Ténès à ïèliert il y a ciaq journées de marche.
BOtrr& DB GAIBOOAH À MBRÇA *Z-ZBtT01lltA.
De Cairouan on se rend à Mbdiktanâ par la route
déjà indiquée^; puis à Tîdjis, ville entourée d*une muraille de pierre construite par les Boum, et pos- sédant un faubourg, quelques bazars, un djamê et un bain. On y trouve plusieurs familles berbères , ap- partenant aux tribus de Nefza , d*Oureghrouça ^, de Guezennaïâ et de Hamza. Celle-ci est une tribuz ena- tienne. De Tîdjis on se transporte à Cosantîna « Cous- tantine », grande et ancienne ville, renfermant une nombreuse population , et d'un accès tellement diili- cile, qu aucune forteresse du monde ne saurait. lui être comparée; elle est située sur trois grandes ri- vières portant bateau, qui Tentourent de toute part'. Ces rivières proviennent des sources nommées Ojoi^n
* Voy, cî-devant, p. 69. Ici finit la lacune des manuscrits P et E.
* LesOurdegbrousti'lbii-K.haUloun. [Hist.des Berbers ,t. l , p, iv»*)
* Le Bou-Mcrzouc se jette dans le Rommei» à environ un kilo- mètre en amont de Constantine, Ni l'une ni l*aulre de ces rivières n'a maintenant assez de profondeur pourporter bateau. Onpourmit cependant les rendre navigables en rétablissant l'ancien barrage à i'entrce du ravin qui sépare le plateau de Constantine de celui de Mfusoura. Alors, comme dans les derniers temps du Bas-Empire .on parviendraii à ioooder une grande étendue du pays. Sur les flancs des montagnes, à droite et à gauche de la route qui mène de Cons- tantine à Bataa, on voit une li|{De blanchâlre et pfiea<|Qe toujours
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DESCRIPnOII BS L'AFRIQUE SEPTENTRIONALE. 107
AtiuEGGAH, cest-à-dixe «ies sources noires\»et pas- sent dans un ravin d une profondeur énorme. Dan^ la partie inférieure de ce ravin on a construit un pont de quatre arches, lequel soutient un second pont, qui en supporte un troisième de trois arches. Sur la partie supérieure de ces [arcades] se trouve une chambre qui est de m veau avec les deux bords du ravin , et qui forme le passage par lequel on entre dans îa ville. Vue de cette chambre, l'eau qui est au fond du ravin a l'aspect dune petite étoile, tant le précipice est profond. Cette chambre sappelle £1- Alour «Syrius)), parce qu'elle est [pour ainsi dire] suspendue au ciei^* Constantine est habitée par diverses familles qui avaient fait partie des tribus [berbère*^] établies dans Mîla, dans [le pays des] Nefiiaoua et dans [celui de] Gastiliya; mais elle ap* partient àcertaines tribus ketamiennes. Elle renferme des bazars bien fournis, et jouit d'un commerce pros»
borizontâle, qui semble indiquer les bords d'un vaste lac qui occu- pait les bassins du Rommel et du Bou-Merzouc, avant ia rupture du biirragc. La partie inférieure de cette construction existe encore , et Voa reiiiar(]ue, parmi ies materiauï dont il se compose, des débris de monuments romains. La troisième rivière d*£I-Bekri n'existe pas.
^ Aekêg^ ^UlaI est le mot berber Azegga^h (rouge)
mai orlbographié, Afoîr m dlit en berber. t&«rHI.
* A cette deacrîptioii oa recennait un iifaeduc «ndea , furdnble- mmi celui qui amemôl de l'eau ani etiernes de la Caçba, et qui fut plus tard coByerti eu pouL .La «bambre qui, sebm Ëi-Bekd, élail eu niveau avec lea berde supérieufs du revin el servait de passage peur entrer dans le vSle, était, sans doute, le canal de raquedoe.
* Ce fut vers le milieu du u* siècle que les premières tribus arabesarrivèrent dans l'Afrique septentrionale. Avant oetle époque ou n*y voyait, en fait de nomades, que des peuplades berbères*
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108 FÉVRIER-MARS 1859.
père. De cette ville sa port de Sicda ' il y a une [forte] journée de marche.
De Gonstantine Ton peut se rendre à Mîla. Au mois de choual 378 (janvier-février 98g de J. G.) , Ei-Mansour [fils de Bologguîn ] sortit de Gairouan et envahit le pays des Ketama^. Arrivé dans le voisi- nage de Mîla , il alla se présenter devant cette ville » avec rintention de la livrer au pillage et d*exterrainer la population. Son armée était prête à monter à Tas- saut ; on venait de déployer les drapeaux et de battre les tambours, quand ]es femmes de la ville, jeunes et vieilles, sortirent au-devant d El-Mansour, avec leurs enfants. A ce spectacle il fondit en larmes, et donna Tordre d'épargner tous les habitants, sans ex- ception. Les ayant alors dirigés sur Baghaîa, il £it réduire leur ville en ruines. Ges pauvres gens venaient de partir pour leur destination, chargés de leurs ef- fets les plus faciles à emporter, quand ils furent at- taqués et dépouillés par un corps de troupes sous les ordres de Makcen ibn Zîri ^. Dès lors la ville de Mila resta qudque temps sans habitants. Aujourd'hui
^ G*est4-dire Skâtâa, faDcieane Biadeoia, maintanaiit Philippe- •viUf* Dans les maniiflcrits de Tonrrage d*Ibn-Khaldoaa ce nom est
éeniSâtda,
* Voy. Hist, des BeHten, t. II, p. i4« note.
* Makeen était alors an service d^El-Mansour. Ce ne fotqoe ome ans pins lard <{ue lui et ses frères se mirent en révolte. (Voy. Hitf. du Btrim, t. II, p. 16. ) Ilnefimt pas s'étonner do voir lecbef d'un détachement piiler nne caravane qui voyageait avec nn sanf-conduit du commandant en chef: toujours et partout, dans les pays musul- mans, les corps détachée montent les peuples, pillent à volonté et se battent ic moi as possible.
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DËSGRIPliOiN DË UÂFRIQUE âËPTËf^ lAIONALE. 109
elle est entourée (l*une muraille de pierre et d'un
fauboui^; elle renferme un djamé, quelcjues bazars et quelques bons. Les environs de la place sont arro- sés par des eaux courantes. La population de Mila se compose d'Arabes, de gens de ia milice et d'hom** mes de race mélangée. Cest maintenant une des villes les plus importantes du [gouvernement du] Zab. Auprès de Bab er-Roous «la porte aux tètes qui est à l'orient de la ville, s'élève le djamé, qui touche i ia maison du gouverneur. Dans l'intérieur de la ville , auprès de la porte septentrionale , qui est uommée Bab es-So/li, on voit une fontaine appelée Am Ahi Sebâ; l'eau y arrive par un conduit souter- rain, qui part de la montagne nommée Bëni Yàuout; pais eUe remplit une rigole qui traverse le bazar, £n été, lorsque Teau devient rare, on ne laisse couler cette rigole que les samedis et les dimanches. Le finibourg renferme plusieurs bains. Dans la ville est une source appelée Ain el-Honima u ia source de la fièvre n « dont les eaux, appliquées par aspersion sur
le (^orps d'un fiévreux, lui rendent la santé, grâce à la bénédiction divine et à leur extrême fraîcheur. De Mila on se rend à Mbrça 'z-Stouha « le port de Ze^ touna ». G estla montagne de Djîd jel que l'on désigne par le nom àlEt-ZeUouna a rolivier ^ i».
* Le Merf^a z-Zeitouna est situé à l'ouest du grand cap, ou mon- tagne, nommé Schâ-Boons «ies sept caps a. L*aiileiir dit que cest ia montagne de Djldjel, que l'on désigne par le nom (ÏEz-Zeitouna; il se trompe; Diidjel ett à huit iienes d« là ; c*«st uos doute Goi^o «pi^ii t foola écrirf .
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liO FÉVRIER-MARS 1859.
BOUTE D'ACHiR À M£RÇA «D-DADDJADJ.
En quittant Àcbir, le voyageur se fend au bourg de GhAba, puis à un déiiié^ qui sépare deux mon- tagnes; puis il entre dans une vaste plaine, OÙ Ton recueille la racine du pyrèlhre , drogue que Ton ex- porte aux autres pays. Layilie de Hamza , sitaée dans cette localité, eut pour fondateur et premier occu- pant Hamsa» fils d*Ël-Uacen, ûis de Soleiman, fila d^El^Hocein, fils d'Ali, fils d'El-Hacen, fils d*AU, fik d'Âbou Taleb. El-Hacen, fils de Soieiman, étant Tenu se fixer en Maghreb, eut plusieurs fils, sa- voir : Hamsa, Abd Allah, Ibrahim, Ahmed, Mo- hammed et El-Cacem. Tous ces frères eurent des enfisints dont la postérité habite encore cette contrée^. De Hamza Ton se rend à Belîas ^, lieu situé sur une grande montagne, et de là on arrive à Merça *d- Daddiadi ^ « le port aux poules ir. La mer environne
trois côtés de cette dernière localité ; une muraille, percée d'une seule porte , s'étend du rivage occiden- tal an rivage oriental [de la péninsule], et c'est là que se trouve l'entrée de la viiie. Les bazars et la grande mosquée sont sitttéa en dedans de cette en-
* Ce défilé commence ua peu après Sour-Ejonab et finit aa-des- sous d'Aumale, 1 ancienne Aazia,
* La localité nommée Souc Hamzaou, Bourdj Hamza, porte main* tenant le nom de Bourdj Bouira; elle est située au sud du Juijura, entre cette montagne et la rivière de Bougie.
* Le Teniat el-Bé^ass de la carte des environs Alger, i85i.
* Sur la même carte, ce Hom est écrit, par erreur» Mers el-Ha-
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DESCRIPTION DE L'AFRIQUE SEPTENTIUONALE. Hl
œinte. Le port, trèa-étroit et peu profond , n'est nul- lement sûr. La ville possède quelques sources de bonne eau; elle a pour habitants des Andalous et des [fractions de] tribus ketamiennes. Boni Djbnai), ville située h V orient de Mer ça 'd-Daddjadj , est plus petite que ce lie-ci.
Celui qui veut se rendre de Gairouan à MerçaM- Daddjadj doit suivre jusqu'à El-Meciia la route in- diquée plus haut De là il se rendra à une source d'eau douce et froide qui est ombragée par un gros arbre et qui porte le nom d^AoDZEKooB. Cet endroit est sur l'extrême limite du pays des Sanhadja« En- suite le voyagear se portera en avant jusqu'au Soc Makcën c( le marché de Makcen » , ville située sur le Chelif ^ et appartenant aux Sanhadja; elle est en^ tonrée d'un mur et possède quelques sources. De là il se dirigera sur Soug-Ham^^, viiie appartenant aux Sanhadja et environnée d'une muraille et d'un fossé. Hamza, fds d'El-Hacen, fils de Soleiman, fils d'El- Hocein, fils d'Ail, iils d'Ei-Uacen, fils d'Ali» y fit sa résidence. Il arrivera ensuite i Bsni-Djbmad, petite ville située sur une colline, à un mille de la mer. De là U se rendra à Merça d-Daddjadj.
lOUn B'AGHia À la VIIXB AIEZaIB BBMI lIBZGBAlIlfA.
D'Acbir l'on se rend i El-Medita « Médéa ville
' Voy. ci-devant, p. 58 et 97.
• Aller d'El-Mecîla à Souc-Ilamza (voy. un pen plus loin) en touchant au Ghelif, ce serait faire un détour énorme et tout à feU ioufiie. li y a quelque erreur dans riodicaiion d'Ël-Bekri*
Diyuizeo by GoOgle
112 PÉ¥RIER.MAR5 1859.
«
importante et d*une haute antiquité; puia à Gaz-
RO0NA^ ville située sur une grande rivière dont les bords sont couverts de moulins et de jardins. Cet en- droit , qui porte aussi le nom deMiTiiDiA , estricheen pâturages et en champs cultivés; il surpasse toutes les localités voisines par la quantité de lin que Ton
y récolte et que l'on transporte dans les autres pays. On y remarque des sources d eau vive et des mou- lins k eau* De là on se rend à la ville dlGUZBR (c pe- tite rivière », en berber 2; puis à DjEZAÏa Beui M&z- GHANNA û les îles de la tribu de Mezghanna i» (mainte- nant ilZj^r). Cette dernière ville est grande etdecons- truction antique; elle renferme des monuments an- ciens et des voûtes solidement bâties , qui démontrent [par leur grandeur] qu'à une époque reculée elle avait été la capitale d'un empire. On y remarque un théâtre [dar el-melâb, à la lettre : maison de divertisse- ment) » dont l'intérieur est pavé de petites pierres de diverses couleurs , qui forment une espèce de mo- saïque. Dans cet édifice on voit les images de plu? sieurs râimaux, par&itement bien travaillées et fa- çonnées dune manière si solide que , pendant une longue série de siècles , elles ont résisté à toutes les injures du temps. La ville renferme plusieurs ba- zars et un djamé. £lie possédait auti^efois une vaste église dont il ne reste qu*une muraille en forme
^ Vanante: Cazrouca xi^j^^^.Unhaouch oa ferme portant le nom de Cazromui est aitué sar fe Oiiad Yoçor« à i,3oo mètres de ia i iUe deBiSda.
i Probablement Boufiunk.
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DBSGRIPTlOif D£ L*4FR1Q|1£ 5mfiNTRI(MAL£. 113 d*abside, se dirigc;int de l'est à l'ouest. Cette mu- raille sert maintenant de iégaie, Iprs dçs deux grandes fille8;.dle est ornée de panneaux et couverte de sculptures et d'images. Le port est bien abrité et possède une source d*eau douce^; il est trèfr-firé- quenté par les marins de flfirtkiya , de (Espagne Qt d'autres pays.
11 y a trente milles d'Âchir à Taiiaobalet^ vitte bâtie sur le flanc d*une montagne , à l'entrée du grand désert.
HOQ iË D£ CAIROUAN À TÉNÈS.
De Cairouaii l'on se rend à El-Ghozza parla route déjà indiquée ^; puis à TàDJSNHAS.viile située dans une plaine $t renfermant une population considé* rable. Elle est entourée d'une muraille et possède un ^amê. Ses habitants appartiennent à la tribu [ber- bère] des Befcadjenna; ceux qui occupent les en- virons font partie de la tribu des Guezennaïa. De Tadjento f on se rend directement à Tjiiiàs.
nOOTB lyEL-GHOZZA À TIBERT.
On be rend d'Ël-Ghozza àTADJEMouT, en traver-
^ Sans doute ceiie qui est sous ia mosquée des Uauei^s. ^ Variante : Tamghilet.
' La petite vHIe dTJ-Ghozza ëtait probablement dans le canton de Maioona, entre cette viilc et le Chelif. El-Bekri renvoie ici à un itinéraire qui ne se trouve plus dans les manuscrits de son ouvrage.
* Sur ia carte delà province d'Oran , publiée en i856 par le Dépôt delà gnerre^Tadjenna est placée à environ quatorze milles sud-^uest de Tenès*
ini. S
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114 ' FJÉ¥RIfiK*MAR& 1650.
s&nt le déJUé des Miknaça; puis à âïn es-Sûbhi , source qui jaittit au pied d'une monti^ne i^ppatt^Bant aux Mâtmiila; de là <m passe' â TacbuiIbet, puis on ar- rive à Tîhirt
La ville de TlâaaT est environnée d un mur pocé de trois [lis. plumenvs] portes, savoir: Bah es^fa^ Bah el'Menazel a la porte des logements », Bah el-An- deioè (c la porte d«Ëspagiie a , Bab elrMetahên « la porte des moulins », eto. EHe est située sur le flanc d'une montagne nommée Guezzool. La citadelle domine la marché de la ville et porte le nom àEl-Mûsoama « rinviolabie ». Une rivière, venant du côté du midi, et appelée la Mina, passe au sud de la ville, line autre rivière, formée par les eaux réunies de plu<> sieurs sources et nommée Tatoch, fournit aux be- soins des habitants et à larrosage des jardins. GeUe*^ cî passe à fest de la ville. Tioutesks espèces de finiits se trouvent à Tîhert, et les coings de cette localité surpassent en beauté, en saveur et en parfum ceux des autres pays. Bs portent le nom defanes. he fraid y est très-rigoureux; les brouillards et les neiges sont très-fréquents. Citons à ce sujet quelques vers com*
posés par Abou Abd er-Ratunan Bekr ibn Hammad
pendant son séjour à Tîhert. Cet homme avait la réputation don traditionniste exact et véridique ; il avait étudié les traditions en Orient, sous Ibn Mo- ehedded, Amr ihnMerzouç et Bichr ibn Hoc^r; en Ifrîkiya il avait eu pour maîtres Sahnoun et^el*
^ Cette route part du CheiiTeu remontant la vallée da Kiou.
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DESCRIPTION M L'âniQDB SEPTEirrRIONALE. 115
qufii autres docteurs» Il habita ïîhert ei mourut dans eette TiUe:
Que le fifoid est rode et iateiue à TSfaertl Comme le soleil
y jette des regards faibles et languissants I
11 se montre au milieu des brouillards, quand il se montre, comme s'il venait de sortir de sa couche.
Noos sommes ici au milieu d'une mer silencieuse [la neige] , et le vent nous pousse to«t droit devant lui.
Aussi, Tapparition du soleil nous endiante autant que rai^ rÎTée du saUbat réjouit les juifis.
Un natif de Tîhert, ayant remarqué combien la chaleur du soleil était forte dans le Hidjaz [en Ara- Irie], lui adressa ces paroles : «Brûle ici tant que tu
voudras^ mais, par Allah! tu es bien méprisable à TiherU»
• La viUe dont nous venons de parler est 71ftsrl4a-
Nenve, A Forient de celle-ci et à la distance de cinq milles s'élève IViertrla-Vieille [maintenant Tiarei]^ château fort appartenant aux Bercadjenna. On ra- conte que cette peuplade, ajant entrepris de bâtir Tihert, trouva^ chaque matin, fouvrage de la veille renversé. Ils construisirent alors Tihert esSofa «là basse Tihert», laquelle est Tihert-la-Neave, Au sud de cette ville on rencontre des villages habités par des Louata et des Hoouara; à Touest, on trouve des Zouagha, et au nord, des Matmata, des Zenata et des AAiknaça. Nous venons de dire qu'à Test de Tt« hert eist un ehèfeau appartenant aux Bercadjenna; cest celui quon nomme Tiheri-la-VieiUe, Tiherteut jadis pour seigneur Meimoun , fils d*Abd
s.
116 FiVRIER-MARS 1850.
er-Rabman, fils d*Abd el-Ouehhab » fib de Rostem, fils de Bebram, fils de Doucherar, fils de Sabour, fils de Babegan , fils de Sapour dou *1-Aktaf , roi de Perse. Behram était client d'Otbmaa, émir des croyants. Meimoun fut chef des Ibadites et imam de ces sectaires ainsi que des Sofrites et des Oua- seliens. Ses partisans lui donnèrent le titre de kha- life. Les Ouaseliens avaient leur lieu de réunioil aux environs de Tîhert. Ils étaient an nombre d'à peu près trente mille. Ils habitaient des tentes qui ressemblaient à celles des Arabes ef qui pouvaient se transporter d*un lieu à un autre. La souveraineté de Tihert passa des descendants de Meimoun à ceux de ses frères Abd eivRahman et Ismsdl , fils de la Rostemide; mais en ian 296 (908-909 de J. C), Abou Abd AUah es-Gbiaî se présenta devant Tihert et en obtint possession par la promesse d'une am- nistie générale ; mais il fit mourir un grand nombre de Rostemides , dont il envoya- les tètes à son firèfe, Abou 1-Abbas. On promena ces trophées dans les rues de Gairouan , puis on les planta sur la porte de Raccada. La £imille de Rostem avait régné à Hhert pendant cent trente ans. Mohammed ibn Youçof ra- conte qu Abd er-Rahman, fils de Rostem, avait été lieutenant d*Abou l-Khattab Abd el-Alâ, fils d'Es- Sameh, fils d'Obeid, fils de Harmela, et cela à répoque où ce chef s était rendu maître de rifrîkiya*. Dans le mois de safer 1 kk (mai-juin 761 de J. C), Abou 1-Khattab fut tué par Mohaniuied ibn el-Achâth • * Voyes Hif foire du Berbm, t,!, p. $73.
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DESCRIPTION DE L*AFai<^£ SEPTENTRIONALE. U7
etKIioitt. Abd cà^Rahman [le Roslenûde] s*efi(ait alors de Caii ouau avec les gens de sa maison et la partie de ses trésors la plus Êunle à emporter* Les
Ibadites , s^ëtant ralliés autour de lui , le reconnurent pour leur chei et se décidèrent à bâtir ime ville qui pourrait leur servir de point de réunion. Bs s'arrê- tèrent à Tendroit qu occupe Tîhert de nos jours, et qui , à cette époque , était couvert d'une épaisse forêt. Abd er-Rahman 8*étant installé sûr un tmain carré et dépourvu d'arbres, les Berbcrs se dirent: ^I1 vient de se loger sur un tacdimei,)) c'est-à-dire smuatambaur de basque. La figuré carrée du terrain leur avait suggéré cette comparaison ^ Le vendredi suivant , Abd er-Rahman prés^ à la prière publique. Quand la cérémonie fut terminée, on entendit des gens pousser de hauts cris à la poursuite d*un lion qui s*était montré dans le bocage. Lamqtial fut pris vivant, amené sur le lieu où l*on venait de fidre la prière et immolé en cet endroit Âbd er-Rahman ibn Rostem dit à cette occasion : «Voici une ville où le sang ne cessera de couler et où l*on fera tou* jours la guerre. « A Tinstant même ses compagnons commencèrent à bâtir en cet endroit une mosquée, pour laqueUe ils allèrent couper les poutres dans la foré L voisine. Cet édifice subsiste encore aujour- d'hui; il est composé de quatre nefs et sert de mos» quée djamê.
tt L eipplacement de Tîhert, dit le même auteur, ap-
* Le tambour de bascjue carré a cbei les Arabes le nom de doff : iesBerberft ie aouiment tecdmet, (Brosseiard, Dictionnaire berber.)
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11b FÉVlii£A-MÀK5 lâ&9.
parlenait A iqmiqiiês pauTre» ftmilieé iiièraoi«nfi6b et
eanhadjieDnes, Abd ei^Rahman voulut le leur ache- ter, et, m leur refiis, il offrit de leur céder rifla*-
pot des boutiques avec la permission de se bâtir des maisons dans la nouvelle ville. Ces conditions ac- ceptées, l'on se mit à âdie le partage des terraÎDS et à construire des maisons. » Cet endroit est nommé le camp (moasker) d'Âbd er-Rahman ibn Rostem jusqu'à nos jouis. «Tihert^ ditjl, possède plurieuors bazars très-fréquent (^s, et un grand nombre de bains. » Il donne les noms de douze. Dans les alentours on rencontre une foule de peuplades berbèree.
Le modd dont on s'y sert pour mesurer le blé contient cinq a^z et demi, mesure de Cordoue. Le kmÊor «quintal» que Ton emploie pour peser i huile et autres denrées équivaut à deux kintar [ot- dinaires] moins un tiers; pour les marchandises im- portées, telles que le poivre , etc. on se sert du fcm- tar ordinaire. Le ratl a livre n pour peser la viande équivaut à cinq rail [ordinaires].
AOUTS DE xiafts  Acsia.
Si Ton veut suivre la route du littoral (Sahd) pour
se rendre de Ténès à l'AchÎT de Zîri , Ton se transporte d'abord à Béni Guellidacbm, jolie petite ville appar- tenant aux Matghara et renfermant une population composée d'Andaious et de Cairouanites. L'entrée en est interdite aux Bercadjenna , depuis Tépoque de la trahison qu'ils y avaient commise [avec fintenfion de s'en emparer]. Un ^rand bien-être règne dans cette
i ■
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DËSGaiPTIOU BE UàFUQm âm£NTfilONAL£. 119 ville. Elle possède plusieurs sources de bonne eau et domioe ia plaine de Ghoiit* La ville de Chelif, située dans cette localité, a*élève sur le bord d'une rivière, et renferme dans sou enceinte un bazar bien monté. On la connatt aaus le nom du GflBur des Bw i Ooâr liiK Elle appartient à des Zouagha. De là on ar- • fiveâ fiufi OoàaÎFEii^, endroit appartenant aux Malr fjtkm et ritué sur le Ckelif, On y trouve quekpies J>outii{ues. MîuANA, où le voyageur arrive ensuite, est une noUe et ancienne vîUe. Restaurée par Ztri ibnMenad, qui l'assigna pour résidence k son iils fioio^[iiîn\ elle domine toute la (daine qu'occupent les Ekeni Ouarîfen et d'autres tribus* EUe est bien approvisionnée, bien peuplée et assise sur une ri- vière; elle possède ausri quelques puils de bonne eau et un bazar très-£:^quenté« De là on passe à
AOHIR.
BOUTE DE liasar k la mea.
Pour se rendre de Tihert à la mer, on traverse
d abord pliu^ieurs campements de Berbers; puis on passe par Chbuf Béni Ouacil , jusqu'à Ëi^hozea , ce
(jui fait deux journées * de marche. El-Ghozza est
^ Cette ville était située an confluent de la Mina e| dn Chciif.
* Béni Onaiifen, locdUté dont lenomestmûnteaant oublié, était «Inée au oonflneat du Onad Fedda et du Gbelif , à rest d*Orléana- fiUe.
* Voy. HisL du BaUn, t. II, p. S.
^ n yavailannoiBB trobjoamées demarehedeTihert A la dlle de Glielif et une journée de U à EMyhona.
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120 * FÉVRIER. MARS 1859.
leMM^ de nhert Duas leToisinage ée cet enditiitt
et du côté de la mer, se trouve ia Cala Maghîla De- L09L «château des Magbiia Deloal, n Cette (dace, bâtie sur la cime d'une haute monti^e, est ex* trêmement forte ; une distance de cioq paraaanges la aépere de ia iiier« On y voit une source d*eau ap- pelée ÂÎN KoRDi*. La ville de Mostaghaitim, située dans ie voisinage de ia mer et à deux journées de Galâ Deioul, est entourée d'une muraille et possède plusieurs sources, jardins et moulins à eau. Le coton que Ion sème dans le territoire de cette ville four- nît de beaux produits. L'embouchure du Ghelif n'est pas loin de Mostaghanein. A l'occident de cette ville y età ia distance d'environ trois milles» se trouve Tamasasbam (Mazagran), ville murée, qui possède une mosquée djamê. Non loin de là est la Calâ T-HoooARA u château du Hoouara», nommée aussi Taçbgdalt^ Ce fort, bâti sur une montagne , est entouré d'arbres fruitiers et de champs cultivés. Au pied de la forteresse coule le Cibat, rivière dont les eaux servent à arroser le Fahs ou « plaine d du même nom. Bien que celte plaine ait quarante milles de longueur, il n'y a pas un seul endroit qui ne re- çoive les eaux du Gbat; mais aujourd'hui cette ré^
^ Sahel si^^nifie le littoral; ce mot sert aussi ;\ désigner un entre- pôt de commerce qui a des communications faciles avec !a mer.
^ Ain Kordi, ÏAîn Kerdou de nos dernières cartes , est située à deux lieues au nord de Mazouna, et à troU oa quatre iieuea sud- est de l'embouchure du Oued el-Khamîs.
^ Ce bourg , appelé maintenant Calâ, est à environ neuf Iteues sud-est de Mostagbauem.
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gion est iifmrite 6l-44ferto« Itf evainte [kispvéê {nut
les attaques des tribus voisines] ayant fait fuir tous ks babîlaats. Sur k littond de cette plaine »*âiève Ai^Ao «le viefl Aneu», viite can^lraite par les Ro- mains, et maintenant abandonnée. Elle renferme de vastes débris d^anciens monuments et tant d'autres objets merveilleux, que le voyageur en est frappé d'un profond étonnement. Dans le voisinage de eette ville est m^ie colline qui porte trois cbâ-
teaux entourés de murs et formant un ribat très- &équenté. Cette coUine renferme une mine de fer et ime antre de mercure^ Lorsqu-on met le feu aux broussailles dont elle est couverte, il s en exhaie une odeur aromatique. Oaam^ située à quarante milles d'Ârsao , est une place très-forte; elle possède des eaux courantes, des moulins à eau, des jardins et une mosquée djamé. Elle eut pour fondateurs Mo- hammed ibn Âbi Aonn, Mohammed ibn Abdoun et une bande de marins andalous qui fréquentaient le port de cet endroit Us accomplirent leur entremise après avoir obtenu le cmsentement des Ne&a et des Mosguen [tribus qui occupaient cette localité]. Les Mosguen faisaient partie [de la grande tribu berbère]
' ' a En mars 1847, découvert du mercure Datif dauâ une carrière de pierre à bâtir, située à cinquatite mètres à l'est de Ten- ceinte de la ville d Àrzeuet à quatre cents mètres environ du rivage de la mer. Le mercure était disséminé dans une terre argileuse rou- geâtre, remplissant les fentes d*une couche de calcaire de formation tertiaire, h o™,3o ou o"*,4o de profondeur au-dessous dq sol. » {Recherciies sur les roches, les eaux et les gites mméraax des prouinx^ d'Oran et d'Alger, par M. Viiie, ingénieur au corps des mines,
Diyuizeo by GoOgle
des Asdftdja. [Ces Andalocis] qtd avaient été les coin- pagooDs d'El-Gorachi^, fondèrent Oran en l'an 2190 (90^-903 de J.G.). Ils y séjournèrent jusqu'à l*an 397,
quand une foule de tribus se présentèrent devant la'
ville et demandèrent iextra.ditian des Beni Mosgnen « afin d*exercer contiv eok une vëngeance de aang. Les And al o us ayant refusé de les iivrer, ces tribus commencèrent des hostilités contre la ville* la blo- cpièrent étrmtement et eila^chèrent }a gartiison [de sortir pour puiser] de l'eau. Les Beni Mesguen pro- fitèrent enfin d*une nuit obscure pour s*enfuir de la place et se mettre sous la pmtection des Aadadja. Les habitants, se voyant sur le point de succomber, consentirent à livrer leur ville , leurs trésors et ieuM approvisionnements, & la condition de pouvoir se retirer la vie sauve. Oran lut saccagée et brûlée par les vainijueurs; ce qui eut lieu, dans le mois de dou-i-câda 297 (juillet-août 910 de J. C). Une an- née plus tard, les habitants y revinrent avec Tau- torisation d*Abou Homeid Doouas» ou Dâwoud ibn Soulat, gouverneur de Tîhert. Au mois de châban de Tannée suivante ( avril-mai 9 1 1 ) , ia ville com- mença à se relever et elle devint plus belle qu'au- paravant. Dawoud ibn SoulaL el-Lahîci leur donna pour gouverneur Mohammed ibn AbiAoun^ La
* EUCorachi, cest-A-dirs membre de la tribu deCoreich. Il s'agit probablement du général omëïade espagnol Àbd el-Melekibn Oroaîa, qui fut mis à mort l'an 282 (895-6 de J. G.). Voyet l'extrait du prand ouvrage historique d'Ibn Haiyan« que M. de Gajaii|pNi a inséré dans sa traduction d'Kl-Maccari , vol. II, p. 454.
^ Voy. HuU des Berbm, 1. 1, p. aâ3.
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ville ne cessa de s'agrandir et de prospérer jiisqu*à fan â 63 , quand Yfllâ ibn Môhaihitied ibn Saleh fifre- nide s en empara, après avoir attaqué et mis en dé- route les Âzdadja du mont Guèdera K Cette bataille eut lieu le samedi i5 djomada de Tannée susdite (septembre-octobre gSk de J. C). Dans le mois de dou-l-câda de la même année (mars gSS), Yàla transporta les habitants d'Oran à la ville qu'il venait de fonder et qui est connue [par le nom dlfgan on Fekkan], Oran fut alors dévastée et brûlée pour la seconde fois, et elle resta dans un état d'abandon pendant quelques annëes. Les habitants ayant alors commencé à y rentrer, la ville se releva de nou- veau.
Dans la province d'Oran se trouve un village dont les habitants sont renommés pour leur stature co- lossale et leur force prodigieuse. Plusieura témoins oculaires m*ont assuré qu'un homme de la taille ordinaire ne va pas à fépaule d'un natif de ce lieu* et quils avaient vu un de ces villageois porter six hommes et faire quelques pas en avant avec cette < lourde charge. H en avait placé deux sur sesépaides, deux sous les bras et deux sur les avant-bras. Un autre de ces géants, voulant se eonstraire un loge- ment, alla couper mille tiges de fenouil, qu'il mit sur son dos, et s en servit à construire, en forme de berceau , une habitation qui lui était paifaitmient suffisante.
* C'est le groupe de montagoes, à l'ouest d'Orati, qui s appelle maintenant Djektl Ronaxu
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BOUTS A^ÇiLUf À GAIBOUAM.
Sorti d*Qran on se rend & Tbnsalmit^, bourg ap- partenant auxOuzdadja, et renfermant un bazai* et une source d*eau douce. De cet endroit, qui est si*
tué au pied du mont Guèdera , Von se dirige vers Djsraoda Lazîzod^, lieu de marcbé [qui doit son éta- blissement] à Obeidoun ibnSinan TAzdadjien.De là on arrive àCASiiiBN SiKANule château d'Ibn Sinan^ »; puis on suit la grande route déjà indiquée* La dis- tance totale est de vingt-cinq journées.
noun wsÊuat k gairoqaii pab lb pays d» CASTiLftA.
D*Oran on se rend à Gasr Mansouk ibn Sinân, lo- oelité que nous venons d'indiquer; puis à El-Alodiir « les descendants d'Ali* »>, ville où Yala ibn Badîs ^avait établi sa résidence. EUe est entourée d'une muraille et située sur une grande rivière. Dans Tintérieur se trouvent quelques sources d'eau. De là on ai rive à ia ville de Sii» fils de Denuner, bâtie sur un fleuve
^ Localité située à (quatre kiiomètre* ouest de MiaerguSn, aur ia route d'Oran à Tlemcen.
* Les ruines de cet endroit portent maintenant le nom de Me- dSnort'Arottn. £Ues se Soient sur la rive g^uehe dn Rio Saiado, à trois kilomètres aa<-desta8 du pont que Ton traverse en se rendant d'Onu à Tlemceo.
' Maintenant AMa TtmmÊ/^neia, sur li route d*Oran A Tiemoen.
* Ce village était sitné A nne petite journée est de Tlemcen.
* Il faut sans doute remplacer le nom de Badu par cém de ilfa- kammed, ( Voy. HuL iù &iî«n« U III > poim* )
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OESCRIPnOlV Œ L'AmQOB «imNTRIOmLE. 1S5
du même nom. Le Séi ' est une grande rivière, dont les bords sont couverts dé jardins. De là on se rend à Ahça Ogba tt les puits d'Ocba^ » , c est-Â-dire d'Ocba ibn Nafê ie G<jreichide. On y trouve un grand nomlire
de puits bâtis ^ avec du bois d'arar [tliaya articalata).
Ils portent aussi le nom d' Abar el-âs&br a les puiis de l'armée » ; c'est-à-dire Tannée d*Oeba. En langne ber- bère on les appelle Erçan^* Ensuite on marche pen- dant trois ou quatre journées à travers des Ueux déserts, où la tribu des Maghraoua vient s'installer de temps en temps.Ârrivé à Sagoîa-t^ibn KnA&BEala rigole D ou « le canal d*Ibn-Kbaser^ », endroit qui porte aussi le nom dlzÉMMERÎN^, on trouve un ruisseau auprès duqud est un château miné dont les alen- tours sont couverts de dattiers et d'autres arbres frui- tiers. De là on arrive aux -villes de fiaRiioDS ^, qui sont au nombre de trois et assez rapprochées les unes des autres. Chaque ville possède un à^amê; deux de ces
' D*après les indications qo'Ël-Bekri donne plus loin* il faut identifier ie Séi avec la rivière a|>pelée Ouaâ Tenazta on Oaad MMr, qiii m jsite danâ le Girat, on Ouad el-HaumiaiD, à cinq iieutt ^dnmest de liaieafa.
' Cette localité, que nous aomiDes porté à identifier avec le àià Fah de nos cartes, est située à Fouest du confluent du Ouid Te* naua et du Onad d-Hammam.
^ C*esl-à<^re dRwfÀ.
* Tout endroit où Ton creuse pour trouver de Teau ou des subs- tances métallicpies se nomme erçan en berber. Ce mot est donc l'é- quivalent des mots arabes haci (au pluriel ahça) et mâden.
^ Cet endroit doit se iiouvei' à la du^taoce d'une journée ouest d*El-Mecîla.
• Izemmerin est le pluriel à iiimmer, mot boi l^cr qui signifie a^aeott. ^ Dans ia partie méridionale du Zab de Biskera,
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édifices apparti^Qieiit aux muttdroans orthodoxes; f autre sert aux scbîsinatiques de la secta ouaseUmne îMita« Uoe de oes viàle» est babilée par des gm» d origine persane, appelés les BeniDjordj, A Tocci- dent couU rivière qui Yi&ui du nord et qui four- nît de Teau aux trois viliea. La seconde de leea villes
est habitée par une peuplade de sang mêlé ; la troi- sième est occupée par des Berl>ers. La nugeure partie de leuys arbres i fruits «eoDsist» en dattiers et en oliviers. Ces villes, situées dans une plaine vaste fertile, sont entourées do murs et de fossés. A: Toceident s*élend le Sabba ou « désert i^ de Bbn^ TiODS, dans lequel la rivière que nous venons de mentipnnfHT épmd ie liera de ses eaux. Dans oe oantopi) quand on a fini d'ensemeoeer un champ, ÏW peut apprécier, avec certitude et sans risque de se tnunpefft la qoaAtké de graine dont secompo* sera la réfsolte* Les pwls de cette localité ne foui^ Dissent qu'une eau saumâtre. Dans les environs se trouvent un grand nomli^re de bourgades. Tolga, si- tuée au nord de Bentious , se compose de trois villes , entourées chacune d'une muraille debriques, et dun ftssé. Aux alentours pli remarque plusieurs ruis- seaux et un grand nombre de jardins remplis d'oli- viers, de vignes, de dattiers et de toutes les autres espèces d*arbres fruitiers. Une de ces villes est ha- bitée par des gens de sang mêlé-, 1 autre par des Arabes d'origine yéménite , et la troisième par une peuplade appartenant à la tribu arabe de] Gais. Sorti de Bcntîous, le voyageur prend la route de
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BiSkERA, ville clont nous avons déjà p^rlé^ ^et de là
il se dkige vars Tkhouiu^ vitieupuamée mrà.Ms- iNWA-fHB^tfR tt la viHe delamagie ». .GegMid ecoire
de population est entouré de champs cultives , de
dattiers «t.d'aibm &wilierff« Xeboudii .fat. dft t^onp truetion antique; elle est bètie en pierre et possèdie de grandes richesses. Tout autour rè|pe . un faubouig entumé 4 w foMé.. Daoa Xiotédeur de i« viUa on voit uo beau djamé^ et plusieurs mosquées/bazars et caraiHinséraik. Du coté; du nord ^Ue. reçoit une rmère qui descend di».l9»oiit Awm» Lei bafaMaati sont de» Arabes, dotit quelques-uns appartiennent à tribu de Coreicb. Lors<{ue la guerre éclate entre eioi et leurs ¥Qi«tQ9v il« fOQt c«Hiler f eau d« la,ri<- vièie dans le fossé qui entoure la ville , et, de cette Qiaaière. il«. S6 garantissent contre ie manque d'eau
et Qowti^ ]w attafMCs dci T ADdenûy Dms Xmt^àm
de îa ville il y a un puits qui ne tarit jamais, et dont la cQOSt^cUQtion renumte à Mue baule antiquité; ou y raiiKHKfae aus^ benu^up d*aiitras puits 4ui foart-
nisscnt de la bonne eau. Les habitants de Tebouda Qot ppur eniieiQift.i^^ liooMara et les Mikuaça ikh
d^ , (pi dwkfmwXm n^. yill^: Oa profah
sent la doctrine des habitants de l'irac [c'est-à-dire le fite hao^fi]. Autour da ja viiie sa tieave un grand nombre de jardins qui produisent des légumes et di- verses espèces de fruits tous le3 fg^dxn^ y réus«ifiseat pdf&îtenient. Dan»' les «virons €n compile plus de vmgt bourgade^.
La tradition suivante provient d'Abou 'i-Moba-
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d^er^ qui la tenait de ses précepteurs, lesqtiels la donnaidot sur l'autorité de Clu hr ibn Haucheb : Cl Noire mlfit ft-ophèle* dit Ghehér, défendit aux siens de prendre pour demeure cette localité maudite que fon appelle Tdumda, U disait s On y taera plor rimm hommeg 4e wm peuple pendant tfu*ils seront à combattre dans la voie de Dieu. Leur récompense [dans ie ciel] smu la même f ne cdk des marfyrs de Bedr et JtOhei; ave^ (fod {c^ui^ge] Us se sont exposés afin de trouver la nwrth> [En répétant ces mots] Chehr ne ittanquait jamais de 'dire : itô comme je* vott* drais partager leur sort! » Je demandais aux tahélf^ quelle était cette troupe [favorisée], et ils me ré- pondilisnt : «U Vagit d*Ocba ibn Nafê qui fut ttté * par les Berbers et les chrétiens auprès d-ime ville que l'on nomme Tehouda. Ils se relèveront de ceten^ itoit^ au jour de la résarfieetian, ayant hors saires sur leujs épaules, et ils iront se présenter ainsi devant le Tout-Puissant, » — « Sous le khaliCat de Moftouia. dit Abou*l-Mobadjer» OobaibnNafiâvinten Égypte , pays qui avait alors pourgouverneurAmr ibn el-Aci. Il s ar- rêta dans un village de cette contrée , ayant avec lui Amr ibn el-Aci , Abd Alliih , iik d*Amr {ibn «l-'Aci] et
' Abou 'l-Mohadjer lut ooouiiéîgoaverseur de i'Âfcic|ue eu i«a 55 (675 aeJ. C).
* On df^signe par le mot tahéioui musulman <|ui avait vueiGonaii ^dques-uns des compagnoas de Mahomet.
• £1-Eekri noua donne ici deux récits faits par Abou i-Mohacyer au sujet de la mort d'Ocba; donc Abou l-Mohadjer ne mourut pas avec ce chef, quoi queu dise £n-Noweiri. (Uut, des Berbers, t. I, p. 336.) '
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DESCRIPTION m L'AFBIQDE SEPTENTRIONALE, m
une bande d*anciens compagnons de Mahomet. On mit devant eux un plateau couvert de mets , et , pen? dant qu'ils. en mangeaient, un milan s y précipita et
emporta un morceau de viande. Ocba invoqua aus- sitôt le nom de Dieu et s'éccia : «Puisses-tu te casser leçon I » Arin^tant même foiseau descendit vers eux , se jeta contre la terre et se brisa le cou. Noas sommes à Diea^ sécria Amr, et nous retournerons auprès dft Uu! A ces paroles, Ocba lui dit : «Qu*as-tn donc, «Abou Abd Aliah? » — «J'ai entendu dire, répondit « Amr, qu*une petite troupe de Coreichides doit ar*- K river à cet endroit et qu*ib trouveront le martyre, n A ces paroles Ocba s'écria : a Grand Dieu! fais que «je sois de cette bande 1 » Phis tard, Yezid, ûls de Moaoma, fit partir Ocba i la tête d*une armée, afin d envahir le Maghreb. En passant par rÉgypte , Ocba rencontra Abd Allah, fils d'Ël-Ad, qui lui adressa ces paroles : « Se peut-il , Odba , que tu fasses partie «de la troupe qui doit entrer en paradis avec son «équipement militaire?» Ensuite, dit Abou 'l-Mo- hadjer, Ocba ibn Nafê parvint, dans une de ses campagnes, jusqu'au 6oas el-Adna et au Sous el-Acsa. Arrivé auprès de la mer Environnante [1* Atlantique] , il y entra jusqu'à ce que i eau atteignit le poitrail de son cheval; puis il reprit le chemin de riirikiya. A mesure qu*i1 s*en approchait, ses compagnons le quittaient, troupe par troupe, et, lorsqu'il fut par- venu à la ville de Tobna, ceux qui étaient restés avec lui obtinrent la permission de s'en aller. Un petit nombre seulement ne l'abandonna pas. Ayant
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m FÉ¥RI£a-MAKâ
continué sa route, il annonça quil avait l'inten- tion de passer auprès des villes de Tehouda et de BadU, afin de reoonnaltre combien il faudrait de troupes et d'approvisionnements dans le cas où Ton essayerait de réduire ces places « qui étaient alors deux des plus grandes YÎiles du Maghreb. Quand il fut arrivé près de Tehouda » Tannée romaine se mit en mouvement « sons Ja conduite de Kacila ibn Lelizem, pendant que les troupes berbères appro- chaient pour la rejoindre* Uennemi savait alors que l'année d*Ocba s'était dissoute. Ocba, les voyant avancer en ordre de bataille, brisa le fourreau de son. épée; ses compagnons firent de même, et ils moururent tous en combattant.» On sait que le tombeau d'CXcba est dans la ville de Tehouda ^.
Maadd [ei-Moeza] , &is dlsmatl et [anrière-}petit fils d'Obeid-Aliah [le Fatemide],a)ant voulu changer la position de la kikla 4ans la mosquée de Cairouan, fit arracher une partie des briques qui en formaient le mihrab. Ceci eut lieu en Tan 3A5 (gSG-gSy de J. C.)i On vint alors lui rapporter que les habitante de Cairouan se rappelaient les uns aux autres la prière, faite par Ocba en faveur de leur ville, et comment il atait fondé léur grande mosquée; on lui raconta aussi qu'ils se disaient entre eux : « Dieu tout*puissant empêchera cette tentative par ^rd pour la prière que lui adressa le compagnon de son
' H est positif que le tombeau d'Ocba se trouve à SidiOcba, oasis située dans le voisinage de Biskera et à une Jieue au sud de Tehouda.
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DBSCniPTIOll DE L*AFIIIQ|]K SEPtBNTRIONALB. 13t
Prophète. » Maadd, que Dieu le maiidkse ! donna «nsâtôt Tordre d'urradier les omments d^Ocba att tombeau qui les renfermait, et de les jeter au feu. Un corps de cinq cents hommeis» tant cavaliers que fantassins^ partit pour commettre ce forfait; mais» au moment où ils approchaient du tombeau afin de remplir leur mandat, ils furent assaillis par un ou* ragan dont la Yiolence excessive» les ëdairs éblou&- sants et les coups de tonnerre retentissants faillirent leur ôter la vie. Us s'en retournèrent sans avoir violé le tombeau.
Parti de Tehouda, on arrive à Badîs après une journée de mardbe* Cette ville se compose de deux fiwteresses qui possèdent un ijamé et quelques ba- zars. Aux alentours setendent de vastes plaines et des cbamps magnifiques en plein rapport. Oa y lait deux récoltes d'orge chaque année , grâce aux nom- breux ruisseaux qui arrosent le sol. De Badîs on se rend à Gunooii BIada, où commence le canton de SoMATA. Ici la route se partage en trois branches, dont l'une conduit au pays des nègres , iautre à Tri- poli et la troisième à Gairouan. A deux journées plus loin on trouve la ville de Nefta, qui est bâtie en fièvre et qui renferme une nombreuse popula* lion. Efle possède un ^amê, plusieurs mosquées et un grand nombre de bains. Il y a tant de ruisseaux , que l'eau se distribue sans être mesurée, tandis que dans le reste de la province de Gàstiliya elle se vend au poids. Tous les habitants de Nçfta pi'ofes- sent la doctrine chiite; aussi nomme-t-on cette ville
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ISS FÉVRI£R*MARd
la petite Koaja (El-Koufa t-es-Soghra)*. De là on passe à TouzBB y ville dont nous avons déjà parlé et qui occupe 1* extrême limite de la région nommée CastîUya, Entre Toiizer et Biskera il y a cinq jour- nées de marche. De Touzer le voyageur se rend à Cafsa, ville qui en est éloignée de deux journées, ejL de là il se dirige vers Feddj el-Himar « le défilé de ràne», où se trouvent un caravansérail et une citerne d'eau« Ensuite il traverse El-Hbrodia, der- nier village du canton de Gaumouniïa; puis il se rend à Mbdkood, métropole de ce territoire. Dans la ville de Medkoud on voit unilfam^, quelques bains, quelques bazars» un grand nombre de mosquées et des caravansérails en quantité. Il y a des puits qui fournissent de Teau douce, mais il faut la tirer d'une grande profondeur. Dans les nientoui^ on re- marque une grande variété d'arbres fruitiers et beau- coup fie figuiers. Les figues de ce canton surpassent en bonté celles des autres provinces de l'ifrîkiya; on en fait sécher au soleil pour les exporter à Gairouan , où elles sont très-recherchées et se vendent plus cher que les autres variétés du même fruit. Medkoud est entourée d'une forêt de figuiers qui la cachent en- tièrement à la vue, en sorte qu'on ne laperçoit qu au moment d*y arriver. De Medkoud on se rend à Djb- Motjuis ss-Sabocn, grand bourg qui renferme une population considérable et quelques puits deau
' On sait que ia ville de Koufa, située sur VEuphrate, à quatre journées de Baghdad, fut le lieu où le khalil'e Ali, tant vénéré par les chutes, avait établi le siège de son gnaveraeroent.
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DESCRIPTION L AFRIQUË SEPTENTRIONALE. 1S3
douce. Situé sur le premier gradin d*une inoutagne, il est entouré de sables et d*oliviers. On y voit un i^axné, un bazar bien monté, un bain, un étang et un grand château qui sert de magasin à toule la po- pulation. Cette place a dans ses dépendances beau- coup de villag^es très - peuplés , qui jouissent d'une grande prospérité. Parti de cet endroit , on arrive à MBnnx>UL, bourg grand et bien peuplé , dont la des- cription rappellerait celle du précédent. H possède un étang appelé BahùuMedjdoulii lelacdeMedjdoul »» où les habitants puisent l'eau qu'ils boivent. Ils ont aussi un grand nombre de puits dont leau est bonne. De lè 'on se rend à Bemi DéAM, bourgade grande et florissante; puis à la ville de Gaiaodam. Lon met quarante-trois journées à parcourir ia route qui mène d'Oran à Gairouan, en traversant le pays de Cas- tilya.
BOUTE BB TéNBS À tIbBBT.
De Ténès on se rend à ël-Ghozza, ainsi que nous favons dit^; puis & Tadibmout» par le délilé des
Miknâ^a; puis à âin £S'âofiui» source abondante qui jaillit au pied d*une montagne occupée par desMat-
mata; puis à Taguarîbet, puis à Tîiiert,
El-Khadra^, grande ville située dans le voisinage de Ténès, est bâtie sur .le bord d'un fleuve qui coulé à grand bruit et fait tourner plusieurs moulins.
^ Vo|, p. i 1 3 , où l'auteur douue presque textueliemeni le pas* sage qui suit.
* Voy. ci-devaot, p. los.
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1^ FÉVRIEh-xMAR5 1859-
Quand cette rivière déborde ^ ses eaux envahiateiit
la ville. Les environs d'El-Khadra sont couverts de jardins ; son territoire est cerné de tous ies côtés par des tribus berbères, telles que les Madghara, les Beni Demmer, les Mçdîouna et les Beni Ouarîfen. Elle est située entre la ville deXénès et celle dlcHZBB,
localité que nous avons déjà mentionnée et qui est [voisine de] Ca^hodiu MiTïiniA ^.
La ville de Svttv est à denx jourfiées d'ËL-MBGÎLA. En quittant ce dernier , lieu, le voyageur se rend d'abofd k GhadIa QuARROti, localité habitée par les Beni Yaghmoracen , tribu hoouaride , et arrosée par plusieurs sources d'excellente eau. La population de cette tribu est eslimée-à soixante mille àmee. Parti de là, on arrive à Setîf, ville grande el importante, dont l'origine remonte aux temps antiques^ La mu* raille qui Tentourait fut détruite par les Ketana* partisans d'Âbou Âbd Allah es-Cbiaï , et cela pour la raison que ies Arabes leur avaient enlevé cette ville
et les avaient obligés à payer la dime chaque fois qu'ils voulaient y enti^er. Ëlle est maintenant sans murs; -mais elle n*en est pas moins bien peuplée. et trèsrflorissante. Les bazars sont grand nombre, et toutes les denrées y sont i^^bec^ prix. Setif est à dix journées de Caîrodan, à dix journées de Caz- RQGNA et à une journée de Tanagdelalt. Cette der- nièiie ville, située dans le yoiainage de Mila, appar- tient aux Ketama ; elle est bien peuplée et dans un état prospère; mais elle n'a pas de mosquée. Chadlr
* Voy. p. 1 1 2.
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DESCFOPTION DE L AFRIQUË SEPTENTRIONALE. 135
Ouarrou est à deux journées deTobna. Tanagueialt
est à dix-huit juiirnces de Cairouan; Oran est à deux Journées deïiemcen.
OB8GBIFT10H OB TLEMGBN BT DO PAYB QUI S^BTBND BNTBB CITTB VILtB BT LB MAGHREB.
Tbuoiçak {Tkmcên) est une grande ville, en- tourée de murs et située au pied d*uae montagne, dont les bois sont d'essence de. noyer; ^e a cinq portes , dont trois regardent le nadî , savoir : la porte
du Bain {Bab el-Hammam) , la porte de Ouebeb ( Bab OaMmb)^ et la porte ttiGuiobet (Bab el-KhaMa). La porte d*£i-i4ca6a «la montée», regarde l'orient, et celle AboiL,Gon:a l occideat. Qa y trouve les ruines de. plusieursiuonunMnts anciens et .les restes d'une population chrétienne qui s'est conservée jusqu'à nos jours. U y a- aussi une église, qui est encore fré- quentée par les chrétiens. Dan» ces mines, on .dé- couvre souvcal des trésors cachés. Les anciens avaient amené à Tlemoeu l'eau de. plusieurs sources appelées LoDBÎT, qui sont situées à six miBes de distance*
Tlemcen , capitale du Maghreb central , possède des bazars, des mosquées, un ^amé, des plantar tione d*arbrës, et des ruisseaux qui font tourner plu- sieurs moulins et qui forment la rivière Stafcîf. Si^e de l'empire senatten \ rende&vous des tribus
* Le» Bcni Yala, famille zenatienne, régnèrent àTlemccn depuis l'an (iO()2 de J. (!.) , jiisqu'A la conquête de cette ville par Ica Almora vides, sous ita ordres de Yourofibu Tacliciiti.Ccl événemeiil eut lieu i au 47^ (io$o-i). (Voy. Hist.des UerUrs, X. III, p. 270.)
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136 FÉVKlEh-MARS 1650.
berbères, Tlemeen est aussi un poinl de réunion
pour les marchands de tous les pay^. Moliammcd , lils de Soieinian ibn Abd AUab ibo Haoeo ibn Ali ibn Abi Taieb [descendant du Pl!X)phète], se fixa dans cette ville. Son petit-fîls, Aboul-Aich Eiça, fils dldriâ» fils de Mohammed ibn 5oieiman , bâtit Dje- raoaa ^ ville dont il resta le seigneur et dans laquelle il mourut. Tlemeen na jamais cessé d être la de- meure des bommes savants dans la loi ei, dans les traditions, des jurisconsultes connaissant par oœor les décisions légales fondées sur l'analogie et con- formes au système de doctrine enseignée par Aialek ibn Anès.
La Cala [ou château d'] ian el-Djajikl, située au midi de Tlemeen « est une place forte, entourée
d*arbres et de ruisseaux ; elle touche h la montagne de Tarni (2ir/uj, localité bien peuplée, ainsi que foutes les montagnes qui s*étendent de là jusqu'à TîzÎL, ville bâtie à l'entrée du désert. Lon part de Ttûl quand on veut se rendre à Sidjiiniessa , à Ouar> glan {Oaergla) et à El-Calà {EmœWïa), ville fort peuplée , qui renferme une mosquée et les restes de quelques monuments antiques.
An nord [lisez au sud] de Hemcen est un lieu de balte appelé Bab bl-Cask i< la porte du ciiàteau » , qui est dominé par la montagne appelée Ras bl-Baghl ola téte du Mulet n. La rivière Stafcif, qui sort du pied de cette montagne, va se décharger dans un
* Vilie situëe sur la rivière KJs, à six nitlles de la mer» et à du milles sud-c9l de i'emboiichure du Moiouiya.
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vaste réservoir de constmetion antique , où elle sè I»*écipitc avec un fracas qui aentend de très-loin* Un conduit, fait avec art, amèfie ceseàtn juaqu^an lieu nommé Ël-Mihmâz uTéperon)), puis à Odeldj bl-Hama » puis à Djsnan bl-Haddi « le jardin du pk* lerin n , d'où elles vont se jeter dans la rivière Issea. Ceiie-ci verse ses eaux dans la Taf^^a, âeuvequiva passer par Aechgool et se jeter dans la mer, auprès
de cette ville. Archgoul est ie povl de Tleincen. Entre ces deui localités est une plaine appelée Zidour , dont la longueur est de vingt-cinq milles. La Tafna, ri^ vière sur laquelle est située Ârchgoul , vient du midi et contourne la partie orientale de la ville; elle re^ çoit de petits navires, qui la remontent depuis la mer jusqu à la ville , l'espace de deux milles; elle possède un beau djamé de sept ne& , dans la cour duquel sont une grande citerne et un minaret solidement bâti; elle renferme aussi deux bains, dont un est de cona* truction antique. Le Bob elrFhtoah « la porte des vic- toires » , une de ses portes, regarde 1 occident; le Bab A-Emir est tourné vers le midi, et le Bah Memifa, vers roricnt. Toutes ces portes sont cintrées et per- cées de soupiraux [meartriàres?). L'épaisseur de la muraflle est de huit empans; le côté qui regarde lé nord est celui qui pourrait offrir le plus de résis- tance à un ennemi. Dans Tintérieur se trouvent plur sieurs puits de bonne eau qui ne tarissent jamais et qui suffisent à la consommation des habitants et de leurs bestiaux. Au sud de la ville est un faubour^^ La mesure de capacité dont on se sert à Âi cligoul
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m ' F£VKIi:.h-MAHS 1859. <
se admitie amaam et cootieiit soixante mM de la di- mension autorisée par le Prophète. Le ratUi la livre » est de vingt-deux aoukïa u onces d; la drachme, dt huit UuuToaba, et le kharroub^ de quatre grains
Cette ville était habitée par des négociants quand Eïça , fib dé Mohammed ibn Sdeiman , {nrinoe doint nous avons déjà parlé*, vint s y installer et prendre le oommaadement. U y mourut en Tan agô (907- 9oft de J. G. ). Son fib Ibralnm ibn Eiça el-Ardi- gouli itaquit dans Arcbgoui ; Yahya , fils et successeur d'Ibrabkn, fut mis en prison ti*an 323 (gSS de J. C), par Abou Abd Allah es-Chîaî.
Dans la mer, vis-à-vis de la ville , est une île ap^ pelée DjRiiaA-T-AAGHOOUL « Tiie d'Arch^oid s. Elle est si peu éloignée du continent, qu'un homme dont la voix est forte peut se laire entendre d'un bord à fautre, qfuand ia mer est ealme< Cette ile s*étekid en longueur du sud au nord, et s'élève à une graude hauteur.
. Hacen, fiis d*Eïça ibn Abi *1-Aicb et seigneur de
Djeraoua, se réfugia dans Archgoul quand Mouça, lils dAbou l^Afiy a \ lui enleva ses autres possession»- A ce sujet 'nous donnerons ailleurs les édtiretsse- ments nécessaires, s'iLplaîtà Dieu. Mouça écrivit aiopv* à Abd er'-Rabmaa ibn Mohammed , souverain de TEspagne , et le pria de lui fourrlir des secours et de faciliter ainsi la prise [de file]. Abd ei-Méiek ibn
» Voy. p. i36. ' *
' Hist. des Bergers, t. ï, p. a 68; t. H, p. 670.
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DESCRIPTION DE L'AFRiQiJE «BfîTENTliiONÀLE. ià^J
Moi HmmMmî appuya cette demawle auprès de
Mouça ibn-Mohammed ibn Djodeir^. Il en résulta ^'AU WiBabman envoya aux limitants de Bed^ àjma [PteMm fAhnétia) et d^autres lieux de la câle Tordre déi^uiper quioze navires de gueixe^ et il y fit embarquer des troupes» des armes» des muni- tions et de l'argent. Cette flotte alla bloquer l'île d*AirchgouL Ou tua un ^and nombre de ceux qui s*^ieiit réfugiés dads^ille et fou serra iefs autres ai étroitement, quiis iailiirent mourir de soifé après avoir épuisé Teau de leurs Sternes. Dieu leur vint
alors eu aide et leur envoya une pluie abondante. Les gens de la flotte , ayant reconnu que ie& assiégés avaient renouvelé leur appreviaionfiemetit d^eau, perdirent i espoir de les soumettre, et remirent à la Vjcnle afin de rentrer cbei eux. Us rentrèrent i AlméfiB' au mois de ramadan 3a o (septembre-oc- tobre gSa de J. C). Quelque temps après, El-Bouri,' fils de Mouça ibn Âbi *i-Afiya se saisit d'Ëi-Ueôen ibn Eïça, le même qui s'éUiit réfugié dans Arcbgoul; puis en Tan â^S (9491950), il i envoya prisonnier à Abd erAahman ibn Mohammed.
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NOTICE SSS PIiACSS FOAT£S QUI GOOVREMT LE LiTTOlUL
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A iorient d'Arcbgoul est située Asl£n^, autre ville